‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 175 sur 176 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

De l'ancienneté et progrès de notre poésie française.

L'usage de la poésie rimée est d'une très-longue ancienneté entre nous. Je vous ai dit, au premier livre2, que nos vieux Français habitaient originairement la Germanie, dont quelques braves guerriers premièrement se débandèrent avec suite de soldats pour servir uns et autres empereurs, et depuis, avec le temps , se dispensèrent de leurs services , les guerroyant par diverses courses, jusques à ce qu'enfin ils se firent maîtres et seigneurs des Gaules ; et non contents de cela , advint qu'eu une grande bataille, que l'on appela la journée de Tolbiac, notre grand Glovis obtint une générale victoire contre les Germains, de manière qu'il réduisit toute la Germanie sous sa domination : à quoi jamais les Romains n'avaient pu atteindre. Ge fut lors qu'il promit à Dieu de se faire chrétien , en cas qu'il vînt à cbef de ses ennemis : promesse qu'il exécuta, et depuis ayant été baptisé, il est grandement vraisemblable qu'il voulut réduire au même point, sinon toutes, pour le moins quelques nations par lui subjuguées, et entre autres celle dont ses ancêtres étaient extraits. Je ne vous fais ces discours sans propos : parce que BeatusRbenanus \ en son traité Renan Germanicarum , livre second, voulant montrer que la vieille langue des Français symbolisait avec celle des Germains, dit ainsi : Germanica Francos vsos fuisse lingua cum innumera alla argumenta probant, tum vero manifeste convincit liber ilte

1 C'est le chap. [ilduliv. VII :onrap- Schélestadt en 1-1S5; il mourut à Stras-

prochera <lc ce morceau la lettre 7 du bourg en 1547 : son Histoire d'Allema-

liv h. 14"P> Res germanica , en *-J vol. in-l",

Dans les chap. w et vu. passe pour le i>l»s remarquable de si

< 'était un ami d'Érasme; natif de savants ouvra

insignis Evangeliorum,jrancice, hoc est germaniee, versus, quem nos nuper, dum comitia romani imperii Carolus Cxsar celebraret apud Augustam Iihetix superioris , Fruxini in f'indelicis, quam hodie Frisingam ' appel/cent, in Bibliotheca divl Corbiniani obiter reperimus; nam Livianarum Decaduvi gratia fueramus Mue profeeti. Ejus codicis hic est titulus : Liber Evangeliorumin Theodiscam linguam versas. Constat autem exrhythmis totus. Atque ut antiquitaiemejus tralationis non ignores , deprehendi librum exscriptum abhinc annos fere sexcentos, uttum compositum credam, cum Christo primum Franci nomen dedere. In fine enim ascriptum erat : AValdo me fierijussit; Sigefndns,presbyter, scripsi. Numeratur autem inter Frisingenses episcopos JFaldo , ni fallor, decimus. Habet ipsum opus elegantissimam prxjationem, enjus hoc initium est , nulla littera mutata 2:

Nu wil ich scriban unser heil Evangeliono deil So vuit nu hiar bigunnon In Frenkisga zungun.

Qui Germaniee cadet satis intelligit ista verba, nisi quod hodie aliter scribimus et proferimus, non addentes alicubi tôt vocales , alicubi plures adjicientes. Item paulo post:

Hiar hores io zi guate W'as got imo gebiete ^Yas wir imo biar sungun In Frenkisga zungun.

3Nu fruves si lies aile So werso wola wole.

Iotb wer si bolil in mualc Francono tliute.

Item paulo post comparant ur Franci Romanis animositate . nunquam hoc negaturis Grxcis :

Sie sint so fama kuani Selpso tbio Romani.

Nu darf mun tbaz oueb redinon Tas Kriacbi nitb es widarou.

item alio loco prxdkantur ad arma prompt i, cl viri for-

1 Freinsingen ( Bavière). également cités par Borel tluns lu pre-

- Plusieurs des vers suivants sont /«Ce de son 7Y< oi

tes omues. Nam hoc significat Thegan Francis. Unde Deganberti sive Dagoberti nomen et Degenhardi :

Zi wafanc snelle

So siul trie thegan aile.

Nec libet plura addere : nam ista satis evincunt quod fortassis apud nonnullos controversum esse poterat. Hoc omittere nequeo, volumen istud egregium esse antiquitatis thesaurum.

Vers dont le sens est tel , mot pour mot :

Ores veux-je écrite notre salut De l'Évangile partie *, Que nous ici commençons En française langue.

Ici écoutez en bonne part Ce que Dieu vous commande, Qu'ici nous vous chantons En française langue.

Or se réjouisse tout liomme Qui au vers bien voudra, Et qui le retient en un courage franc.

Ils sont aussi preux ou braves Comme les mômes Romains :

On ose bien aussi en dire cela, Que les Grecs ne contrediront.

Aux armes prompts et habiles :

Ainsi sont-ils vaillants tous.

