‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 169 sur 176 · V.n France la très-belle, *"' -1"1"'1 '1'"'*** des François · texte numérisé non relu

V.n France la très-belle, *"' -1"1"'1 '1'"'*** des François

Heur de chrétienté, , r rce Remployait alors le pli n-

Sourdre en autorité, %ent ™n>n>e synonyme de/ille.

Oui fit le\er le si( ge

D'Orléans en ses mains. min.-. (Mrtarcc— " llnnneui

Puis le roi par nrôdiéfîe " i" i"1" • •

Mena -acier a Reims.

prouesse qu'elle y apporta; les heureux succès de ses affaires; la sage simplicité que je recueille de ses réponses aux interrogatoires qui lui furent faits par des juges du tout voués à sa ruine; ses prédictions , qui depuis sortirent effet ; la mort cruelle qu'elle choisit, dont elle se pouvait garantir, s'il y eût eu de la feintise en son fait : tout cela, dis-je, me fait croire (joint les voix du ciel qu'elle oyoit ) que toute sa vie et histoire fut un vrai mystère de Dieu. Aussi est-ce la vérité que son père avait songé que cette fille devrait quelquefois » vivre au milieu des soldats , comme je remarquerai en son lieu. J'ai vu autrefois la copie de son procès en la librairie de Saint-Victor, puis en celle du grand roi François à Fontainebleau ; et depuis ai eu en ma possession , l'espace de quatre ans entiers, le procès originaire, auquel tous les actes, lettres patentes du roi Henri 2, avis de l'université de Paris, interrogatoires faits à la Pucelle, étaient tout au long copiés , et au bout de chaque feuillet y avait écrit, Affirma ut supra, Bosquille (c'était le greffier); et à la fin du registre étaient les seings et sceaux de l'évêque de Beauvais et de l'inquisiteur de la foi , ensemble celui du greffier : qui fait que j'en puis parler plus hardiment. Je veux donc ici raconter comme les choses se passèrent; et vous, discourant les principaux points de son procès, vous pourrez aussi recueillir par ses réponses tout ce qui fut de sa maison et de son histoire particulière 3.

Après que le duc de Bourgogne eut été créé lieutenant général de Paris, il mit le siège devant Compièane, où il trouva à qui parler; car enfin il fut contraint de le lever : vrai qu'en une sortie que firent le capitaine Poton et la Pucelle, le malheur voulut que l'un et l'autre y furent pris. Quant à Poton, il courut la commune fortune des autres gens de guerre, d'en être quitte pour sa rançon , ou d'être changé pour un autre ; mais non cette pauvre Pucelle, la prise de laquelle fut si agréable aux

1 C'est le sens de l'adverbe aliquando détails, que sur le pont d'Orléans ou

des Latins, un jour. voyait à roté de la statue de Char-

- 11 s'agit du jeune roi d'Angleterre les VU celle de Jeanne d'Arc, age-

Henri VI. nouillée devant l'image de Notre-

3 On peut consulter encore à cet Dame. Pasquier envoie des vers pour

égard les Lettres ds Pasquier, XXI, 4 être placés au-dessous de ces statues. et 5. Jl nous apprend, entre autres

178 HECHEiiCllES

Anglais, qu'ils en firent chanter ua Te Deum dans l'égHSe Noire-Darne de Paris, et, quittant la tonne ordinaire que Ton observe aux prisonniers de bonne guerre, lui voulurent faire son procès. Le bâtard de Vendôme l'avait prise, qui la montra au duc de Bourgogne, lequel la bailla en garde à messire Jean de Luxembourg, auquel il avait plus de fiance. Dès lors elle commença d'avoir deux maîtres : les Anglais désiraient de l'avoir, afin de la sacrifier au feu; le duc n'y donnait pas grand obstacle, mais bien Luxembourg et le bâtard, ne voulant être défraudés de la rançon, les uns combattant pour la vie, les autres pour la bourse. Messire Pierre Caucbon, évêque de Beau vais, qui lors était en grand crédit près des Anglais , faisait toute instance à ce qu'elle lui fut délivrée, comme hérétique qui avait été prise dans son diocèse. Le jeune roi se met de la partie, pour le moins ceux de son conseil : enfin elle est mise en ses mains, moyennant cinq mille livres qui furent baillées à messire Jean de Luxembourg, et trois cents livres de rente au bâtard de Vendôme1.

L'université de Paris désirait que cette cause fût renvoyée à Paris; toutefois le roi , par ses lettres patentes du 30 janvier 1430 2, donne toute charge à l'évèque de Béarnais (c'était celui qui peu auparavant avait été envoyé exprès en Angleterre pour l'amener en France ). Le 9 ensuivant, l'évèque demande aux doyen, chanoines et chapitre de Rouen, territoire i , pour rendre la cause plus exemplaire, le siège archiépiscopal étant lors vaquant : ce qui lui fut très-volontiers accordé. En ceci il est assisté de frère Jean Magistri , de l'ordre des frères prèeheurs, vice -gèrent de frère Jean Graverant, inquisiteur général de la foi ; messire Jean Estinet, évêque de Baveux, est fait promoteur en cette cause. Or, pour garder l'ordre judiciaire , la Pucelle est citée devant l'évèque au 21 février, afin de ve-

1 Voy. plushautlechap. Xl.\,pag. 134 ijè du président Hénault, Taris, 177-1,

et sniv. p. 529; enfin le Recueil cité dejM. Leber,

3 vieux style: on écrirait aujour- t. Mil, p 505.

d'hui 1431 ; mais la nouvelle année, 3 Qu'on lui permette de s'établir dans

jusqu'à l'ordonnance de Roussillon, cette ville et de siéger à l'archevêché...

rendue en 1564, ne commença qu'à Par Cf., au sujet de ces différentes dates ,

ques : Voy. à ce sujet Mézeray, Abrégé M. Michelet, Histoire de France, t. N ,

hronologique de l'histoire de France, p, 115 et 122. Amsterdam, 1755, t. III. p. 269; V ibré-

!)!i Î.A FRANCE. I T !»

nii" répondre aux faits proposés encontre elle par le promoteur.

