VIE DETIENNE PASQUIER. XXXI
peine à montrer que dans une chambre où il ne se traitait presque aucune affaire à laquelle le roi ne fût intéressé , on devait surtout redouter la multitude des officiers, source de la dissolution des compagnies. La cour des comptes , en s'associant à ce ferme langage, opposa aux volontés du prince une résistance respectueuse, qui l'éclaira. Le cardinal de Vendôme avait été chargé d'apporter l'ordre royal : Pasquier le prenant à part, lorsqu'il se retirait, le supplia d'agréer les représentations d'une barbe grise ; aussi grand par sa naissance, aussi voisin du trône qu'il était, il ne devait pas accepter de tels messages , indignes de son rang et préjudiciables au public. Le cardinal le remercia de cet avis : c'était, lui dit-il, la première commission de ce genre qu'il eut remplie; ce serait certainement la dernière ' .
Tandis que le parlement de Paris, comme une session permanente d'états généraux au petit pied , arrêtait les envahissements du pouvoir, la chambre des comptes, avec non moins d'utilité et souvent de grandeur, mettait un frein aux prodigalités royales, et protégeait ainsi la dignité de la couronne, en même temps que les intérêts et les droits du pays : on le vit encore peu après , à l'occasion d'un nouveau caprice de Henri IIP. Ce prince mal entouré, que sa faiblesse livrait aux funestes conseils, avait imaginé do rendre héréditaires, et partant de mettre en vente toutes les fonctions, civiles ou militaires indifféremment, à l'exemple des charges de judicature : suggestion perfide de cette vermine de gens, comme dit Pasquier3, des partisans, sangsues toujours attachées au peuple pour dévorer sa substance. C'était soulever pour, le présent l'indignation publique ; c'était grever l'avenir du poids d'une faute irréparable. La chambre des comptes ne le permit pas, et dans sa vertueuse opposition la principale gloire appartint à Pasquier. Le 22 juin 158G, devant les seigneurs envoyés pour présenter l'édit à la chambre et l'y faire recevoir, il se prononça contre la vérification demandée; et, s'étendantsurles conséquences déplorables qu'entraînerait après lui « ce malheureux système des États héréditaires, » il conjura les magistrats de les prévenir. L'accent convaincu du bon citoyen pénétra au fond de leurs consciences, et les arma d'une énergie inflexible. Tous se levèrent , ne voulant ni par leur vote ni par leur présence autoriser une proposition aussi
1 Lettres, \ii, 2. XI, 13.
2 Recherches, VI, 33, cf: Lettrés, 3 Recherches, VI, 35.