‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 40 sur 176 · VI · texte numérisé non relu

VI

PROSATEUR FRANÇAIS. LXXXIÎI

fatiguée du lecteur : ce coté aimable de son caractère et de son talent se révèle surtout dans !e septième et dans le huitième livres, qu'il consacre, « le premier à notre poésie, le second à notre langue française ' » : il se plait « sautant du coq à l'âne , » à y insérer « des drôleries » qui fassent diversion au sérieux 7. En parlant de vers, il n'a garde, par exemple, d'omettre ceux que l'on appelle retournés ou rétrogrades 3 , dont le sens lui semble causer à l'esprit mille surprises divertissantes. Sur ce genre et sur d'autres semblables il ne nous épargne pas les citations bouffonnes; il les commente avec une verve abondante de gaieté facétieuse. Dans ces badinages , dont il se déclare grand admirateur , il ne voit rien moins que « l'honneur de la France engagé 4 » : c'est qu'il s'agit pour lui de prouver qu'il n'est point d'exercice auquel notre idiome, si l'on sait en ménager les ressources, ne doive s'appliquer avec succès 5. Il lui parait encore « capable de vers mesurés comme celui des Grecs et des Latins 6 : » illusion bizarre , mais généralement partagée à cette époque , et qui n'a pas laissé de garder par la suite quelques ingénieux partisans ". Pasquier observe toutefois, avec son bon sens ordinaire, que ce système ne peut valoir celui de nos rimes pour de longues compositions 8. »

Comme historien de notre ancienne littérature et pour ainsi dire du vieil esprit français, l'auteur des Recherches , on peut l'apercevoir dans la frivolité même de ces détails, nous offre une mine fort précieuse à exploiter. Aucun ne nous a fait connaître d'une manière plus intéressante et plus complète les poètes de son temps et ceux qui l'avaient précédé. En remontant jusqu'à leurs premiers essais, il se demande, toujours désireux de retrouver les origines , quel a été le principe de la rime qui forme le caractère distinctif de notre versification ». Il la montre s'inlroduisant , dès le huitième siècle et même auparavant , dans les pentamètres et hexamètres latins , surtout les hexamètres seuls. L'harmonie qu'elle produisait dans la déclamation avait conduit à penser, comme il le

1 V'I, 1. ou récurrentes.

2 VII, 12, 13 et 14; VIII, 6 et 39. < VU, 13.

3 Ce sont des vers qui présentent un 5 VII , 13 et 14. sens , soit que l'on commence par le 6 VU , 12.

premier mot ou par Je dernier de cha- 7 Voy. à ce sujet le second volume

cun d'eux , par le premier comme par de cette édition , p. 78 et 79.

le dernier de la pièce. On peut donc, 8 VII , 12.

en les retournant, les lire également '' VII , 1 et 2. bien; les Latins les appelaient reciproci

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