Cetjte pauvre fille avait tant de crainte de Dieu en son âme, qu'avant que de subir interrogatoire, elle demanda d'ouïr la messe : ce qui lui fut refusé , de tant ' qu'elle portait l'habit d'homme, qu'elle ne voulait délaisser. Je citerai les principaux articles sur lesquels elle fut interrogée, à la charge que, s'il n'y a tant de grâce, il y aura paraventure plus de créance pour ceux qui liront ce chapitre. Les faits du promoteur furent couchés en latin, comme est l'ordinaire en cour d'Église, et fut son interrogatoire fait à diverses journées, selon les instructions et mémoires qu'en donnait le promoteur ; et, à dire le vrai, jamais une personne accusée ne fut tant chevalée 2 par un juge pour être surprise, et toutefois jamais personne ne répondit plus à propos que cette-ci , montrant assez par cela qu'elle était assistée de Dieu et de la vérité, au milieu de ses ennemis. En la plupart des demandes qu'on lui faisait, s'il y avait de l'obscurité, elle demandait jour d'avis pour communiquer aux saintes avec lesquelles elle parlait; comme en cas semblable, si les juges se trouvaient empêchés sur ses réponses, ils en écrivaient à l'université de Paris, afin d'en avoir son opinion : laquelle s'assemblait tantôt aux Bernardins, tantôt aux Mathurins ; et, pour cette cause, le procès est plein d'une infinité de ses avis, qu'il n'est besoin d'insérer ici. Je me contenterai seulement de vous représenter l'âme de ce procès, au moins mal qu'il me sera possible.

Interrogée sur le premier article de dire vérité, répondit que ses père et mère, elle les dirait, mais des révélations, que non 3, et qu'elle les avait dites à son roi Charles , et que dans huitaine elle saurait bien si elle les devrait révéler. Interrogée de son nom , elle dit qu'en son pays on l'appelait Jeannette , et depuis qu'elle vint en France fut appelée Jeanne d'Arc, du village de I )ompré 4 ; que son père s'appelait Jacques d'Arc, et sa mère Isabelle; que l'un de ses parrains5 était appelé Jean Lingue, l'autre Jean Berrey ; de ses marraines, l'une Jeanne, l'autre Agnès,

1 D'autant plus, attendu... avait eues elle garderait le silence...

Poursuivie, persécutée, obsédée... * Dorarémy, sur-la Meuse.

i Elle dirait quels étaient ses père * On sait que l'on avait alors plusieurs

«i mère, mais sur les révélations qu'elle pai raina et plusieurs marraines.

f80 KECHERCHES

l'autre Sibille, et qu'elle en avait eu encore quelques autres, comme elle avait ouï dire à sa mère; qu'elle était lors de l'âge de vingt et neuf ans ou environ1 , lingère et filandière de son métier, et non bergère ; allait tous les ans à confesse, oyait souvent une voix du ciel , et que la part où elle l'oyait y avait uiip grande clarté, et estimait que ce fut la voix d'un ange; que cette voix l'admonestait maintefois d'aller en France, et qu'elle ferait lever le siège d'Orléans ; lui dit qu'elle allât à Robert de Baudricourt , capitaine de Vaucouleurs , lequel lui donnerait escorte pour la mener; ce qu'elle fit, et le connut par cette voix : Item, dixit quod bene scit quod Deus diligit ducem Aurelianensem , ac etlam quod plures. revelationes de ipso habuerat, qxiam de alio homme vivente, excepto Mo, quem dicitregem suum; qui est à dire : « Item , elle dit qu'elle savait bien que Dieu aimait le duc d'Orléans, et qu'elle avait eu plus de révélations de lui que de nul autre vivant, fors et excepté de celui qu'elle appelle son roi ; » reconnaît avoir fait donner une escarmouche à jour de fête devant Paris. Interrogée si c'était bien fait, elle dit : Passez outre. Interrogée quand elle avait ouï la voix, elle répond : Hier trois fois, la première au matin, la seconde sur le vêpre, et la troisième, quum pulsaretur pro Ave Maria de sero.

On l'interroge si elle a vu des fées : dit que non , qu'elle sacbe; mais bien qu'une sienne marraine, femme du maire d'Aulbery , se vantait les avoir quelquefois vues vers l'arbre des Fées , joignant leur village de Dompré. Qui étaient ceux ou celles qui parlaient à elle ? Dit que c'étaient sainte Catherine et sainte Marguerite , lesquelles elle avait vues souvent et touchées depuis qu'elle était en prison, et baisé la terre par où elles étaient passées , et que de toutes ses réponses elle prenait conseil d'elles ; qu'elle avait pris la robe d'homme par exprès commandement de Dieu ; qu'elle fut blessée au col , devant la ville d'Orléans. Item, dicitquod, antequam sint septem anni, Anglici dimittent majus radium quant fecerunt coram Aurelianis , et quod totum perdent in Francia. Dicit etiam quod prxfati Anglici habebunt majorent perdilionem, quatu ■

