‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 46 sur 176 · XCIV ETIENNE PASQUIER · texte numérisé non relu

XCIV ETIENNE PASQUIER

du Tillet et Claude Faucliet « qui n'ont rien ignoré de ce qui nous concerne ' », Pierre Pitbou, admirable dans la connaissance de l'antiquité, « où il était, nous dit-il, un autre Aristarque2, -Auguste de. Thou , « vraie lumière du siècle en tout genre de doctrine ■*, » Henri Etienne, dont il invoque fréquemment l'autorité4.

Que \es Recherches de Pasquier, fruit de si vastes lectures et d'une .érudition si prodigieuse, aient placé tout d'abord leur auteur au premier rang des savants et des écrivains, on n'en sera donc nullement surpris : c'était justice. Ses contemporains ne les ont cepen dant pas connues dans toute leur étendue : de nombreux fragments n'en furent publiés qu'après sa mort. Plus que fidèle au précepte antique3, il n'avait, comme le dit Nicolas Pasquier, » mis au jour ses doctes et laborieux travaux que vingt-cinq ans après les avoir bien et mûrement digérés. Il les polissait et les repolissait à longues pauses, mille et mille fois passant et repassant l'œil sur eux, en se bâtant lentement 6. » On a vu en effet à quelles époques éloignées les partiesde son ouvrage avaient successivement paru. Le dépit des emprunts multipliés que déjà de son temps on lui faisait, sans le nommer, avait été pour quelque chose, il est vrai, dans ces retards '. Ce ne fut qu'en 1621 que fut donné le complément qui renfermait quatre-vingt-dix chapitres inédits. Mais, du vivant de Pasquier, son œuvre, bien qu'inachevée, n'en fut pas moins accueillie avec le plus vif enthousiasme : de tous côtés elle lui concilia d'éclatants suffrages. On le consultait avec respect sur les antiquités de la France ; et ceux qui s'éloignaient de lui en quelque point n'en rendaient pas moins hommage à ses belles Recherches8 : le plus souvent, au reste, on invoquait son avis comme celui du maitre^; ou l'alléguait comme un oracle l0. Interprète de l'estime publique, l'auteur de YAstrée, Honoré d'Urfé, le saluait du nom de grand ■ ' ; et le conseiller Anne d'Urfé, frère d'Honoré , après avoir comparé la riche variété de tant de matières réunies dans son livre à celle des

à ce prince « de trouver au milieu de e Lettres de Nie. Pasquier, MI, 11 ;

nous un Philippe de Comiues, pour cf. id., 1, 9 et IV, 9. eugraver sa mémoire au temple de ' Lettres d'ÉL Pasquier, Vlil, 1 ; IX,

l'immortalité.» 9. cf. Recherches , liv. I, préface; V,

1 Recherches, VIII, 44; IX, 4. 26; VIII, 23.

* Id., V, 26. * Lettres d'Ét. Pasquier, IX, 12.

3 lbid. »Id., XIX. 5;XX1,7.

4 Id., Mil, 23 et 24, etc. "> Id., IX, 12; XV11I, 9.

i Horatii consilio... nepr<ecipilettir ■■ Id. XMII , 9 ; cf. les Œuvres de

edilio, nontimqtie preinatur in an- Pasquier, édition d'Amsterdam, 1. II nom » : Quiutilieu, Inst. oral., Préface, col. 926.

PROSATEIR FBA.HÇAJS, XCV

tleiirs dont le printemps pare la nature, à colle des astres dont étincelle le firmament, ajoutait ces mots plus simples et plus vrais :

En ce livre Pasquier ( Pasquier, dont les écrits Sont partout honorés entre les beaux esprits) Par mille beaux discours se rend inimitable '...

Un autre contemporain2 se jouaifsur le nom de notre auteur, qui, signifiant en vieux français pâturage, exprimait si heureusement, à ce qu'il lui semblait, la fertilité de son esprit, l'abondance de son savoir. Pierre Pithou, si respecté pour sa science et son caractère, félicitait Pasquier, comme celui-ci nous le rappelle avec bonhomie 3, de l'importance de ses travaux. Enfin toute la France, pour emprunter les expressions de son fils *, admirait « son beau et fluide langage, plein de suc et de vigueur, ses graves et nobles sentences, ses jugements fermes et résolus. »

Beaucoup de bons juges, depuis l'époque qui a suivi Pasquier jusqu'à nos jours, se sont associés à ces brillants témoignages s. Tout récemment, néanmoins, un de nos historiens les plus illustres s'est rendu sur les Recherches l'organe d'impressions moins favorables : il leur a reproché « d'être plus ingénieuses qu'éru dites; d'être trop peu liées, trop capricieuses et trop indécises dans leurs conclusions6. » Pour l'érudition , il nous semble aisé d'établir qu'il n'était point possible de la pousser alors plus loin ; et pour l'indécision signalée dans les résultats, ne doit-on pas en faire honneur à la sagesse de notre écrivain ? Dans cette première époque des travaux critiques, ne fallait-il pas douter comme Pasquier, plutôt que de bâtir avec assurance sur des textes encore

1 Lettres d'Jit. Pasquier, XVIII, 6, 7 : .français, etc. — M. Dupiu, dans son

c'était un sonnet « dont d'Urfé, étant à Eloge de Pasquier, en répondant à ceux

la chasse, avait honoré Pasquier. » qui l'ont accusé de manquer de cri-

'-' 11 s'appelait de la Croix : Lettres tique, « que la critique était alors dans

il' Kt. Pasquier, XVIII, 6. l'enfance, qu'elle a fait depuis beau-

3 Id., V 1 1 1 , 1 ; cf. ld., XIX, 6. coup de progrès, » ne dit donc pas as-

* Lettres de Nie. Pasquier, VU, 11 ; sez. On ne craindra pas d'affirmer que,

<-f. X, 4 et 5; Loisel, Dialogue des Avo- par la sagacité de son esprit et la $û-

ruts, édition citée^ p. 211 et 218. reté de ses connaissances, il a été tout

h Parmi ceux qui ont été rendus en au contraire l'un des plus signalés pro-

sa faveur, ou peut en citer un qui sans moteurs de l'esprit critique moderne,

doute ne paraîtra pas suspect; c'est L'article, si remarquable d'ailleurs de

celui du père Daniel : voy. la préface M. de Barante sur Pasquier, dans la

de son Histoire de France. Cf. le père Biographie universelle, ne me paraît

l.elong , dans la Bibliothèque historique pas non plus avoir suffisamment in-

/'« lu France, t. III, p. 79; Anquetil, pré- sisté sur ce mérite.

tae&Ae l'Esprit de la ligue, Paris, 1767, '•' M. Aug. Thierry, c. 1 AeaCansi

t. I, p. XXXV ; Auger, dans son article dérations sur l'histoire rie France mr Pasquier, au t. I du Plutarque

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