XCVI ETIENNE PASQUIER
peu fixés et des citations peu authentiques un échafaudage de conjectures téméraires et de conséquences erronées ? Quant à la liberté un peu fantasque de l'auteur des Recherches, on fera remarquer, avec l'un de ses savants panégyristes1, que son but « n'était pas d'écrire un corps d'histoire , mais seulement une suite de chapitres détachés sur divers sujets. » Il a pris soin lui-même de se défendre d'avance sur ce point : « ce sont ici des mélanges, observet-il 2 ; il n'est pas dit qu'une prairie diversifiée d'une infinité de fleurs que la nature produit sans ordre, ne soit aussi agréable à l'œil que les parterres artistement élabourés par les jardiniers. »
Loin de nous d'ailleurs la pensée de déclarer Pasquier infaillible, et de prétendre qu'il ne saurait lui cire adressé de justes critiques : il peut supporter la vérité tout entière. Plus d'unité, nous J'avouerons, aurait donné à son œuvre plus de grandeur : par là des répétions auraient été prévenues. Les faits trop entassés manquent çà et là d'air et de lumière : cette végétation surabondante eut gagné à être élaguée. Parfois sa fougue l'entraîne dans de regrettables écarts. En traversant une carrière si vaste, où il aborde tant de sujets différents, il n'a pu éviter aussi de tomber dans des erreurs. A la vérité, elles sont en général plus imputables à son temps qu'à luimême : lorsque, par exemple, avec tous nos vieux écrivains, i! croit voir certaines institutions fondées par Gharlemagne se prolonger sous la troisième race, et les parlements tirer leur origine des anciens plaids3. Il n'y a pas là d'assimilation possible, pas plus qu'il n'en existe entre le morcellement inlini.de la puissance sociale, caractère de la féodalité, et le système impérial d'une autorité placée au sommet de la société, centre et source de tout pouvoir. L'accuserat-on, du reste, d'avoir volontiers assigné des motifs politiques et raisonnes à ce qui n'était que le produit du temps, des circonstances et de la force des choses4 ; de s'être trompé sur quelques points de chronologie, comme en plaçant le concile de Bàle à l'année 1435 5, et non en 1431 , date fixée par le procès de Jeanne d'Arc, ou en disant6 que Louis XII, pour sa prudhomie, reçut après sa mort le surnom de Père du peuple, qui lui fut réellement décerné de son vi-
' M. nupio,£7o(7e de Pasquier, p. 29. lentem cuncta majorum plaeita » :
2 Recherches, VI, 43. de là ce mot s'est appliqué Datorelle-
3 ld., II, 2. — l'Irtrita, c'étaient à ment à une assemblée où des décrets Home les décrets émanés de la volonté souverains étaient rendus. souveraine du peuple ou du prince. i Recherches, 11, 17, 18, etc.
Ainsi Pline l'ancien, Histoire natu- 5 ld., III, 27. telle, XXIX, 5, montre Néron • de- ' ld., III, 18.