PROSATEUR FRANÇAIS. LX11I
siasme d'une religion mal entendue; quels crimes affreux produisait l'égarement d'une volonté pervertie? Qu'on se rappelât le Vieux de la Montagne et ses sujets, que l'on nommait assassins '. Naguère trois gentilshommes italiens avaient osé égorger devant tout le peuple, au milieu de 1 église , Jean Galéas, duc de Milan, en faisant eux-mêmes lesacrifice de leur existence. Le président Minard avait péri frappé d'une main inconnue2. Il fallait tout attendre de ceux qui croyaient combattre et pour leurs vies et pour leurs âmes.
Au nom des périls qu'ils appelleraient sur eux-mêmes et de la situation critique de l'État , Pasquier, en finissant , suppliait les princes, avec une nouvelle ardeur de patriotisme, d'abjurer toutes leurs ambitions privées et de poursuivre d'un commun effort le seul but de la paix publique. Depuis longtemps « aux écoutes , » l'étranger, heureux de nos discordes , épiait l'heure de nous envahir : il demandait qu'ils ne lui livrassent point les portes de la Fiance ; surtout qu'ils eussent pitié du bas âge de leur roi, et que par leur exemple le jeune Charles IX n'apprit pas à baigner ses mains dans le sang de ses sujets !
Est-ce donc là faire preuve de partialité pour le protestantisme ? Nullement , comme on voit : c'est bien à tort que l'on s'est armé contre Pasquier de son Exhortation aux j)rinces pour attaquer la sincérité de ses sentiments religieux ô. Dans ce morceau si honorable pour le citoyen il n'y a pas une parole que la véritable piété puisse incriminer. Ce qu'il sollicite pour les protestants , c'est la justice et le droit commun, c'est-à-dire ce qui s'arrache toujours T lorsqu'on s'obstine à le refuser. Taudis « qu'à coups de dague et d'épée, » pour emprunter une expression de notre auteur 4, on s'efforçait de repousser les dissidents dans le sein de l'Église, les haines devenaient d'heure en heure plus implacables : des concessions opportunes pouvaient seules les désarmer.
1 Cf. Recherches , VIII, 20. — «Le de Montmorency » :
\ ieux de la Montagne, dit la Chronique Garde-toi, cardinal,
de Suint-Denis , faisait souvent occire Q"<" m "" sois traité
plusieurs rois et plusieurs princes par A'a Minarde
ies hactassis (d'où assassins) : » T. 11, "ne ;,tuar e-
f1 5li ; Paris, in-f, 1493. On crut en effet que c'était un Écos-
2 Voy. V Abrégé chronologique du pré- sais nommé Robert Stuard qui avait sidenl Hénault, édit. de 1774, p. 514. assassiné Minard, le 18 décembre 1559. A l'occasion de ce meurtre il courut 3 V. r'eller, Dictionnaire historique , contre le cardinal de Lorraine un cou- au passage cité.
plet menaçant, que rapporte Bran- * Recherches , 111,30. (âme, « Reprise du discours sur Anne