Beatus Rhenanus tira tous ces vers de la préface que le traducteur avait faite sur les Évangiles par lui traduites en rime française , toute telle que cette préface , pour montrer que la langue des Français, lors de cette traduction, n'était autre que celle des Germains que nous appelons Allemands; et quant à moi , je recueille d'eux que dès lors les vers rimes étaient eu usage : rime qui s'est continuée de main eu main jusques à nous, en notre vulgaire français, qui fut composé de trois langues, wallonne, latine et française. Yve, évéque de Chartres, qui vivait sous le règne du roi Philippe Ier, écrivant au pape Urbain en sa soixante et huitième lettre , et parlant d'un jeune gars malgisant », dit que l'on avait fait des

1 Oui provient de la part que nous ■ Jeune mauvais sujet... aiuns a \'i-.\ angSIe...

ni: LA FRANCK.

vaudevilles1 de lui, qui se chantaient par tous les carrefours : quidam enim, appeliantes eum Floram, multas rhythmicas cantilenas de eocompositerunt, quse a fœdis adolescentibus , per urbes Franche, in plateis et compitis cantitantur.

Encore que la rime fût lors en usage, comme vous voyez par ce passage, toutefois je ne trouve point poètes de nom en ce temps-là ni assez longtemps après. Les arts et sciences ont leurs révolutions et entresuites , ainsi comme toutes autres choses, et voyagent de pays à autres. L'ignorance avait croupi longuement chez nous , quand sous Louis septième du nom, et sous Philippe- Auguste, son fils, les bonnes lettres commencèrent de se réveiller; signamment, en la poésie latine, nous eûmes un Leoninus, comme aussi un Galterus, qui fit F Alexandréide latine2 ; et tout ainsi qu'en latin, aussi commença grandement de poindre la poésie française. Il n'est pas que ce grand Pierre Abélard , auquel j'ai , au livre précédent, donné son chapitre, ne voulût être de la partie. Il se jouait de son esprit comme il voulait, et pour attremper3 ses plus sérieuses études, faisait des vers d'amour en rime française4, que l'on mettait en musique ; et se chantaient par uns et autres. C'est ce que j'apprends d'Héloïse , laquelle s'excusant d'avoir abandonné ses volontés à celles d' Abélard, après avoir fait un long récit des perfections d'esprit qui étaient en lui, par lesquelles il pouvait attirer à soi les plus grandes dames et pi'incesses, enfin elle ajoute ces mots : Duo autem, faleor , specialiter tibi inerant , quibusfxminarum quarumlibet animos statim allicere poteras, dictandi videlicet et cantandi gratta, quam

1 L'origine de ce mot nous est donnée et civile de Paris; 3 vol. in-12, Paris,

parduTilletdanssonPttrtt«sse,/ra/H'£!is, 1739-174:5, t. 11, p 267 et suiv.

pag. 211 :« Basselin, qui était un foulon 3 Mêler du repos, du relâche à...

de la ville de Vire en basse Normandie, i On remarquera dans le passage de

fut le premier auteur de chansons, ap- la seconde lettre d'Héloïse, cité ensuite,

pelées Vaux de vire, qu'on a nommées qu'il est bien question de vers mesurés

depuis Vaudevilles, par corruption, et rimes* mais qu'il n'est pas dit que

selon la remarque de Ménage.» Ce mot ces vers fussent composés dans la lan-

deVaudeville désigne aussi dans le sei- gue vulgaire, eu rime française, com-

zième siècle un propos badin, un bruit me l'affirme Pasquier, un peu témérai-

populaire : Lettres de Pasquier, MX, 6. rement. Or il y a lieu de croire quec'è-

-•' Il a déjà été question de ce Galterus, taient des vers latins; voy. Lévesquede

auchap. xxixduliv. 111 des llecherches. la Ravallière, de l'Ancienneté des chan-

Voy. plus haut , p. 119. Pour Leoninus, sons françaises, t. 1er de son édition des

consultez l'abbé Le Bœuf, dans ses Dis- Poésies 'in roi de Navarre, p. 206. scrtations sur l'histoire ecclésiastique

cxteros philosophas minime assecutos novimus. Quibusquidem, quasi ludo quodam, laborem recreansexercitii philosophici, plcraque amatoria métro et rhythmo composita reliquisti car mina, qux, prœ nimia suavitatetyam dictaminis quam cantus, sxpe frequentata, tuum in ore omnium nomen incessante)' tenebant, lU illiteratos etiam melodix tux dulcedo tui non sineret immemores esse. Atque hinc maxime in amorem tuumfxminx suspirabant ; et cum horum pars maxbna nostros decantaret amores, multis me regionibus brevi tempore nuntiamt, et multarum in me fxminarum accendit invidiam : c'étaient les amours de lui et d'Héloïsè qu'il avait composées eu rimes françaises mises en musique, qui étaient chantées et passaient par les mains tant des doctes que du commun peuple et des femmes mêmes.