1 L'opinion commune est que Jeanne avait seulement dix-neuf ans

DE LA FBANGE. 181

tniquam habuerunt in Francia, et hoc erit per magnam victoriam, quam Deus mittet Gallis, qui est à dire : « Item, elle dit que, devant qu'il soit sept ans, les Anglais délairront1 un plus grand gage que celui qu'ils firent devant Orléans, et qu'ils perdront tout ce qu'ils ont dans la France5. Dit en outre qu'ils feront une perte plus grande en France qu'ils n'avaient fait auparavant , et que cela adviendra par une grande victoire que les Français auront sur eux. » Interrogée si elle portait quelques armoiries, dit que non, ains seulement son étendard; niais que le roi en avait donné à ses frères , c'est à savoir un écu en champ d'azur, auquel il y avait deux. fleurs de lis d'or, et au milieu une couronne. Je dirai ceci en passant, que le roi d'Angleterre , écrivant une lettre aux prélats, concernant la présomption de cette Pucelle : « Elle avait été (dit-il) si audacieuse de charger les fleurs de lis en ses armes , qui est un écu à champ d'azur, avec des fleurs de lis d'or, et une épée ht pointe en haut, férue3 en une couronne. »

Au demeurant , elle dit à l'évêque que son père , un jour entre les autres , songea qu'elle irait avec des gens d'armes : ce que craignant, il la tenait ordinairement de court, et disait souvent à ses fils que, s'il pensait que cela dût advenir, il aurait beaucoup plus cher qu'on la noyât. On lui impute qu'étant prisonnière à Beaurevoir , elle avait sauté du haut en has de la tour pour se tuer : elle confesse le fait; mais que c'était en espérance de se sauver. Elle demande d'ouïr la messe, et puis de recevoir Dieu à la fête de Pâques : ce qu'on lui accorde , en reprenant l'habit de femme ; mais elle n'y veut entendre. Sur le fait de l'adoration , dit que si quelques-uns avaient haisé ses mains ou sa robe, ce n'avait point été de son consentement. Dit qu'à l'arbre des Fées et à la fontaine près de Dompré, elle parla à saintes Catherine et Marguerite, mais non aux fées, et

1 On disait alors je lairrai pour je soudain après que l'on eut envoyé sa

laisserai. .sentence de mort à Paris pour y être

- « 11 semblait, a dit ailleurs Fasquier enregistrée, Dieu, par un juste châS- ( Rech., VI, 4), qu'après le jugement de ment, permit que le parlement se muta Pucelle toulcs choses favorisassent tinà!...»

l'Anglais ; toutefois ce fut le commen- 3 Piquée, enfoncée : féru est le parti-

cernent de ses malheurs : car, au même cipe passif de l'ancien verbe fêrir, un que cette pauvre fille fut exécutée,

tEi.:\ . d'lt. PASQOIER. T. I. li*

v commença de parler des l'âge de treize ans ; que quelquefois on lui avait bien imputé d'avoir parlé aux fées, mais qu'il n'en était rien, et ainsi l'avait dit à un de ses frères; qu'au vingtième an de son âge, elle alla à Neufchâtel en Lorraine, ou elle demeura chez une hôtesse nommée la Rousse, et là menait les bêtes aux champs , même les chevaux paître et abreuver, et ainsi apprit de se tenir à cheval; que pendant qu'elle était à ISeufchâtel elle fut citée par-devant l'official dé Toul pour un mariage, mais qu'elle gagna sa cause ; qu'après y avoir servi cinq ans, elle retourna chez son père; puis, malgré lui, s'en alla à Vaucouleurs, où Robert de Baudricourt ne tint compte d'elle pour la première ni la seconde fois ; mais à la troisième il la reçut et l'habilla en homme, puis lui bailla vingt chevaliers, un écuyer, et quatre valets qui la menèrent au roi étant à Chinon. Sollicitée par ses juges de reprendre l'habit de femme, elle répond qu'elle ne requérait d'avoir de cet habit qu'une chemise après sa mort. Derechef sollicitée de laisser l'habit d'homme , et qu'en ce faisant ou la recevrait au saint sacrement de communion, noluit huic praecepto obsequi; in quo apparet pervicacia ejus, et obduratio ad malum, et contemplas sacramentorum. A la fin elle accorde de reprendre une robe de femme pour ouïr la messe , mais à la charge que, l'ayant ouïe, elle reprendrait celle d'homme : Ad hoc fuit ei dictum quod ipsa caperet habit um muliebrem simplicité/' et absolute. Ad quod ipsa respondit: Tradatis mihi habitum ad modum unius filise burgensis , scilicet unam Iwupelandam longam , et similiter capitium muliebre, et ipsa accipiam pro audiendo missam. Dkebat se malle mori, quant revocare id quod dominusfecit sibifœri, hoc est utferret liabitum virilem. Dit qu'elle avait promis au roi , lorsqu'elle le salua la première fois, de faire lever le siège d'Orléans , de le faire sacrer roi, et qu'elle le vengerait de ses ennemis. Lui fut impropéré ; que toujours elle avait empêché la paix avec l'Anglais : ce qu'elle accorda, disant que la paix ne se pouvait faire qu'ils ne vidassent du tout la France. Le promoteur lui reproche qu'elle avait fait cacher derrière l'autel de sainte Cathe-

' U lui fut reproché..

