PROSATEUR FRANÇAIS. LIX
tion solide , pour témoigner de son empressement a satisfaire les vœux qui réclamaient la convocation des états, il conseilla a la reine mère de réunir à Fontainebleau , en vue d'y traiter des mesures favorables à la paix projetée, les princes, les plus importants seigneurs et gentilshommes du royaume, les chevaliers de l'ordre, enfin les premiers magistrats '. Cette assemblée fut en effet ouverte, d'après ses désirs, secondés de ceux du chancelier de l'Hôpital, le 21 août 1560. Beaucoup de discours, favorables tour a tour ou contraires à la réforme, y furent échangés en présence de Catherine de Médicis, entourée de ses fils; et le seul résultat positif de cette joute de paroles, ce fut la convocation des états généraux à Orléans pour le 10 décembre. Le roi se réservait d'ailleurs ainsi qu'à ses juges le droit de châtier ceux qui allumeraient des séditions et armeraient le peuple. Toutefois, malgré cette clause, il n'en sembla pas moins que le protestantisme, jusque-là repoussé si violemment, avait été en quelque sorte sanctionné par un premier consentement tacite de ses ennemis, et que le moment de la tolérance était venu pour lui 2.
Peu après arriva la mort de François II : nouveau sujet d'espérances pour les dissidents et d'intrigues pour tous les partis. Les états d'Orléans s'étaient bientôt séparés , sans rien statuer sur les troubles religieux. Il fallut songer à d'autres moyens de conciliation. Quelques mois s'étaient à peine écoulés qu'une requête en faveur des huguenots fut présentée par le roi de Navarre à Charles IX. Pour en délibérer, le monarque, qui venait d'être sacré , prescrivit une séance extraordinaire du parlement, où il annonça qu'il présiderait en personne, accompagné de sa mère, des princes du sang et des pairs du royaume. Là, sous les auspices du jeune souverain, on se flattait par un vain espoir, si souvent conçu et toujours frustré , de réaliser l'accord des deux communions ennemies.
Cette assemblée devait être infructueuse comme toutes les autres : on sait que l'édit qui en résulta 3 n'eut pour effet que d'exaspérer la colère des protestants et de rendre de plus en plus prochaine leur révolte à main armée '. Quoi qu'il en soit, l'attente de cette délibé-
1 ne Thon, Bist., 1. III, t. XXV, < L'édit de juillet : Voy. de Thou,
p. 505 etsuiv. de la trad. fr. (Loudres, I. XXVIII, t. IV, p. 71 ; les Lettres de.
in-4», 1731 . Pasquier, IV, 10; les Mémoires de Con-
■ lettres de Pasquier, IV, 5. dé, t. II, p. 424; cf. Méieray, Règne de
3 Ibid'ycf. de Thou, li y. et vol. cités, Charles IX, 1560 et 1561 ; et Uaniel ,
]' &3Ô. Histoire de fronce, aux mêmes années.
LX ETIENNE PASQUIEE
ration solennelle était de nature à préoccuper tous les esprits : aussi vit-on naître à cette occasion une multitude de ces écrits éphémères qui attestaient dés lors parmi nous l'activité de la vie publique '. Le peuple, fort peu consulté, se mêlait cependant beaucoup aux délibérations des grands : sa voix, déjà forte, éclatait par des mémoires, par des pamphlets , organes des partis opposés ; littérature militante qui tient une si haute place dans le seizième siècle. Entre les pièces de ce genre se fit remarquer ['Exhortation de Pasquier. Le bon sens et le patriotisme qui y dominent lui concilièrent tout d'abord ce succès général, assuré à quiconque exprime vivement les vœux et les besoins du pays 2. Ce morceau est donc doublement important à nos yeux, et comme manifestation des idées du temps, et parce qu'il marque le premier pas de son auteur dans la carrière politique.
Le but de l'écrivain est-il, comme l'ont dit quelques critiques 3, de prouver la prétendue nécessité de favoriser le calvinisme ? Au premier abord, cette assertion, pour qui connait Pasquier, paraîtra étrange. A ce compte, il se fût mis dans ce passage en contradiction avec lui-même : car partout dans ses œuvres il se montre hostile au calvinisme 4 ; il lui impute une grande partie des maux de la France. La religion étant, suivant lui, l'âme de la république •% il se lient à celle de ses ancêtres; il croit volontiers « qu'il n'y a guère que les fous qui, pour penser être plus sages que nos bons vieux pères, soient entrés dans le nouveau parti 6. » Tout en voulant la réforme des abus que proscrit une piété éclairée, il n'estime point que nous devions, à cause de ces abus , changer notre ancienne religion '. Dévoué de cœur à l'unité de l'Eglise, il professe pour elle une soumission absolue 8. Enfin il ne craint pas d'affirmer « que la liberté de conscience a été introduite dans notre France par le malheur des temps B. » Mais une fois que le mal a pénétré dans les entrailles de lÉtat , comment l'en extirper.' Ce ne peut pas être assurément par la force et par les armes lo. Les guerres civiles et surtout les guerres religieuses lui semblent le plus
1 Lettres de Pasquier, IV, 5. e Lettres; cf. Lettres, IV, 13 : « Reli.
^ oy. la préface du discours. gion ancienne ne doit être remuée. »
3 Voy. particulièrement le Diction- '■ ld., \l\ , 16, à la fin.
naire historique de Feller, t. IV, p. 222, s ld., \\ , 7.
edit. grand in-S° de Paris, 1S37. ■' Dernière lettre du liv. XXII.
• Lettres, XX, 1 ; cf. XV, 18, etc. "' Lettres, \. '■.
•ld., Y, S.