Sous Philippe-Auguste nous eûmes Hélinand, natif de Beauvoisin , religieux de l'ahhaye de Frémont , ordre de Citeaux, duquel Vincent de Beauvais " fait ce témoignage, en son Miroir historial, parlant de l'an 1209, qui est sous le règne de notre Philippe-Auguste : His temporibus, in territorio Belvacensi fuit llelinandus, monachus Frkjidi montis, vir religiosus et facundia disertus, qui et illos versus de morte, in vidgari nostro {qui publiée leguntur) tam eleganter et utiliter, ut iuce clarius patet, composuit. Vous voyez le beau jugement qu'il en fait. Le malheur avait voulu que son poème de la Mort fût mort par la négligence, ou longueur des ans; toutefois maître Antoine Loisel , grand avocat au parlement de Paris , l'un de mes plus singuliers amis, lui a redonné la vie, par une diligence qui lui est propre et péculière en matière d'ancienneté, ayant fait imprimer ce livre2 au même langage ancien qu'il avait été composé, dans lequel vous verrez une infinité de beaux traits, non toutefois agréables à tous, pour n'être habillés à la moderne française : qui fait que je souhaiterais qu'on les mît d'un côté en leur jour naturel, et d'un autre , vis-à-vis, on les

1 11 ftit lecteur de saint Louis, et sur- nale , Spéculum morale, et Spéculum

veilla l'éducation des enfants de ce historiale.

prince. Son Miroir est un vaste recueil - Paris, in-8°, sans date ( en 1594 on

formé d'extraits d'auteurs sacrés et pro- 1595). Une épitre rie Loisel en prose, con-

fanes, et partagé en quatre parties : tenant 1 él<)£;ed'llclinand,etadresséeau

Spéculum naturelle, Spéculum doctri- président Faucliet, précède le poème.

fit parler comme nous parlons maintenant, en la même manière que voyons avoir été pratiqué par Biaise Viginelle , quand il voulut ressusciter l'ancienne histoire du maréchal Yillhardouin. Or, qu'Hélinand tînt un grand lieu entre les poètes français , nous le pouvons recueillir de ces vers tirés d'un vieux roman1 ; chose fort hieu remarquée par Loisel :

Quand li roy ot mangié, s'appella Hélinand;

Pour ly esbanoyer, commanda que il chant :

Cil commence à noter, ainsi corn ly jayant

Monter voldrent au ciel , comme gent mescréant.

Entre les diex y ot une bataille grand :

Si ne fust Jupiter à sa foudre bruyant

Qui tous les desrocha , jà ne eussent garant 2.

Je vous cote ces sept vers pour deux causes , l'une, afin que l'on sache en quelle recommandation était Hélinand, vu qu'entre tous les poètes français on le nomme particulièrement pour chanter quelque belle chanson devant le roi; l'autre, pour nous montrer quelle était la texture de vers aux œuvres de l'histoire des grands, que vous voyez être faits d'une longue suite de mêmes rimes : comme aussi l'ai-je trouvé ainsi dans les romans d'Oger le Danois, Datis et Profélias, et par espécial en celui de Fepin et Berthe, où j'en ai coté cinquante-trois finissant en hier, et soixante-un en é.e ; qui serait chose ennuyeuse de vous transcrire en ce lieu. Toutefois, parce qu'il n'est pas malséant de représenter l'ancienneté en sa naïve simplicité , je me contenterai de vous en bailler seulement un chapitre, où l'auteur de ce roman s'étudia de pourtraire 3 au

1 On sait que l'on donnait ce nom à de défenseur), si Jupiter n'eût renversé tous les anciens ouvrages écrits en vers leurs ennemis avec sa foudre bruyante. ou en prose dans la langue romane. [Desrocher, belle expression : précipi- Mênage a réuni sur le mot roman, dans ter.) — Sur le Roman a" Alexandre , son Dictionnaire étymologique, un grand dont Pasquier nomme plus bas les annombre de passages qui en attestent la teurs, et auquel ces vers sont emprunvaste compréhension. tés, on peut consulter deux savants ar-

2 Quand le roi eut fini son repas, il ticlesde M. Paulin Paris, dans la Nounpjiola auprès de lui Hélinand. 11 lui velle Revue encyclopédique, publiée par commanda de chanter, pour le réjouir : MM. Didot, numéros de décembre 1840 celui-ci aussitôt de raconter en vers et d'avril 1847. Le passage que nous vecomment les géants, cette troupe infi- nons de traduire est cité avec plusieurs dèle, voulurent escalader le ciel. Entre différences orthographiques dans le eux et les dieux il y eut grande bataille; dernier de ces numéros, p. 581.

mais ils n'eussent pu échapper au pé- ^ Représenter... ril (ils n'eussent pas trouvé de garant,

l'40 RECHERCHES

naïf les affections brusques d'un paysan. Car comme ainsi fût qu'avant le mariage de Pépin etBerthe, il fasse1 que cette pauvre princesse, venant de Hongrie en France, se rende fuitive pour se garantir des aguets 2 de sa gouvernante, laquelle puis après ût marier sa fille au roi Pépin au lieu delà vraie Berthe, cette reine supposée commença de tyranniser le peuple ; et advenant que quelque temps après Blanchefleur, mère de Berthe, vint en France pour visiter sa fille, elle reçut plusieurs plaintes des pauvres sujets, estimant que celle qui les molestait fût sa propre iille; au moyen de quoi l'auteur suit sa route de cette façon :

Or s'en va Blancheflor qui ot le cuer certain ; Mult forment luy ennuyé de sa fille Bertain , Dequoy la gent se plaint de toutes parts à plain. Emmy la voye, encontre un païsant vilain; Ou qu'il voit Blancliellor, si la prend par le frain : Dame mercy , per Diex , de vo tille me plain ; N'avoye qu'un cheval, dont gaignoye mon pain, Dont je me nourrissoye et ma femme Margain, El mes petits enfants qui or mourront de faim. A Paris apportoye chaulme, huche et estrain; Sessante sous cousta un an a per certain : Or me l'a tait tollir, Diex luy doint mal demain, A meschef l'ay nourry, cest livrer, de mon grain. Mais par cest Sainct Seignor qui d'Adam fit Évain, Je la maudiray tant et au soir et an main, Que vengeance en auray du Seignor Souverain. Pilié en ot la dame, et de duel le cuer vain , Cent soz ly fait donner tous errans en sa main. Cil en baise de joye l'estrier et le lorain : Dame, Diex vos bénie, qu'or ay cuer lie et sain, Mais ne maudiray Berte, par le corps Saint-Germain 3.