Bfi LA FRANCK. !<S:î

rine de Fierbois une épée, qu'elle envoya quérir depuis qu'elle eut ■ parlé au roi , pour le tromper : Quod ipsa negat , scilic.et se fecisse hoc dolose ; bien confesse-elle qu'avant qu'aller à Chinon, elle avait ouï trois messes en ce lieu de Sainte Catherine ; lui reproche davantage qu'elle se disait être envoyée de Dieu pour faire la guerre : chose du tout contrevenante à sa volonté, pour n'avoir rien tant en horreur que l'effusion de sang ; répond que, par les lettres qu'elle avait écrites au roi d'Angleterre et princes de son sang , elle avait premièrement demandé la paix , et depuis fait la guerre ( la teneur de la lettre est transcrite au procès); ■ qu'elle avait fait mourir un franquet»: dit (pie c'était un voleur, que pour tel reconnu, il fut défait par sentence du bailli de Senlis ; qu'elle avait plusieurs fois reçu le corpus Dominé en hahit d'homme , et aussi qu'elle avait fléchi le genou devant lesdites voix : ce qu'elle reconnut et confessa. Le promoteur : Kern, quod ipsa Joanna in tantum suis adinventionibus catholicos seduxit, quod multi, in prxsentia ejus, eam adoraverunt ut sanctam, et adhuc adorant in absentia , ordinando in reverentiam ejus m issus et collectas in ecclesiis , imodicunt eam majorem esse omnibus sanctis Dei post beatam Firginem , élevant imagines, et reprxsentationes ejus in basilicis sanctorum , ac etiam in p/umêo et alio métallo reprxsentationes ejus super se ferunt ; à quoi elle répondit qu'elle s'en rapportait à Dieu. — Contra prgeceptum Dei assumpsit dominât ionem supra viros, constituendo se caput exercitus : elle dit que si elle avait été chef de guerre , c'avait été pour battre les Anglais; dit en outre que son étendard était de toile, ou boucassin bordé de veloux 3 , avec un cbamp semé de fleurs de lis; au milieu d'icelui y avait un Dieu figuré, tenant un monde, côtoyé de deux anges revêtus de blanc , et au-dessous était écrit, Jésus Maria. Il n'y avait en cette réponse aucun mal ; toutefois les juges, tournant tout

1 Le promoteur lui reproche est sous- dans un régiment, et ne recevant d'or-

entendu ici et dans plusieurs autres dres que de leurs capitaines , «comme

phrases. le remarque Itichelet dans son Vie-

- Ce mot ne se trouve pas dans nos Uonnaire, étaient le plus souvent com-

lexiques. Sans doute il désigne un sol- posées de pillards. dat d'une compagnie franche : or ces ■ Boucassin, étoffe de coton dont ou

compagnies « n'étant pas incorporées fait des doublures, veloux pour veloun

tS4 RECHERCHES

ce qui avait été par elle fait ou dit en venin, lui remontrèrent que voluerat attribuere taies vanitates Deo et angelis, quod est contra reverentiam Dei et sanctorum ; et si sa fiance était en son étendard : à quoi elle répondit sagement que toute sa (iance était en celui dont elle portait l'image. Pourquoi elle tint seule cet étendard sur l'autel, quaud le roi fut couronné ? IIludfuerat (dit-elle) inpœna, et, ideo rat ionabile erat quod esset in honore. Qu'ayant été blessée devant Paris, elle offrit depuis et fit appendre dans l'église Saint-Denis son harnais par gloire : dit que par dévotion elle l'offrit à saint Denis, comme font tous ceux qui sont blessés en guerre ; aussi que Saint-Denis est le commun cri de la France, Saint-Denis Mont-joie l ! On lui demande si elle se voulait rapporter au jugement de l'Église militante; elle dit que oui, pourvu qu'elle ne lui commandât rien impossible : Scilicet declarata per eam de visionibus et revelationibus, quas dixit se fecisse ex parte Dei, quas noltet revocare pro quocwique ; et si Ecclesia diceret istas visiones esse i/litsiones, nollet tune se referre adhominem, sed ad Deion . Les articles tirés des confessions de la Pucelle étaient, qu'elle ■Âgée de treize ans disait avoir vu saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite, même une grande troupe d'anges; que ces saintes lui conseillèrent depuis d'aller trouver Charles VII pour le secourir, et de charger 2 l'habit d'homme , lequel elle avait mieux aimé porter que d'ouïr la messe , ou recevoir le précieux corps de Notre-Seigneur ; et avait refusé en cela de se soumettre au jugement de l'Église militante, ains s'était rapportée au seul Dieu. Item, quod dicit quod ipsa est certa de quibusdam mère contingentibus et occultis , et quod cognovitper voces, quas nunquamante viderai. Ulterius dicit quod,. ex quo habeat de mandato Dei déferre habitum viri, oportebat eam accipere tuuicam brevem, capitium, gipponem, bracchas , et caligas cum aiguilletis, capilLis suis super aurium summitates scissis in rotundum. Davantage, qu'elle s'était précipitée du haut en bas de certaine tour, aimant mieux mourir que de tomber es mains des ennemis. Et quod non tau-

' Sur ce cri d'armes on peut consul- réimprimée pu t. 'V II fie son recueil. ter les Recherches, vin, 21, et lire une 2 D'autres éditions portent changer. ~ dissertation de liullet : M. Leber l'a ce qui' offre un sens moins niet»

DE LA FBANGE. f$S

tiaa aud'wit et vidit, sedetiam tetujit corpor aliter et sensibiliter Catharinam et ftlargaretam, et osculata erat terram super quant gradiebantur.

Enfin, après que le promoteur eut pris telles conclusions qu'il lui plut , par sentence de l'évêque et du vice-gérent de l'inquisiteur, il est dit que tout ce qui avait été fait par la Pucelle n'était que factions ' et tromperies pour séduire le pauvre peuple, ou bien inventions du diable ; et qu'en tout ceci elle avait commis blasphème contre l'honneur de Dieu , impiété contre ses père et mère , idolâtrie contre l'honneur de notre mère sainte Église; autre blasphème d'avoir mieux aimé ne recevoir le corps de Dieu , et communier au saint sacrement de l'autel, que de quitter l'habillement d'homme. A ce jugement opinèrent les évêques de Constance 2 et Lizieux, le chapitre de l'église cathédrale de Rouen , seize docteurs , et six tant licenciés que bacheliers en théologie, et onze avocats de Rouen. Cette sentence envoyée à l'université de Paris pour donner avis sur icelle , elle s'assembla au collège de Saint-Bernard, sous l'autorité de maître Pierre de Gonda, recteur; et après avoir le tout vu, la faculté de théologie fut d'avis, par l'organe de martre Jean de Troyes, celle de Décret, par celui de maître Guerraut Boissel, leurs doyens, que la Pucelle était vraiment hérétique et schismatique. Et sur cette résolution, l'université dépêcha deux lettres du quatorzième jour de mai 1 131, l'une au roi Henri, l'autre à l'évêque de Beauvais, afin de la faire mourir.

