PROSATEUR FRANÇAIS. LXXXV1I
comme il nous l'apprend, la déchéance que l'on inlligeait à nos anciens rois , en les dépouillant de leur chevelure, emblème de leur puissance '.« L'habit ne fait pas le moine, » est un trait de Jean de Meung dans le Roman de la rose z : le mot a réussi. « Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée», renferme une allusion a deux arrêts du parlement rendus dans le quinzième siècle3. « Faire des châteaux en Espagne», remonte au commencement du treizième siècle : C'est que « par les champs, en Espagne, on ne rencontre que de pauvres maisonnettes, encore distantes d'un long intervalle les unes des autres 4 » ; songer aux châteaux de ce pays, c'est donc repaitre son esprit de chimères. Le dicton n'a pas perdu sa vogue , ni l'Espagne cet aspect dévasté, qu'elle devait aux longues hostilités des Maures5. Ainsi sous ces formules, dénuées pour le vulgaire de leur véritable sens , éclatent de vives traces du passé : dans ces débris d'un autre âge nous reconnaissons souvent avec émotion des idées , des joies ou des souffrances qui ont agité nos ancêtres.
C'est à la faveur de ces attachantes explications d'adages et de proverbes que Pasquier nous découvre le germe de la bonne comédie dans la Farce de Patelin , fruit précoce et savoureux de cette plaisanterie, native du sol, qui nous a déjà donné Rabelais , et qui nous donnera Molière. Il faut savoir gré à Pasquier d'avoir si bien senti cette verve comique et d'avoir instruit ses contemporains à la goûter. Par là il les avertit de faire enfin succéder aux soties, aux moralités, aux mystères, la peinture des passions et la satire ingénieuse des mœurs ; il semble diriger l'esprit français vers le genre où il doit exceller 6.
Quel que soit toutefois l'attrait que le huitième livre des Recherchés offre au lecteur, le neuvième et dernier ne lui cède en rien ni par l'importance ni par l'intérêt des matières. Il roule sur nos vieilles universités : la puissante organisation de celle de Paris y est surtout approfondie. Au milieu des idées de réforme qui nous préoccupent, il ne paraîtra pas sans à-propos peut-être de reporter les
1 VIII , 9 : à François 1er, ce prince ;' M. le maréchal Bngeaud a dit dans
novateur, cessa seulement i'usage des un travail récent, en signalant la pau-
longs cheveux; il se les fit couper, et vreté de l'Espagne, résultat des longues
laissa croître sa barbe, pour dissimu- guerres qui l'ont ravagée , etc. : « Oit
1er les traces d'une blessure , ce qui fut n'y voit ni châteaux, ni fermes, ni ba-
aussitôl imité. meaux...» Revue des deux iïlnndes, nu-
'-' VII! , 11. mérodu 1er juin 1848, p. 791.
3 1420 et 1446 : ibid. 6 vin 59.
' Vllf, 17.