1 11 suppose... que Marguerite , ma femme, et mes

; Se rende fugitive pour se dérober petits enfants, que la faim maintenant

aux pièges... va faire mourir. Avec lui j'apportais à

•' Blanchefleur, cette princesse au Paris de la paille, du bois et du four-

cœur généreux, continue sa route, tris- rage; il m'a coûté soixaute sous il y a

tenient préoccupée de sa fille Berthe, un an. Elle me l'a ravi : que Dieu l'en

que l'on accuse à l'envi de toute part, punisse dés demain; c'est pour ma

Au milieu du chemin voici qu'elle ren- ruine que je l'aurai nourri démon

contre un pauvre paysan; dès qu'il grain cet hiver. Mais par le Seigneur

voit Blanchefleur, il arrête son cheval qui tira Eve des côtes d'Adam, je la

par la bride: ■ Pitié, madame, au nom maudirai tant du matin jusqu'au soir,

de Dieu, s'écrie- t-il, entendez ma plainte que j 'ni. tiendrai vengeance de la justice

contre votre lille. Je n'avais qu'un divine." I. a dame rut pilié d'unesi vive

cheva|, qui nie servait à gagner mon douleur; et, le cœnr percé de ccsdoléan-

jiain , a me nourrir moi-même, ainsi ces, elle lui lit aussitôt remettre cent

D1-. L\ KKÀlNCK. 24|

Je vous baille cet exemple pour tous, auquel vous voyez vingt et un vers d'une tire , tombant sous une même rime. Et faut noter que cela s'observait principalement aux vers de douze à treize syllabes, que nous appelons alexandrins : lesquels ne se mettaient lors guère en usage d'autre façon , encore que par succession de temps nous ne nous y astreignions maintenant. Le chemin de ces longues rimes telles que dessus leur avait été enseigné par le poète Léonin en ses vers latins • dédiés au pape Alexandre le tiers.

Au demeurant, nos anciens eurent encore une autre manière de faire, qui mérite de n'être tue : car si quelqu'un avait encommencé un œuvre de mérite , et qu'il fût prévenu de mort avant que de le parachever, il se trouvait quelque bel esprit qui y mettait la main , pour ne laisser l'ouvrage imparfait. En cette façon se trouva la Vie d'Alexandre , translatée de latin en français , premièrement par Lambert Licors, et parachevée par Alexandre de Paris ; et ses faits et gestes composés par Pierre de Saint- Cloct et Jean li Kévelois; comme aussi le roman de la Rose, encommencé par Guillaume de Lorry , parachevé quarante ans après par Jean Clopinel de Mehun.

Dès et depuis le règne de Philippe-Auguste , jusques à celui de Philippe le Bel , nous eûmes une infinité de poètes, entre lesquels je trouve que Pierre de Saint-Cloct et Jean li Névelois eurent grande réputation sur les autres. Je n'ai pas eu cet heur de les lire ; mais voici le jugement qu'en fait Geoffroi Tory, en son livre du Champ flori % qui fut imprimé en l'an 152G, livre plein d'érudition et doctrine au sujet qui y est traité : « Ces deux auteurs, dit-il , ont en leur style une grande majesté de langage ancien ; et crois que s'ils eussent eu le temps en fleur de bonnes lettres, comme il est aujourd'hui , qu'ils eussent excédé tous auteurs grecs et latins. Ils ont , dis- je , en leurs compositions, don accompli de toute grâce en fleurs de rhétorique et

sous. Alors celui-ci de baiser de joie Pasquier, daua lechap. II du liv. VII des

l'étrier et les rênes : « Que Dieu vous Recherches, qui contient en outre quel-

hénisse, s'écrie-t-il : maintenant que ques détails sur leur auteur.

j'ai le cœur en paix et en joie, je ne 2 Ou Champflewry : Voyez l'analysede

maudirai plus , j'en jure par le corps cet ouvrage dans la Biographie «flil 1 I

de saint Germain, votre fille Bertlie. >i selle, loin. XLV1 . p 301. 1 Plusieurs de ces vers sonl cités par

poésie ancienne. Jacoit que Jean le Maire ne fasse aucune mention d'iceux, toutefois si a-il pris et emprunté d'eux la plus grande part de son bon langage , comme on pourrait bien voir en la lecture qu'on ferait attentivement es œuvres des uus et des autres ; » jugement qui n'est pas petit , parce qu'en Jean le Maire nous trouvons une infinité de beaux traits dont il a illustré notre langue,dedans ses Illustrations delà Gaule1. Que s'il les emprunta des deux autres, comme Tory recueillait par leurs correspondances, croyez qu'ils n'étaient pas petits maîtres et ouvriers en l'art de bien dire. Et qui me fait lui ajouter plus de créance, c'estque leur poésie fut trouvée si agréable, qu'ayant été inventeurs des vers de douze syllabes, par lesquels ils avaient écrit la Vie d'Alexandre, la postérité les nomma vers alexandrins : mot qui est demeuré jusques à nui en usage.