Toutefois, cet avis ne fut suivi pour ce coup ; mais avant été la Pucelle admonestée de se soumettre au jugement de l'Église, elle fait réponse qu'elle entendait se soumettre à toute raison , ainsi qu'elle avait toujours protesté par son procès. On l'exposa sur un échafaud public, où, après avoir été prêché©., elle dit lors qu'elle se soumettait au jugement de Dieu et de notre saint-père le pape. Puis, voyant que l'on voulait passer outre, elle protesta de tenir tout ce que l'ivglise ordonnerait, disant plusieurs fois que, puisque tant de gens sages soutenaient que les apparitions n'étaient de Dieu, elle le voulait aussi croire,

1 Ke faudrait-il pas lire plutôt fit- cordent ù donner factions. Mansi Mais les diverses éditions s'ac- 2 (Constaiitia), aujourd'hui Contantes,

1 80 RECttEBCHES

et lit une abjuration publique, insérée tout au long au procès. Sur quoi intervint autre sentence , par laquelle elle est absoute du lien d'excommunication, et condamnée à perpétuelle prison : ut eu m pane doloris ibi commissa defleret. Et dès lors elle reprit l'habit de femme , et l'envoya-l-on en une prison, les fers aux pieds : ce néanmoins furent mis ses habillements d'homme près d'elle, pour voir quels seraient ses déportements. Elle ru? fut pas sitôt seule, et revenue à son second penser, qu'elle Ut pénitence de son abjuration , et reprit ses premiers habits d'homme. Le lendemain visitée, étant trouvée dans son ancien appareil , et interrogée sur ce changement, elle répond l'avoir fait par le commandement exprès des saintes; et qu'elle aimait mieux obéir aux commandements de Dieu que des hommes. A ce mot on la déclare hérétique relapse, et tout d'une suite elle est renvoyée au bras séculier , où elle fut condamnée d'être brûlée vive par sentence du trentième mai 1 43 1 », depuis envoyée au parlement de Paris , pour y être enregistrée. Les Normands , non contents de l'avoir condamnée à mort, la voulurent mitrer lorsqu'ils l'envoyèrent au gibet; et étaient ces mots écrits sur la mitre : Hérétique , relapse, apostate, idolâtre, et au-devant d'elle un tableau plein d'injures et de eontumélies, ne se pouvant assouvir de sa seule mort, ores qu'elle fût très-cruelle. L'université de Paris , voulant aussi jouer son rôle, fit une procession générale, le jour de Saint-Martin d'eie, à Saint-Martin des Champs, où un frère dominicain fit une déclamation encontre cette pauvre fille , pour montrer que tout ce qu'elle avait fait , c'étaient œuvres du diable, non de Dieu. Au milieu de tous ces fléaux toutefois, pendant qu'on lui faisait son procès , vint à Paris une femme nommée Péronne, qui était du pays de Bretagne , laquelle soutint publiquement que la Pucelle avait été envoyée de Dieu , et que de ce elle avait plusieurs révélations par l'ange qu'elle voyait souvent, habillé de robe blanche; et parce qu'elle ne voulut jamais démordre cette créance, elle fut échafaudée, et prêchée le troisième

1 E( non pas du 14 juin, comme l'a écrïl rivalité delà France et del'Àngh

le président Renault : voy. V.lrt de vc- t. IV, p. 69, a emprunté cette erreui i

rifier 1rs iltili's , Paris, 1818, t. VI, Hénanlt p, 89. Gaillard, dana son Histoire a\ la

de la ii,vm:i:. in;

(le septembre 1430, et le jour même brûlée : c'était six ou sept mois auparavant la condamnation delà Pueelle1. Depuis, les affaires de la France étant devenues plus calmes par l'extermination des Anglais, maître Robert Cibolle , docteur en tbéologie, chancelier de l'université», par livre exprès écrivit, en l'an 145(j, contre tous ceux qui l'avaient déclarée hérétique : j'en ai vu autrefois le livre es mains de Féron 3, ce grand rechercheur d'armoiries.

Mais puisqu'un théologien et chancelier de l'université n'a douté d'accuser tous ces messieurs-la dimpiété, pourquoi ne suivrai-je ses traces? S'il vous plaît recueillir ce que j'ai discouru ci-dessus, tout le motif de sa condamnation fut pourdeux causes : l'une pour s'être, contre les commandements de saint Paul , habillée en homme, l'autre pour avoir ajouté ici aux voix qui se présentaient à elle de nuit. Or, pour le regaid de ces voix, on ne peut dire que ce fût artifice : cela pouvait être dit, quand elle se présenta au roi, afin d'exciter les capitaines et soldats a se plonger de meilleur cœur dans la querelle de leur prince ; mais étant es mams de la justice, se pouvant garantir de la mort, comme elle avait fait en quittant les habillements d'homme, et néanmoins le lendemain les ayant repris, qui lui était une assurance de mort très-cruelle, il ne faut point faire de doute qu'elle rentra sur ses altères 4 par

