LXXXIV ETIENNE PASQU1ER
rapporte', qu'ils en recevraient une beauté nouvelle : de là l'idée de faire rimer les deux hémistiches entre eux; de là les vers léonins. Suivant Pasquier, ceux-ci auraient dû leur nom à an certain Léoninus ou Léonius : mais l'abbé Le Bœuf remarque avec raison 2 que cet écrivain du douzième siècle, chanoine de l'église de Paris, et non pas de Saint-Benoit, ainsi que le croyait Pasquier , en avait moins composé qu'aucun autre poëte de son époque : il vaut donc mieux avouer que la source de cette dénomination nous échappe. Quoi qu'il en soit , les langues dérivées du latin s'empressèrent , dès qu'elles voulurent bégayer leurs pensées en vers, de s'approprier cet ornement, aussi conforme à leur génie qu'il l'était peu à celui de l'ancienne Piome. Dans les chants royaux, les rondeaux et les ballades, dont les lois nous sont ensuite exposées, se retracent à nos yeux la naïveté et la bonhomie du caractère gaulois 3. Mais du temps de Pasquier ces genres étaient fort déchus de leur antique faveur. Une jeunesse enthousiaste rêvait pour noire poésie de plus hautes destinées : il s'associe à ces généreuses espérances, il en est l'éloquent interprète 4 ; il célèbre les hardies tentatives de son siècle sur le théâtre et dans l'épopée, et déjà, par un pressentiment du glorieux avenir réservé à la France, il ne craint pas d'affirmer que l'Italie moderne , que l'antiquité classique elle-même ont rencontré en nous de dignes rivaux 5.
On reconnaît là une face du patriotisme de Pasquier , et , si l'on peut parler ainsi, son patriotisme littéraire : on ne le découvre pas moins dans sa préoccupation constante d'enrichir notre langue, de l'accréditer et de la répandre davantage. Elle n'avait pas été soumise avant lui à une étude aussi sérieuse et aussi féconde. En effet l'idiome d'une nation renferme sur son génie et sur ses usages, sur tout son passé, en un mot, une foule de révélations'instructives. C'est ce que l'on apprendra par le huitième livre, où le secret de plus d'une coutume locale, de plus d'une particularité de mœurs, se retrouve dans des locutions curieusement expliquées ; où s'offrent en abondance ces détails familiers que la gravité des historiens néglige, mais que le philosophe est loin de dédaigner, car il voit en eux la clef la plus sûre des habitudes sociales d'un peuple. Par eux il
1 VU, l,et2: cf. l'abbé Le Bœuf, t. Il, p. 267-284.
des Dissertation* sur l'histoire ecclê- 3 vil, 5,
siaslique et civile de l'avis, p. 67. I ld., 6.
•' Observations sur Léonius, poëte fie ■"■ ld., 8, 9 et 10, Paris..., t. Il des Dissertations citées