Dedans l'entrejet de ces règnes des deux Philippe , nous eûmes un Hugues de Bercy , religieux de Cluny , qui fit la Bible Guyot \ satire d'une longue haleine, dedans laquelle il décrit, d'une plume merveilleusement hardie, les vices qui régnaient de son temps en tous les états, comme vous le pourrez reconnaître par la première démarche qu'il fait sur le commencement de son livre :

Dou siècle puant et horrible , M'estuet commencer une bible, Per poindre et per aiguillonner , Et per bons exemples donner.

Ce n'est pas bible losengere.

Mais fine et voire et droiturière :

Mirouer ert à toutes gens 3.

1 Ce livre, qui parut en 1512, rempli sonnages que confond ici Pasquier, le de fables qui flattaient l'amour-propre châtelain Hugues de Bercy ou plutôt national, fut accueilli avec un grand de Berzes (seigneurie dans le bailliage enthousiasme. L'auteur était né en de Mâcon) et ie moine Guyot de Pro- 1473, à Belges, cité du llainaut, appelée vins, qui fut tour à tour religieux de depuis Bavay : ou n'est pas d'accord Cluny et de plusieurs autres ordres sur l'époque de sa mort, placée par Leurs ouvrages avaient été aussi fort a quelques-uns en 1548. Comme poète il tort regardés comme une œuvre uniue fut pas moins renommé que comme que. Sur ces auteurs et les satires appehistorien. Pasquicr, dans ses Let- lées du nom de Bibles , on peut lire un très, 11, 12, dit que Ronsard à sou travail de M. Deniogeot dans la Retour lui fit plus d'un emprunt. rue des deux mondes, 1er juin 1S46,

2 Le comte de Caylus { V. Mém. de p. 804 et suiv.

l'Acad. des Inscript. XXI, 191) est le 3 Je veux commencer une bible, celle premier qui ait distingué les deux per- d'un siècle corrompu et affreux, pour

Et après avoir fait le procès à tous , il se le fait , sur la fin du livre, à soi-même, par une gentillesse d'esprit :

Hugues de Bercy, qui tant a Cherché le siècle, ça et là, Qu'il a veu que tout ne vaut rien, Presche ore de faire bien ; Et si sçay que li plusour Tenront mes sermons à folour : Car il ont veu que je amoye Plus que nuz biau soûlas et joye , Et que j'ay aussi grand mestier Us nuz de moy preschier '.

En ces mots gaillards il finit son livre; et du commencement et de cette conclusion vous pouvez juger quel fut le milieu de l'ouvrage. Ce livre s'appelle la Bible Guiot, par erreur des premiers copistes, au lieu de Bible Huguiot. Il eut pour son contemporain Huon de Méry, religieux de Saint-Germain desprésde Paris, qui, en son Tournoijement 2 de l'Antéchrist, fit combattre les vertus, sous l'enseigne de Jésus-Christ, contre les vices, sous celle de l'Antéchrist ; et enfin les vertus en rapportèrent la victoire. De ce même temps ( je veux dire sous le règne de saint Louis), nous eûmes Guillaume de Lorry, et sous Philippe le Bel Jean de Mehun, lesquels quelques-uns des nôtres ont voulu comparer à Dante, poète italien; et moi je les opposerais volontiers à tous les poètes d'Italie, soit que nous considérions ou leurs moelleuses sentences , ou leurs belles locutions, encore que l'économie générale ne se rapporte à ce que nous pratiquons aujourd'hui. Becherchez-vous la philosophie naturelle ou morale , elle ne leur défaut au besoin. Vou-

piquer les hommes et les aiguillonner, ' Hugues de Bercy, dont les regards pour leur offrir de bons exemples. Cette scrutateurs ont tellement pénétré tous bible ne sera pas remplie de fausses les replis da siècle, qu'il a reconnu louanges, mais saine, vraie et droite, que nulle part il n'y avait rien de bon, Ce sera pour tout homme un miroir recommande maintenant de pratiquer fidèle. — l'asquiera cité de nouveau les le bien. Je n'ignore pastoutefois qu'aux mèmesvers au chap. I.xiv du liv. VI 1 1 yeux de plusieurs mes sermons seront des Recherches, et a traduit ainsi le réputés folie; car on a vu que j'ai cinquième et le sixième: « Ce n'est mais plus que nul autre les divertissepas une bible trompeuse, mais bonne, ments et la joie, qu'autant que nul vraie et droiturière. » Le mot bible, autre j'avais besoin de me prêcher moisi l'on remonte à sa racine, ne signifie même. — i'asquier avertit que US a le lui-même que livre : c'est le livre vrai sens de somme. par excellence. 2 Combat...