1 Voy. sur ce fait M. de Barante, et 222.

Histoire des ducs de Bourgogne, t. VI, J Jean Féron était avocat au parlep. 113. I-asquier vient de dire qu'à ment de Paris : entre beaucoup d'oul'êpoque de la condamnation de celte vrages dont il est parlé dans les Biblioft'innie, on faisait à Jeanne d'Arc thêgves de la Cioixdu Maiueet du Verson procès : il ne faut pas prendre dier, il a publié le Catalogue des concette assertion à la lettre, puisque nétables de France, grands maltres7male procès ne commettra en effet que récl\au.r , etc., et l'Histoire armoriait'. dans l'année 1431 : niais en septembre ' Qu'elle revint à ses inquiétudes, à 1430 il eu était déjà fort question, ses it résolutions, ou plutôt qu'elle rel'év'èque de Beauvais , l'inquisition et vinl sur son dessein : altères \ testas l 'université se disputant lLonneur de atlimi), comme traduit Nicot , fluctuale faire. — Quant à la prise de Jeanne tions de l'esprit, et aussi passions \<* d'Arc, les uns la placent au 23, les au hémentes le Dictionnaire de Trévoux très au 24 ; quelques-uns, avec plus de suppose que ce mot a été fait à'artii i s probabilité, au 25 mai 1430: voy. I.in- par corruption; ailleurs, avec plus de gfcrd, Ilisl. il' tngleterre, trad. de l\ou- raison , il le dérive du verbe altérer jo'uxj Paris, 1826, t. V,pag. 131. commôvere). Voiture a dit :

2 Consulter sur ce personnage du Bou- El laissant les autres amours lay, Historia ' niversitatis Farisierusis, Qui tenaient mon âme en aliin

(ont. V,p. 600; e1 Crévier, Histoire de On voit donc que ce mol était aussi l'Utttversitt de Paris, tom. IV, p. 171 usité au singulier;

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l'avis qu'elle en eut la nuit, comme elle confessa à ses juges. Quel jugement donc pouvons-nous en ceci faire d'elle , je dis pour en parler sans passion? Non autre certes, sinon qu'elle estimait que toutes ces voix venaient de Dieu , qui lui avait du commencement commandé de prendre l'habit d'homme pour sauver le roi , et puis ne le laisser, quelque crainte de mort que l'on lui mît devant les yeux : et c'est pourquoi elle dit tant de fois que, combien qu'elle se soumît au jugement de l'Église militante , toutefois elle voulait embrasser premièrement celui de Dieu. Mais cette voix était-elle de Dieu ou du diable? Je sais bien que le diable se transforme assez souvent en l'ange de Dieu pour nous piper1 : c'est ce que l'Évangile nous enseigne. Puisqu'il joue de fois à autre ce personnage, il faut donc croire que Dieu envoie aussi quand il veut ses bons anges, sous telles images qu'il lui plaît, pour nous induire à bonnes choses. La Bible est pleine de tels exemples. Le même Dieu qui était lors, est celui qui gouverne cet univers : pourquoi douterons-nous que sa puissance ne soit telle, et par conséquent ses effets ?

En tout ce procès par moi discouru , vous ne remarquez autre chose qu'une âme toute catholique, qui ne demande que confession, ouïr la messe, recevoir Dieu, moyennant que ce soit en l'habit qui lui est commandé par les voix (parce qu'elle estime que ce soit un commandement exprès et particulier de Dieu qui lui est fait). Mais pourquoi prit-elle l'habit d'homme? Était-ce pour une méchante œuvre? — Pour porter confort et aide à son roi, contre l'indue usurpation des Anglais. Davantage voyez comme, illuminée des rayons du Saint-Esprit par ces voix, elle prédit des choses qui advinrent ! car je vous laisse à part qu'elle reconnut premièrement Baudricourt, puis le roi, qu'elle n'avait jamais vu; cela pouvait être sujet à caution, et pourra quelque sage-mondain dire que c'était une partie jouée par l'entremise de quelques-uns, qui lui avaient servi sous main de protecoles. Quant à moiT je veux croire que ce fut

' Tromper; piperie se trouve en- cette même pipeWe qu'ils lui apportent eore dans Pascal : « Les sens abusent ils la reçoivent d'elle à leur tour : elle la raison par de fausses apparences : et s'en revanche, »

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par inspiration de Dieu , puisqu'en tout ce que je dirai ei-apres je n'y vois nulle hypocrisie. Elle dit au roi qu'elle était envoyée lie Dieu pour dégager Orléans du siège, puis pour faire sacrer et couronner le roi à Reims : ne le fit-elle? Par les lettres que sur son avènement elle écrivit au roi d'Angleterre, elle lui manda que s'il n'entendait à la paix, il verrait le roi Charles entrer en tout honneur dans Paris , et qu'ainsi lui avait été révélé : cela n'advint-il puis après? Par une de ses réponses , elle dit à ses juges que le duc d'Orléans était hien-aimé de Dieu : comment pouvait-elle juger cela que par l'inspiration divine? Elle dit encore à ses juges qu'avant le terme de sept ans , l'Anglais serait exterminé de la France. S'il ne le fut de ia France , ne le fut-il de Paris en l'an 1436, ville capitale de !a France, par le moyen de quoi le roi Charles gagna quaranteeinq dessus la partie ' ?

