‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 26 sur 176 · ETIENNE PASQU1ER PROSATEUR FRANÇAIS · texte numérisé non relu

ETIENNE PASQU1ER PROSATEUR FRANÇAIS

Nous passons maintenant à ce qui occupe dans la vie de Pasquier une place si considérable, à ses ouvrages, en commençant par ceux qu'il a composés en prose.

Au milieu du seizième siècle, « le temple de la justice, pour rappeler une métaphore un peu solennelle du chancelier d'Aguesseau ', semblait n'être pas moins consacré à la science qu'aux lois » : en d'autres termes, le barreau et la magistrature étaient une pépinière de penseurs et d'écrivains. Nourri de fortes éludes, lorsque le jeune Pasquier lit son entrée au palais, il y trouva donc, dans de nombreux exemples, un encouragement et un aiguillon pour se livrer au penchant naturel qui l'entraînait vers les lettres. Aussi fut-il auteur à vingt-cinq ans. Alors, parmi nous, la littérature était l'expression d'une société galante, où le culte des femmes allait jusqu'à l'idolâtrie. Le chef de la dynastie des Valois n'avait pas peu contribué à le répandre. Aux yeux, de François Ier, comme le dit Brantôme % « une cour sans dames eût été un parterre sans roses. » Henri II pensait comme son père; et, ajoutait le chroniqueur, « depuis le temps de nos grands pères et pères, il ne s'était guère vu de nos rois et autres grands qui n'eussent aimé les dames, les uns moins, les autres plus3. » Sous l'influence de ces mœurs faciles, on ne s'étonnera pas que les dissertations sur l'amour eussent une vogue extrême. Chaque jour voyait naître sur ce thème favori une foule de livres, traités et dialogues-1. On raffinait, on subtilisait à l'envi. Pasquier devait payer son tribut au goût dominant. Il débuta par un ouvrage de ce genre, par le Monophilc5, où,

1 XIIIe Mercuriale : voy. ses OEuvres grands rois; et qui sont ceux qui ont choisies, édit. Lefèvre, t. 1, p. 247. plus de commandement sur eux que

2 Hommes illustres, Éloge de l'ran- les femmes ? » Lettres , 11 , 5.

çois I1'1 i Témoin les Jsolains de Bembo , le

3ld', Éloge de Henri II: aussi Pasquier livre du théologien Equicola De la na-

eoutenait-il « que le service des dames tare de l'amour, les Dialogues de Léon

était la première planche pour parve- Hébreu sur l'amour, etc.

tiir aux grands lieux... Quels sont ceux 5Ces titres pédantesques étaient fort

qui confèrent tels étals, sinon les goûtés au seizième siècle. C'est ainsi

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