241 BECHERCHES

lez-vous quelques sages traits, les voulez-vous de folie , vous y eu trouverez à suffisance ; traits de folie toutefois dont pourrez vous faire sages. Il n'est pas que quand il faut repasser sur la théologie ils se montrent n'y être apprentis. Et tel depuis eux a été en grande vogue , lequel s'est enrichi de leurs plumes, sans en faire semhlant. Aussi ont-ils conservé, et leur oeuvre, et leur mémoire jusques à hui, au milieu d'une infinité, d'autres , qui ont été ensevelis avec les ans dedans le cercueil des ténèhres. Clément Marot les voulut faire parler le langage de notre temps, afin d'inviter les esprits flouets * à la lecture de ce roman , qui n'est autre chose qu'un songe dont le principal sujet est l'amour. En quoi on ne saurait assez louer cette invention : car, pour bien dire, les effets de l'amour ne sont entre nous que vrais songes. C'est pourquoi Guillaume de Lorry présuppose que ce fut en la primevère2, saison expressément dédiée à cet exercice. Cetui n'eut le loisir d'avancer grandement son livre; mais en ce peu qu'il nous a baillé il est, si ainsi je l'ose dire , inimitable en descriptions. Lisez celle du printemps , puis du temps ; je défie tous les anciens , et ceux qui viendront après nous , d'en faire plus à propos.

Jean de Mehun est plus savant que Lorry : aussi eut-il plus de loisir et de sujet que son devancier. Mais parce que ce chapitre n'est pas voué seulement à la commémoration de ces deux poètes , je vous dirai que notre poésie française ne se logea pas seulement aux esprits du commun peuple , ains en ceux mêmes des princes et grands seigneurs de notre France, parce qu'un Thibaut, comte de Champagne, Raoul, comte de Soissons, Pierre Mauclerc, comte de Bretagne, voulurent être de cette brigade. Quelques-uns y ajoutent Charles , comte d'Anjou, frère de saint Louis. Et sur tous, nous devons faire grand état du comte de Champagne 3 : lequel s'étant donné pour maîtresse la reine Blanche, mère de saint Louis, fit une infinité

1 Tendres, délicats : la trace de ce mot me un excellent maître en poésie,» nous

se conserve dans la peinture. On dit : dit Titon du Tillet, qui commence par

peindre/?OH ; c'est peindre d'une ma- lui(la série des poètes français, p. 100 de

nière tendre et délicatement nuancée, son Parnasse. Fauchet, dansées Anciens

- Que ce songe a lieu au printemps... poètes français, s'est fort étendu sur lui,

" I.e Dante, dans son livre ])r i-n/- et nous a conservé plusieurs couplets

ieloquentia, allègue ce prince com- de ses clian-

DE LA FKANCE. 21-j

de chansons amoureuses en faveur d'elle , dont les aucunes turent transcrites en la grande salle du palais de Provins, comme nous apprenons des Grandes Chroniques de France, dédiées au roi Charles Vlir1 .Et qui est unechose grandement remarquable, c'est qu'au commencement du premier couplet de plusieurs chansons il y a les notes de musique, telles que portait ce temps-là, pour les chanter. Et ores que ? je m'assure qu'en cet amour il n'y eût qu'honneur entre eux ( car cette grande princesse était très-sage), si est-ce que, pour ne rendre sa plume oiseuse, il en fait fort le passionné. Sa première chanson est telle 3 :

Au rinouviau de la doulsour d'été Que reclarcit li doiz à la fontaine, Et que sont vert bois et verger el pré l£t li roziers en may llorit et graine, Lors chanteray que trop m'ara grevé Ire et esmayqui m'est au cuer prochaine, Et fins amis à tort acoisonnez Et mult souvent de léger etïréez *.

C'était que ses fidèles amis le conseillaient de ne mettre son cœur en une si grande dame , pour les inconvénients qui en pouvaient survenir 5. Le second couplet :

Doulcedame, car m'octroyez pour Dé Un doux regard de vousen la semaine;

' Sur les Grandes chroniques de à tout propos pour les causes les plu»

France ou Chroniques de saint Denis, futiles.

comme on les nomme également , voy. '' Évidemment ce n'est pas là le sens

le recueil cité de M. Leber, t. .\V) du dernier membre de phrase. On sait

p. 409. que la lettre s ou z était, dans notre

2 Bien que .. vieille langue, caractéristique du sin-

1 M. Paulin Paris, dans ses Manvs- gulier : fins amis c'était l'ami fidèle. Cffts français, t. VI, pag. 44, 45, mon- M. Paulin Paris, ibid., a d'ailleurs prêtre que cette chanson n'est pas du roi sente des vers précédents, deux leçons de Navarre, dont les amours piato- différentes qui modifient heureusement niques viennent d'êtres rappelées, mais le texte cité par Pasquier. D'après ces bien d'un amoureux très-réel, du chà- changements, les deux derniers vers sitelain de Coucy. Elle a été publiée en gnifieraient, selon l'avis du savant acaentier par M. Francisque Michel, Chan- démicien. « que le châtelain s'excite à sons du châtelain de Coucy, Paris, Cra- chanter, à vaincre ses dernières imprespelet, 1830. sions de crainte exagérée : car, a.joute-