Mais surtout me plaît quand cette guerrière pour braver ses juges par une belle saillie, leur dit que le duc d'Oriéans, qui était leur prisonnier il y avait quinze ans passés , était le bienaiméde Dieu. Voyons si cette parole fut menteuse. 11 sortit de prison l'an 1440, à son retour épousa en la ville de Saint-Omer Catherine de Clèves, nièce de Philippe, duc de Bourgogne, dont il eut un seul fils, du nom de Louis. Auparavant sa prison il avait eu un enfant naturel, Jean, comte de Dunois, appelé communément par nos historiographes le bâtard d'Orléans, qui depuis, es années 1452, réduisit sous la puissance du roi Charles les pays de Normandie et Guyenne ; et quant au légitime, ce fut notre bon roi Louis, douzième de ce nom , qui pour ses bons et doux déportements fut, après son décès, honoré du bel éloge de Père du peuple2, qu'un Claude de Seissel, évêque de Marseille, ne douta, par livre exprès \ de parangon-

1 C'est-à-dire : gagna la partie aux 2 Non pas après son décès, mais de trois quarts. Cette métaphore est em- so.n vivant : A ce sujet voy l'Essai sur pruntée au jeu de paume, oùToncomp- V Histoire de la formation et des prolait par quinze points, et où soixante grès du tiers étatxpar M. Aug. Thierry, donnaient le gain de la partie. Ce jeu Revue des deux mondes, 1S46, numéro, était fort aimé au seizième siècle. C'est du 1er juin, p. 739. à la suite d'une partie de paume que ^ En voici le titre: «Les louanges du la ISoétie, comme nous l'apprend Mon- bon roi de France Louis XII, dit le Père taigne, tut atteint du refroidissement du peuple, et de la félicité d c sou, rè- Hui mit tin à ses jours. gnc.»

ner« à tous autres rois de France. Uu prince pouvait-il être mieux aimé de Dieu, que de lui envoyer deux enfants, auxquels notre France fut depuis tant redevable ? Et puis, au bout de cela , après tant de bons actes , après tant de prédictions véritables, en une querelle si juste, après tant d'heureux succès, nous dirons que c'étaient illusions du diable ? Certes, il ne faut point avoir de piété en la tête, qui le soutiendra. Ajoutez , et cetui est un trait d'bistoire fort mémorable : si les anciennes histoires sont vraies , on trouve unes Sémiramis et Jeanne qui , sous habillements d'hommes, exercèrent, celle-là une royauté , celle-ci la papauté ». Toutefois , avant que la partie fût parachevée, elles nous servirent d'un plat de leur métier, parce que chacune fit un enfant, chose qui leva leur masque. Mais notre Jeanne, encore que l'Anglais recherchât tous moyens de la calomnier, sineluiimpropéra-il impudicité partoutle discours de son procès, jaçoit qu'elle eût vécu au milieu de plusieurs grandes armées , où telle débauche est plus que souvent en usage. Et c'est pourquoi la postérité, non sans grande raison, lui donna le titre de Pucelle, qui lui est demeuré jusques à hui3. Ce néanmoins, il y a aujourd'hui quelques plumes si éhontées qui ne doutent de la pleuvir pour garces de Baudricourt. Au demeurant, je ne veux oublier que sa mémoire fut de si grande recommandation entre nous après sa mort, qu'en l'an 1440, le commun peuple se fit accroire que la Pucelle vivait encore, et qu'elle était échappée des mains des Anglais , qui en avaient fait brûler une autre en son lieu; et pour ce qu'il en fut trouvé une en la gendarmerie, en habillement déguisé, le parlement fut contraint la faire venir, la représenter

1 Comparer: « Paragon ou Varan- Henri Estienne, dans soa Apologie pour f/on, dit Nic9t , c'est une chose si par- Hérodote ; Boccace lui avait donné faite, qu'elle est comme une idée à la- place dans son livre De Claris et noquelle on rapporte et compare toutes bilibus mulieribus. Garasse, dans ses les autres de son espèce, pour savoir à Recherches des Recherches, IV, 10, n'a quel degré de perfection elles attei- pas eu de peine à réfuter ce conte : cf. gnent. » Avec son goût des étymologies la Notice sur la vie de Fabrot, par grecques, il le dérive de TiapocYclv : M.Ch. Giraud ; Aix, iu-8D, 1834, p. 133 mais le mot est italien. et suiv.

2 On peut voir la très-ridicule et 3 Delà notre mot aujourd'hui, que très-fausse histoire de cette papesse l'on écrivait, au seizième siècle, en trois Jeanne, racontée longuement dans les mots, au jourd'huj [hodie). Lettres de Pasquîer, XII, x. et par ' "<' ,;l donner'pour la maitressi

sur la pierre de marbre du Palais au peuple , pour montrer que c'était une imposture r.

Je serais ingrat envers la mémoire du roi Charles premièrement, puis de cette miraculeuse guerrière, si, pour clôture de ce chapitre , je n'y enchâssais cet éloge , qui me semble d'une singulière recommandation. Elle avait trois frères, Jacquemin, Jean, et Pierre, dit Pierrelot, dont les deux derniers s'embarquèrent à pareille fortune que leur sœur , faisant profession des armes. Le roi, en considération des grands et signalés services qu'il avait reçus de la Pucelle , tant à la levée du siège d'Orléans que son sacre, dont elle avait été la principale porte-bannière, l'anoblit, ensemble ses père, mère, frères, et leur postérité tant masculine que féminine, par ses patentes en forme de charlre , données à Mehun-sur-Yèvre au mois de décembre 1429, vérifiées le seizième de janvier ensuivant, en la chambre des comptes de Paris , lors transférée à Bourges. La teneur des lettres est telle : Considérantes laudabilia grataqueservitia nobisac regnonostro tamper dictant Joannam puellam multimode impensa, et qux in futur uni impendi speramus, certisque aliis causis ad hoc animum nostrum inducentibus , prxfatam puellam , Jacobum Darc, palrem, /sabellam, ejus uxorem, matrem, Jacqueminum, Joannem et Petrum Pierrelot, fratres ipsius puellx, et totam suani parentelam, et lignagium, et in favorem et pro conlemplatione ejusdem et eorum, posteritatem masculinam, etfœmineam, in legitimo matrinwnio natam et nascituram nobilitarimus; et peu après : Concedentes eisdem et eorum posteritati, tam masculinx quam fœminex , in legitimo matrinwnio procréât x et procreandx, ut ipsifeoda et retrofeoda, et res nobiles a nobilibus et aliis quibuscumque personis acquirere, et tam acquisilas quam acquirendas retinere ac

