XLYI VIE D ETIENNE PASQUIER
blait s'être en effet dépouillé pour Çasquier de sa plus fâcheuse influence. L'enjouement du caractère et la grâce atlirante du langage ne lui manquaient pas plus qu'aux jours où son éloquence lui avait conquis un des premiers rangs du barreau. En outre, son génie, par un rare privilège, n'avait rien perdu de sa fécondité; et comme l'en félicitait un de ses plus illustres contemporains ', sa sève inépuisable augmentait sans cesse le nombre de ces ouvrages dont la réputation « courait par toute la France 2. »
Un curieux témoignage de cette heureuse nature et de cette activité persévérante , ce fut le recueil qu'il publia en 1610, à plus de quatre-vingts ans, intitulé la Jeunesse de Pasqnier. En y reproduisant les œuvres de son printemps, surtout ses poésies, il revenait avec charme sur ces florissantes années dont il jouissait encore par le souvenir3. Les fruits dont se couronne chaque saison de la vie, il n'avait jamais négligé de les cueillir. Bien plus, au bonheur qu'il ressaisissait dans le passé, autant qu'il était en lui , il ajoutait celui dont la vieillesse n"est pas privée pour le sage. Ne nous affranchit-elle pas du rude esclavage des passions4? 11 était, quant à lui, le même Pasquier qu'autrefois : seulement ce Pasquier, grâce au ciel, avait banni de son àme l'amour, l'ambition, l'avarice et le goût de l'oisiveté5. Il lui semblait cemme à Caton, ce type d'une verte et vigoureuse vieillesse , que l'éclat d'une journée d'été à l'heure de midi n'a rien qui l'emporte sur la douce clarté d'une soirée d'automne ; et dans le sentiment de la satisfaction paisible qui remplissait son cœur il s'écriait : « Oh! que c'est une belle et douce chose d'être en chaque âge homme de son Age, sinon de corps, au moins pour l'esprit6! »
Dès lors le séjour delà campagne le disputa de plus en plus à celui de la ville, où le rappelaient ses amis. Il explique lui-même, dans une réponse à une lettre pressante de Loisel, qui le sollicitait au retour, l'invincible séduction qui le retient dans sa retraite' : il lui demande « de l'aimer pour lui, » de ne pas l'arracher à l'asile « où il reprend haleine après la longue course qu'il a fournie. » En vain on l'avertit qu'il peut se trouver mal d'être éloigné des médecins : contre le besoin de leurs secours le bien-être qu'il goûte
1 De Harlay : voy. lesZettres d'Ét. 5 Lettres, XXII, 4.
Pasqnier, XXII, 8. s i,,t. cit.; cf. X\l , 6.
•' Lettres de Nie. Pasquier, III , 7. : Lettres d'Ét. Pasqnier, Xl\, S; cf.
1 Lettres d'Ét. Pasquier . VI 4. Lettres àe. Nie. Pasquier, IV, 2. * J ri., XXII, 4.