‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 19 sur 176 · WAV1II VIE D'ETIENNE PASQUIER · texte numérisé non relu

WAV1II VIE D'ETIENNE PASQUIER

ment le recueil. Les Recherches furent aussi retouchées avec soin et fort augmentées. A cette époque encore, il composa beaucoup de vers, fruits d'une imagination gracieuse et vive en dépit des ans ». Mais aux chagrins de l'homme et du citoyen les victoires d'Arqués et d'îvri furent bientôt une autre diversion non moins paissante2. Puni du perfide appui qu'il avait prèle à la ligue, l'Espagnol, qui s'était flatté de demeurer seul debout sur la ruine de nos partis abattus, reconnut la vanité de ses espérances 3. Toutefois les portes de la capitale ne s'ouvraient pas devant Henri , et Pasquier, du lieu de son exil, tournait avec regret les yeuxvers le séjour où le rappelaient ses affections et ses souvenirs. Il écrivait en soupirant à Pierre Pithou et Antoine Loiscl, ses amis de tous les temps : « Votre Paris , car nôtre je ne l'ose dire 4... » Heureusement l'abjuration du roi de Navarre 5 vint dissiper les derniers prétextes de la rébellion : une fois catholique, il fut aux yeux de tous le roi de France. Les villes et les chefs qui s'étaient jetés avec le plus d'ardeur dans la révolte rivalisèrent d'empressement à se soumettre 6.

Henri IV rentra dans Paris le 22 mars 1594. Pasquier l'accompagnait '; et, oubliant à la vue de cette cité si désirée ses douleurs et ses pertes, il lui sembla qu'il ressaisissait tout son passé. Il reprit aussitôt dans la chambre des comptes son rang d'avocat général. En effet, par l'ordre du monarque, les membres des cours souveraines qui avaient siégé à Tours revinrent immédiatement s'asseoir à coté de leurs anciens collègues8. Ainsi se trouvèrent reconstitués les grands corps de la magistrature. Henri avait oublié les faiblesses et les perfidies, pour ne se rappeler que l'édit courageux qui, en déclarant la loi Salique loi fondamentale de l'Étal % l'avait pour ainsi dire sacré une première fois. Dans son désir de pardonner sans réserve, il voulut même abolir, autant qu'il était en lui, la mémoire de toutes les fautes et de tous les dis sentiments : les registres du parlement portaient beaucoup de décrets conçus en termes injurieux pour sa personne; il fit disparaître les feuilles où ils avaient été inscrits l0.

' Lettres, XIV, 9. JJist., C1X ; Loisel , Opuscules , p. 289

9 n,id. et suiv.

3 De Thou, De fila sua, V. '■> Cet arrêt du parlement fut rendu

* Lettres, XV, 12. le 28 juin 1593 : il est rapporté dans

s 25 juillet 1593. la Guienne de Loisel , édit. de l(io:> ,

f Lettres, XV, 16. p. 313.

" ld., XVI, 2; cf. Recherches , IX, 2. '" Pierre Pilliou et I.nisel fuient rhat-

s loid ; cf. de Thon, De vit a sua, VI, et gés de ce soin.

"vie d'Etienne pasquier. xxxix

Pasquier applaudit à ces mesures généreuses. La réconciliation complète du roi et du peuple, qui s'étaient, oomme il nous le dit ' , « reconnus avec un contentement réciproque, » garantissait <i la patrie des jours meilleurs : mais que de plaies n'y avait-il pas à fermer? Après quarante ans d'anarchie, « on cherchait, suivant une expression de notre auteur2, la France au milieu de la France, sans la trouver. » Les finances étaient épuisées, le territoire en friche et amoindri, les ressorts du gouvernement ou relâchés ou rompus. En peu de temps tout changea de face sous l'habile et puissante main d'un monarque dévoué à son peuple. Plus reconnaissant que s'il eût été lui-même comblé des faveurs de Henri IV, Pasquier sentit encore s'augmenter pour lui son affection désintéressée ; et ce retour de la prospérité publique, il le célébra par une Congratulationoù respire le plus ardent patriotisme. La conclusion de la paix générale était le sujet de cette pièce, et l'auteur la présenta lui" même au roi, qui daigna, comme il nous l'apprend 3, « l'accueillir de bon œil. »

Mais le dévouement de Pasquier était trop sincère et trop éclairé pour parler toujours le langage de l'éloge : peu après, quand le devoir parut le commander, il se manifesta par de sévères représentations adressées à Henri IV. Ce prince, souvent à court d'argent, avait envoyé à la chambre des comptes quelques fâcheux édits dont il demandait la vérification. Pasquier fut l'organe des remontrances de sa compagnie; il exprima la crainte que ceux qui donnaient leurs conseils au souverain « ne voulussent rétablir son État par les mêmes moyens que le feu roi avait perdu le sien4». De cette déclaration hardie le monarque ne se fâcha pas : il fit mieux, il en profila; il fit ressentir de plus en plus au pays les effets salutaires de sa sagesse et de sa bonté. Aussi par un hommage flatteur , qui recevait de sa franchise un nouveau prix , le magistrat intègre, dans un livre publié en 1G02 5, n'hésitait-il pas à déclarer Henri « le plus grand roi que nous ayons eu depuis cinq cents ans, bien plus, que nous ayons connu de toute ancienneté. »

A la même date se rapporte un ouvrage qui, sans être de Pasquier, ne le concerne pas moins directement, et ne lui fait guère

■ Lettres, XI, 2. < Lettres, XVI, 7.

'-' Id., XV, 17. b Le Catéchisme des Jésuites: voy.

ld., XVI, 7. pag. 304, au v°.

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