4 Au retour de la douce saison d'été, t-il, ouest bien aise d'intimider un

lorsque jusqu'au fond la source rede- amant irréprochable, en lui faisant une

vient limpide, queles bois, les vergers et mauvaise querelle.» Au même passage

lis prés reverdissent, et que le mois de on peut voir de judicieuses remarques

mai fait pousser aux rosiers boutons et sur te sens du mot doiz ( dvelus, fond

Heurs, je chanterai l'indignation dont de l'eau, de .dora, fosse, comme l'ex

mon cœur est transporté» de voir un plique du Can amant fidèle accusi à tojrl cl tyrannisé

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Lors attendra y, en bonne seiireté, Joye d'amonrs : car bons enrs me y maine. Membrer vous doit us laide cruauté Fait, qui occit son lr^e homme demaine. Doulce dame, d'orgueil vous desfendez ; Ne trahissez vos biens ne vos beautez *.

Ainsi va le demeurant de la chanson que je vous ai voulu ici remarquer, parce que Anoste et le Tasso , par les huitains de leurs poésies, ont représenté la même suite et ordonnance de rimes de notre comte de Champagne. Encore vous réciterai-je ce premier couplet de sa seconde chanson :

Cil qui d'amour me conseille Que de luy doye partir, Ke sçait pas qui me resveille, Ne quel sont mi grief souspir.

Petit a sens et voidie , Cil qui me voult chastier ; N'oncques n'ama en sa vie.

Si fait trop nice folie, Qui s'entremet du mestier Dont il ne se sçait aidier 2.

Dedans le deuxième livre de mes Lettres il y en a une que j'écris au seigneur de Ronsard 3, par laquelle j'ai amplement discouru quelle était l'économie du livre , même les questions et réponses que Thibaut, et Raoul, comte de Soissons , se faisaient en vers; et y ai transcrit des chansons de lui toutes entières, et encore un amas de belles paroles d'amour que j'avais, comme des fleurs, recueillies de son beau jardin, lesquelles je ne douterai point de transplanter ici , parce que tel lira mes Recherches, qui par aventure n'aura communication de mes Lettres : comme quand il appelle, en son vieux langage, sa

1 Douce dame, pour Dieu, accordez- l'amour me presse d'y renoncer, ne

moi un doux regard de vous par semai- sait pas quel est l'objet de ma passion,

!>e. Alors, dans une heureuse sécurité ni quelle est la vivacité de mes désirs,

j'attendrai joie d'amours : car ma lionne II est faible d'esprit et de jugement

«tuile m'y mène. 11 vous doit souvenir celui qui veut corriger ma passion ;

de quelle horrible cruauté se rend dans sa vie il n'a jamais aime C'est

coupable celui qui égorge l'homme lige être simple jusqu'à la folie, que de se

établi sur son domaine Gardez- vous, mêler d'un métier dont la pratique

douce dame, d'être insensible ; n'abusez nous est étrangère. pas contre moi de vos avantages et de 3 C'est la VIIe. Les éditions préce

votre beauté, dentés portaient fautivement ; Dedanc

7 Celui oui mf donnant conseil sut: le premier livre, .

dame sa douce amie ennemie; qu'il dit qu'amour l'a toullu « a soi-même, et néanmoins ne fait compte de le retenir en son service; ains que la beauté de sa dame, pour exalter sa loi, veut retenir ses amis sans en avoir merci , laquelle merci toutefois il penserait trouver en elle s'il y en avait aucune en ce monde ; que Dieu mit si grande planté 2 de grâce en (die, qu'il lui convint oublier tes autres; qu'il a les beautés d'elle écrites en son cœur; que de mille soupirs qu'il lui doit de rente, elle ne lui en veut remettre et quitter un tout seul; que sa beauté le rend si confus et ébahi, que, lorsqu'il pense venir le mieux appris 3 devant elle pour lui découvrir son tourment, toutefois il ne lui peut tenir aucun langage; que du premier jour qu'il la vit il lui laissa son cœur en otage ; que les faveurs ou défaveurs d'elle lui apprennent à chanter ; qu'il veut élire dans Amour le meilleur cœur qu'il ail, pour loijaument servir sa dame; et une infinité d'autres gentillesses d'amour dont son livre, est plein : qui montre que les belles (leurs ne se cueillent point seulement des livres, mais que d'elles-mêmes elles naissent dans les beaux esprits.

Ce que je vous ai ici discouru montre que ce grand seigneur n'était pas un petit poëte. Je trouve que cet entre-temps produisit aussi un grand homme en ce sujet ; celui dont je parle fut ChrestiensdeTroyes,tel témoigné par lluon de Méry, sur le commencement de son Tournoyement de l' Antéchrist :

Car tel matière ay apensée Qu'oncques mais n'ot en la pensée Ne sarrazins ne chrestiens :

Parce que mort ert Clnestiens De Troyes , qui tant ot de pris ' ;

Et en un autre endroit :

Les dits Raoul et Chrestiens , Qu'oncques bouche de clircsliens Ne dit si bien comme ils faisoient; Car quand ils dirent , ils prcnoient

'Ravi... 4 J'ai traité nu sujet dont nssconçu-

'Si grande abondance : on disait lent jamais la pensée ni Sarrasimi ni

plutôt grand planté ou même granl Chrétiens : c'est qu'il était mort c<

planté. Chrestiens de Traces dont le mérite eal

■ Prégaré.,, tant d'éclat.

