PROSATEUR FRANÇAIS. XCIX
de Machiavel avait donné peu auparavant le modèle de ces discussions sur la nature et sur l'action du pouvoir suprême. On voit presque aussitôt Budé aborder les mêmes idées dans son Institution d'un prince' . Plus tard Balzac marche, par son livre dit Prince, sur les traces de ces deux écrivains, non sans imiter aussi Pasquier, à qui il emprunte quelques traits de son début.
Un puissant motif d'intérêt s'attache pour nous à ce travail , si étranger qu'il paraisse à nos préoccupations actuelles 2 ; on y trouve en effet l'expression des sentiments politiques de l'auteur, et surtout cet amour éclairé d'une liberté réglée par les lois, qui dès les premiers temps de sa vie publique fut l'àme de toutes ses actions. Le Pourparler du Prince ' date de l'époque où Pasquier encore très-jeune fut attaqué d'une maladie grave et prolongée. Dans le préambule où il se met en scène , ainsi que Cicéron au début de plusieurs de ses livres, il rappelle que pendant le repos forcé auquel le condamna l'état de sa santé et l'avis des médecins, retiré de la ville aux champs , il jouissait souvent de la conversation de quelques gentilshommes qui charmaient sa solitude par leurs visites. Un de leurs entretiens, où s'était agitée la question qui fait l'objet de l'ouvrage, s'était particulièrement gravé dans sa mémoire; il en avait retenu tous les détails.On avait d'abord recherché quel est le meilleur genre de gouvernement, et l'on s'était prononcé en faveur •le la monarchie : puis on s'était demandé quels seraient de préférence le principe et le but de la conduite du souverain. C'est là que Pasquier commence à faire parler tour à tour les interlocuteurs de son dialogue.
Un point sur lequel ils s'accordent aisément , c'est que le rang suprême impose au monarque le devoir d'être accompli : mais à quelle condition le sera-t-il? Ici ils cessent de s'entendre. Après des vœux adressés aux « saintes muses , » l'écolier s'applique à démontrer qu'avant tout il faut qu'elles président à la destinée des Ktats. De l'influence heureuse que les lettres ont exercée sur la naissance et le développement des sociétés, il déduit pour le prince l'obligation de les cultiver lui-même et d'employer son pouvoir à les couvrir de sa protection, à seconder leur essor. Quoi de plus utile que l'histoire , conseillère des rois et des peuples, que la
1 L'oeuvre est posthume ( 1547 ) : elle chiavel est de 1532. ilute certainement des dernières an- ' Sur cet ouvrage, voir les lettres de
mes de la vie de liudé , mort en 1540. Nie. Pasquier, IV, 9, et l'Éloge <lt
la première édition du Prince de Ma- Pasquier par IM. Dupin, p. 10 et 42.