‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 32 sur 176 · LXIV ETIENNE PASQUIER · texte numérisé non relu

LXIV ETIENNE PASQUIER

Pasquier, comme l'Hôpital et comme de Thou, l'a compris '; et *la justice de la cause qu'il plaide l'a bien inspiré en tout point. Au grand sens du politique qui devance et forme la raison de ses compatriotes se joignent, dans cette œuvre, les qualités de l'écrivain. Substantiel et fort, plein de faits bien groupés , ce discours se distingue par un raisonnement vif et nerveux, par un style chaleureux et coloré. Beaucoup des idées qu'il contient se retrouveront fécondées dans les Recherches.

Déjà Pasquier, à cette époque , en amassait les matériaux2 : il en lit même paraître un livre, dans les premiers mois de 1561 3, comme pour éprouver le goût du public. Cette imposante composition, commencée dans sa première jeunesse, et qu'il devait terminer peu d'heures avant sa mort, nous allons la considérer dès à présent dans son majestueux ensemble.

Immense travail d'une existence presque séculaire, les Recherches, enrichies et complétées par une multitude d'accroissements successifs, forment réellement le centre où viennent converger toutes les études de Pasquier. Sans doute il ne s'était pas d'abord assigné une si vaste carrière; elle ne s'étendit que par degrés : ainsi l'horizon recule devant celui qui marche. Doué de cette opiniâtreté des grands esprits qui donne seule naissance aux œuvres durables, il employa désormais tous ses loisirs à mûrir et à perfectionner le plan qu'il avait une fois conçu4. Modifié à tant d'époques, eteontemporain, pour ainsi dire, des différents âges de son auteur, cet ouvrage porte néanmoins partout l'empreinte de la même pensée, du même caractère d'esprit, des mêmes principes : semblable à un de ces grands édifices qui par l'harmonie de leur construction annoncent l'œuvre d'un seul architecte, mais où l'on reconnaît qu'une longue vie d'homme a été nécessaire pour les achever.

' Le triomphe de la tolérance, ac- vait dans le seizième siècle que l'on

compli par l'édit de Nantes, qui cou- ne pût réaliser ce qui nous paraît au-

ronne le seizième siècle ( lô98 ) , me jourd'hui un rêve; et nourrir cette

semble avoir été dû surtout à ces trois illusion était digne en tout cas d'un

hommes. Là-dessus j'accuserai d'un noble cœur.

peu d'injustice un savant écrivain de - « De moi, dit Pasquier, dans une

nos jours , qui leur reproche o de n'a- de ses Lettres . Il , 6 , je me suis mis à

voir pas vu d'assez haut les grandes la recherche des anciennetés de la

questions d'ordre politique , et d'avoir France; et pour cette raison j'ai ap-

réclamé avec plus de candeur que de pelé mou œuvre Recherches. »

réflexion une tolérance égale entre 3 Ce livre porte le millésime de 1560

desennemis, que la force seule, et non ( vieux style).

pas la raison, pouvait mettre d'ac- ' Préface du liv. I des Recherches,

cord. n ( M. Paulin Paris, Manuscrits dans les éditions complètes français, t. IV, p. ]y3). Rien ne prou.

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