Li l)on François Irestout à plain , Si corn il leur venoit en main, Si qu'ils n'ont rien de bien guerpy.

Sij'ay trouvé aucun espy Après la main aux Hennuyers , Je l'ay glané mult volontiers ».

Ce Raoul n'est pas le comte Raoul de Soissons, dont j'ai cidessus parlé, ains un autre qu'on appelait Raoul de Houdan. qui fit le roman des Estes2; et Chrestiens, le Chevalier à />pée3, et le roman de Parceval ^, qu'il dédia au comte Philippe de Flandre , ainsi que j'apprends de Geoffroy Tory : car je n'ai jamais vu ces deux livres.

Plusieurs autres en eûmes-nous, dont maître Claude Fauchet, premier président aux monnaies, par un livre particulier, fit un recueil, auquel le calcul se monte à cent vingt el sept 5 : vrai qu'il mit plusieurs au rang des poètes, qui ne tirent jamais plus de vingt ou trente lignes. Et étaient ordinairement appelés jongleurs ; spécialement ceux qui fréquentaient la cour des comtes de Flandre. Ainsi le trouvé-je au roman d'Oger le

1 Raoul et Chrétien, dont j'ai parle, possédaient une éloquence telle que jamais aucun autre chrétien ne l'a égalée. Ecrivaient-ils, le beau langage coulait à flots de leurs plumes, en sorte qu'ils n'ont laissé après eux rien de bien à imaginer. Si j'ai néanmoins trouvé quelques épis après la moisson des Hennuyers, je les ai glanés avec grand plaisir. ! Ce nom des Hennuyers vient de ce que les deux poètes cités vivaient à la cour et des libéralités du comte de Hainaut. )

2 Voy. au sujet de ce roman des Fsles ou testes (ailes) de courtoisie I il se trouve à la Bibliothèque royale , n° 7218, f° 54), et de sou auteur, le livre ci-dessous indiqué de Eaueliet , sur les vieux poètes français, edit.

de 1581, p. 96 ; et l'Histoire littéraire de la France, t. XVIII, p. 787.

3 Ce roman lui a été attribué faussement; il est de Kaoul de Houdan, qui vientd'être nommé : v. Biographie universelle, t.VIII, p. 454.

* Gantiers de Denet, et ensuite Manessier, continuèrent ce roman , dont la première partie appartient seule-

ment à Chrestiens. Le poète allemand Wolfran d'Eschenbach , si admii Schlégel ( Europa , vol. 11, p. 138), l'a imité au treizième siècle.

5 Origine de la /<t/.: ne i ' delà poésie françaises , plus, les noms et su mi

six vingts et sept poi tes J n virant avant ('on. 1300 (qu'il fait connaître par des extraits de leurs poésie-- . 1581, in-4". On peut y joindre comme complément un mémoire de (lalland sur quelques anciens poètes fran t. Il, p. 728 du Recueil de l'Académie des Inscriptions; cf. Ibid., t. Mil. p. 020, et t. W , p. 795. — Fauche! est en putre auteur des Antiquiti s loises et françaises , de traites sur h s

libertés de l'église gallicane, sur l'origine des chevaliers et armai rus, ete. Ses icuvres furent réimprimées en 1610, a Taris, 2 vol. in-4°. 11 était mort en 1601 , à soixante-douze ans. — On peut voir son éloge dans Sainte-Marthe, au liv. V. C'était un des amis et des correspondants de Pasquier. 11 lui a beaucoup emprunté; mais il ne lui a certes pas pris le mérite de son style.

Danois, parlant combien les poètes de ce temps- là étaient redevables à Guy, comte de Flandre :

Li jongleour deveront bien plorer Quand il mourra : car niult pourront aller Ains que tel [)ère puissent mais recouvrer '.

Et néanmoins dès lors ils commençaient de perdre leur crédit, comme je lis dedans le même roman :

Cil jongleour qui ne sorent rimer, L'histoire firent en plusiour lieux changer V

Et en celui A'Atis et Profiiias 3, l'auteur se vantant qu'il mettait en avant une bistoire qui avait été traitée par autres poètes, mais mal à propos:

Cil jongleour vous en ont dit partie, Mais ils n'en sçavent valissant une allie *.

Mot qui depuis arriva en tel mépris, qu'il fut seulement approprié aux bateleurs. Cette grande troupe d'écrivains qui indifféremment mettaient la main à la plume fut cause que petit à petit notre poésie perdit son crédit, et fut négligée assez longtemps par la France.

1 On verra les jongleurs l>eauc(>up de ceux que mentionne Pasquier le iuépleurer àsa mort : car il s'écoulera long moire cité de Galland.

temps avant qu'ils puissent retrouver 4 Ces jongleurs n'ont pas laissé que

jamais un pareil père. de vous en parler; mais ils n'en out

2 Ces jongleurs inhabiles dans l'art de absolument aucune connaissance. (Litrimer altérèrent l'histoire eu plusieurs téralement : ils n'en savent pas la Idapassages. Ifur d'une gousse d'ail. )

3 f'oy. sur ce roman et quelques autres

FIH i)L TOME PREMIER.

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