XCII ETIENNE PASQUIER
rurgiens. » On peul voir dans les Recherches quels démêles séculaires enfantèrent ces prétentions rivales '.
C'est ainsi que Pasquier se plait à remonter au berceau des diverses professions. Il n'est guère de classe ou d'état dans la société qui ne puisse en quelque sorte lui redemander ses vieux titres; et la curiosité rencontre en lui un guide digne d'être suivi sans défiance : les preuves manquent rarement à l'appui de ses assertions. Ce qui ajoute, en effet, beaucoup de valeur à cette riche collection de faits qu'il a rassemblés, ce sont les documents authentiques, les pièces originales dont il a soin de les accompagner. Cette histoire si complète et si attachante de nos universités, il nous prévient lui-même 2 qu'il l'avait puisée dans les registres des écoles publiques. En secouant la poudre de tous les collèges, en compulsant leurs actes, il avait exhumé plus d'un témoignage important 3.
Ajoutons encore à tant de richesses, que nous ont offertes tour à tour les neuf livres des Recherches, la mention de précieux détails sur nos anciens auteurs, répandus dans diverses parties de l'ouvrage. Avec la diligence que nous venons de rappeler, Pasquier avait interrogé toutes les sources ouvertes de son temps à l'érudition; il avait fouillé dans tous les dépôts de livres : surtout la bibliothèque fondée par François Ier à Fontainebleau , et dont le premier chef fut l'illustre Budé , avait fréquemment recusavisite.il nous atteste qu'il y découvrit quelques ouvrages rares dont il sut tirer bon profit-*. Dans son ardeur de tout consulter, il n'avait garde de négliger les manuscrits 5, il recourait même aux journaux des familles6. Toute notre littérature gauloise, tous nos vieux écrivains français ont trouvé en lui un appréciateur aussi éclairé que bienveillant. Contre l'usage do son époque, il ne se contente pas de les étudier, il les cite. Plusieurs de leurs passages jusqu'alors inédits ont, grâce à lui, « couru parles mains du peuple 7. » La renaissance avait en effet trop dédaigné le moyen âge. Lui, par sagacité autant que par patriotisme, rend justice aux devanciers; il revendique avec jalousie toutes nos gloires. Entre les historiographes, « il honore singulièrement notre Grégoire, évèque de Tours »; il le loue d'être toujours, sans acception de personnes, demeuré du parti de la vé-
/.. cheroh., IX, 32 ; cf. Crévier, His- > Rech., vin, 18 ; cf. id., Ml, 5 , ci. .
le i'i niversité, I. V, p. 60e1 suiv. ■'• \ l, 39, -10; Ml, 2, 42, etc.
' Recherches, l\, 21. '■ lv, 18, 19, etc.
i^l - 30 ri :j7. ■ m, 42,
PBOSATEUR FRANÇAIS. XC11I
rite ' ; il « fait aussi grand fond » de Flodoart 2, de Villehardouin 3, de Froissard 4 , dont il ne goûte pas toutefois la partialité pour les Anglais5. Parmi les poètes, la tendre imagination du comte Thibaut de Champagne le sétluit 6 ; Hugues de Bercy, à qui l'on doit la Bible Gu}'ot , le captive au contraire par la malice et par la verve de ses satires 7; les auteurs du Roman de la Rose le charment beaucoup, et leurs vers reviennent souvent sous sa plume s. S'il prise moins le talent naïf de Villon , c'est qu'il est choqué de sou ignorance et de la grossièreté de sa vie ,J. A ses yeux Alain Ghartier est « un autre Sénèque romain10.» Il le proclame « non de petite marque, soit que nous considérions en lui la bonne liaison des paroles et mots exquis, soit que nous nous arrêtions à la gravité du sens; grand poète de son temps et encore plus grand orateur " : » il ajoute à cet éloge plusieurs de ses sentences dorées qui le justifient pleinement. Une preuve du bon goût de Pasquier, c'est que ces écrivains lui plaisent dans leur costume naturel : son sens critique se révolte contre ceux qui, pour nous les rendre plus aimables, les habillent à la moderne '*. Ce vulgaire que beaucoup condamnaient comme incapable d'atteindre à la hauteur des grands sujets l3, il veut qu'on l'étudié chez eux, comme à sa source, qu'on lui demeure fidèle et qu'on le façonne avec prédilection ; il en augure bien pour l'avenir. En littérature, comme en politique , il est du parti national : c'est un nouveau titre à notre sympathie.
Si, versé dans la vieille littérature française, Pasquier ne possédait pas moins à fond les auteurs les plus solides de son époque, il les apprécie avec le même discernement.. Parmi ceux qui l'avaient un peu précédé il estime surtout « le grand archevêque de Turin» Seissel l4, Le Maire de Belges, qui, suivant lui, n'a pas peu enrichi notre langue 15, Comines, dont la véracité et le rare jugement ne lui avaient pas échappé l6; entre ses contemporains, les deux
1 Recherches, V, 115 14, 26. Le bien disant fn rime et prose Alain,
" II, 10. Comme ou lit aussi dans Marot.
3 VIII, 3. n Recherches, VIII, 3 et 46.
* Vil, 5; VIII, 46. 1; Le préjugé devait durer longtemps
à VIII, 27 ; cf. Lettres, VI, 1. encore : Descartes, à la fin de son Dis-
" Rech., VII, 3 et 6; cf. Lettres, II, cours de la méthode, croyait devoir s'ex-
7 : Thibaut IV, qui fut surnommé le cuser auprès de ses lecteurs d'avoir em-
l'osthume, le chansonnier et le juste, ployé l'idiome vulgaire et non pas la
' Rech., VU, 3; VIII, 13, 26. lauguelatine; Paris, 1668, in-4°,p. 62.
s ld. , VU1, 5, 46 et 53; etc. » Rech., VIII, 3; cf. Lettres, XVI, 7.
9 VI, 1; VIII, 60. is Recherches, VII, 5; VIII, 3.
10 VI, 16. i6 ld.,VI,29;cf.£e«res,XVI,7, tYro- " Ibid., qratulation à Henri If-' : 11 y souhaite