1 Dom Masburet, dans un ouvrage revivre une ancienne fable qui dérobait

manuscrit conservé à la bibliothèque du Jeanne au bûcher, et la mariait avec un

Louvre ( ce sont des documents recueil- gentilhomme de la maison d'armoise ;

lis et classés par ordre alphabétique, et il paraît très-vrai qu'une fausse

pour serv.r à une nouvelle édition du Jeanne d'Arc surprit la foi des magis-

dictionnaire de Moréri ';, dit en effet sur trats d'Orléans, et en obtint une grati-

leanne d'Arc, entre autres choses eu- fieation qui se trouve inscrite sur les

rieuses fvoy ;m mot ARC ):« -Jusque registres de cette ville. » dans le dix-huitième siècle, on a fait

possidere perpétua valeant : privilège admirable, et non jamais octroyé à autre famille. Bien trouvons-nous un Eude le Maire, natif du village de Challo Saint-^Ias , près d'Étampes, et ses successeurs tant en ligne féminine que masculine , avoir été dispensés de toutes daces « ; mais non pour cela réputés nobles, ni joui du privilège de noblesse. Jamais service fait à la France ne vint au parangon de celui de la Pucelle ; aussi jamais lettres d'anoblissement ne furent de tel poids et mesure que celles-ci : anoblissement tellement embrassé 2, que, comme ainsi soit qu'en la Normandie il y ait quelques hommes issus des filles de cette lignée, ils jouissent de ce privilège. Et ainsi vois-je uns Robert Fournier, Lucas de Chemin, oncle et neveu, après ample connaissance et examen de leur généalogie , avoir fait enregistrer ces lettres d'anoblissement pour eux et les leurs , en la cour des aides de Normandie , le 13 décembre 1608, depuis que le privilège d'Eude le Maire a été supprimé.

Gr, pour plus signalée remarque de cette gratification , le roi Charles voulut que les frères de la Pucelle portassent en leurs armoiries un écu en champ d'azur, auquel y aurait deux fleurs de lis d'or, et au milieu une couronne; et en outre, qu'au lieu du surnom d'Arc qu'ils avaient apporté du ventre de leur mère, ils fussent de là en avant surnommés du Lys3 , comme si la couronne de France et le lis eussent, par les paradoxes-* exploits et chefs-d'œuvre de la Pucelle, repris leur ancienne force, dignité et vertu : chose que je découvre par un extrait très-notable, dont jevous veux faire part. Dès l'an 1425 on a va il baillé, à six livres de rente foncière par chacun an, le marc d'argent revenant à sept livres, une île assise sur la rivière d<> Loire, contenant deux cents arpents , vulgairement appelée l'île aux Bœufs, dont les receveurs du domaine d'Orléans faisaient état par leurs comptes. Advient que les détenteurs s'en départent le vingt et sixième juillet 1443, et la remettent es mains de Charles, duc d'Orléans, père de Louis, qui fut depuis

1 Taxes... ' Ou écrivait autrefois \elyx,ies liji .

' U'iine compréhension telle, si ' Extraordinaires. .

I/Ulltl .

roi de France, douzième du nom, lequel , deux jours après , en fit don à Pierre, frère de la Pucelle : vérifié, le vingt-neuvième , par maître Jean le Fuzelier , général de ses finances , pour en jouir par lui et Jean, son fils, leurs vies durant ; en considération de quoi cette partie depuis mise en recette, fut couchée à néant tant et si longuement qu'ils véquirent, comme de fait vous trouverez tout cela amplement narré parle compte de l'an 1444, rendu en la chambre des comptes par maître Piohin Gaffard, portant entre autres choses l'article de recette ces mots qui servent à mon intention : « Laquelle île mondit seigneur le duc a donné à messire Pierre du Lys, chevalier, ouïe la supplication dudit messire Pierre, contenant que pour acquitter la loyauté envers le roi, notredit seigneur, et monsieur le duc d'Orléans , il se partit de son pays pour venir au service du roi, notredit seigneur, et de monsieur le duc, en la compagnie de Jeanne la Pucelle, sa sœur, avec laquelle , jusques à son absentement, et depuis jusques à présent, il a exposé son corps et ses biens audit service et au fait des guerres du roi, tant à la résistance des anciens ennemis du royaume qui tinrent le siège devant la ville d'Orléans, comme à plusieurs voyages faits et entrepris par le roi , notredit seigneur , et ses chefs de guerre, et autrement en plusieurs et divers lieux. » Je. vous laissele demeurant de l'article, auquel est pareillement faite mention de Jean du Lys, fils de Pierre , me contentant qu'on voie que ce Pierre, surnommé du Lys, était frère de la Fucelle : surnom que je vois lui avoir été baillé, et à son fils, en tous les comptes subséquents faisant mention d'eux.

Je ne me puis faire accroire que cetui , ayant affaire à un grand prince du sang, eut osé changer son surnom d'Arc en celui du Lys, sans que lui et ses frères eussent permission expresse de ce faire, par le bénéfice du roi; mais surtout me plaît qu'on trouve, par quelques anciens titres, que plusieurs des leurs qui les survéquirent, après avoir mis le surnom du Lys , ajoutaient tout suivamment ces mots, dits la Pucelle, pour montrer qu'ils étaient de sa lignée. Au demeurant, comme, par succession de temps, cette famille fut casuellement épandue en diverses branches par la France, tant en lignée mascu-

line que féminine ; aussi maître Charles du Lys , conseiller du roi et son avocat général en la cour des aides de Paris, a par devers soi plusieurs enseignements, par lesquels il se trouve et prouve en être un des rejetons r.

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