‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 34 sur 176 · PROSATEUR FRANÇAIS. L\1X · texte numérisé non relu

PROSATEUR FRANÇAIS. L\1X

Pour tout ce qui concerne l'administration publique, il est curieux de l'étudier à son berceau et de suivre ses développements dans Pâsquier, qui en connaît si à fond tous les ressorts, qui en expose si exactement toutes les parties. On voit, grâce à lui, la France, avec ces rouages compliqués, que le temps perfectionne sans cesse, avec une autorité centrale, qui se subordonne de plus en plus toutes les autres, parcourir les phases successives de son existence, depuis son origine jusqu'à la dernière moitié du seizième siècle. Sans doute, pour que celui-ci pût tracer avec toute la netteté désirable le tableau des différents à^es du pays, il lui manquait l'enseignement de ces grandes révolutions sociales qui ouvrent pour ainsi dire les yeux et élargissent l'esprit de ceux qui en ont été les témoins. Toutefois, il sait beaucoup mieux que ses contemporains nous faire apercevoir ce qui ne devait être entièrement éclairci que de noire temps, les constitutions diverses qui nous ont régis, les pouvoirs qui se sont tour à tour implantés sur notre sol. C'est surtout pour la troisième race qu'il nous montre avec justesse la marche que la royauté, à travers beaucoup d'obstacles, accomplit en silence. Faible en naissant avec Hugues Capet , encore plus humble et petite sous Robert et ses successeurs, elle se lasse de son abaissement, et commence sous Louis VI à relever la tète; elle ne repousse pas la féodalité, mais veut compter avec elle. Sa nature continue à se modifier d'âge en âge. Déjà investie à partir de Pbilippe-Auguste d'une autorité réelle, elle s'attribue des droits qui, acceptés sans être écrits, recevront leur confirmation du temps. Les mœurs publiques ratifient l'accroissement qu'elle semble prendre pour le bien général. Les institutions monarchiques, se groupant successivement autour d'elle, ajoutent à sa force ou à son éclat. Jusque là le roi n'avait eu que des vassaux ; il a maintenant des sujets. Désormais se rangent à ses cotés, pour lui prêter mainforle, non plus seulement les hommes d'épée, mais les membres des corps judiciaires et des conseils, avec la classe nombreuse des légistes. Un système financier s'organise ; les armées se lèvent et s'entretiennent régulièrement. A la faveur de la sécurité croissante, les germes de civilisation se développent. L'époque de Philippe ■ le Bel est signalée par un progrès marqué dans tous les genres d'administration. Ce règne, où tout se débrouille, permet d'espérer celui de Henri IV, où tout se consolide, où Sully annonce Colbert. Ainsi l'on assiste à la formation laborieuse de cet immense

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