PROSATEUR FRANÇAIS. C1M
longuement travaillées, et qui n'avaient souvent de familières que le nom. Ces compositions, empreintes d'un caractère piquant d'actualité, donnaient promptement la renommée : c'était aussi le plus court chemin à la fortune !. Mais un honneur propre à Pasquier, ce fut d'employer dans ses lettres, non plus le latin ou le grec, mais la langue vulgaire, trop dédaignée de son temps, et qu'il contribua efficacement, comme on sait, à relever de cet injuste discrédit. Précurseur de Balzac et de tant d'épistolaires célehres, il ouvrit une voie féconde pour la gloire et pour le génie national.
Imitateur de Cicéron et de Pline, ainsi que des Italiens modernes les plus célèbres 2, non moins pour les formes et les tours que pour le genre, à peine est il entré dans celte carrière nouvelle, qu'avec le prosélytisme patriotique qui le distingue il exhorte ses amis à l'y suivre, « a tracer comme lui des lettres françaises, non toutefois sur l'exemple de ceux qui ne nous discourent que des nouvelles de leurs maisons, dont nous n'avons que faire, mais en entrelaçant les matières sérieuses de quelques gentillesses d'esprit : par là, en se jouant les uns avec les autres, ils serviront, avec leur propre réputation, l'honneur du pays 3. » On ne peut donc pas douter que Pasquier n'ait destiné ses lettres à la publicité ; il semble également certain qu'il les a réellement adressées, du moins pour la plupart, aux correspondants dont elles présentent les noms : Érasme, dit-il en témoignant qu'il partage son sentiment, voulait » que les épitres eussent été envoyées sans fiction 4. »
Il parut d'abord dix livres de Lettres s, et par la suite le nombre en fui porté à vingt-deux. Un mérite qu'on ne leur contestera pas, c'est l'extrême variété des sujets qui y sont traités. Sérieuses tour à tour et badines , elles offrent toute espèce de questions , depuis celles dont la frivolité rappelle les exercices des anciens rhéteurs , jusqu'aux discussions les plus élevées de législation et de moiale : on y voit se succéder tous les tons et toutes les idées. Mais cette multiplicité elle-même crée un embarras à qui veut les faire connaître. Il faut chercher un fil dans ce dédale : pour se diriger à travers cette volumineuse collection, pour en découvrir toutes les richesses, il faut y introduire un ordre qui n'existe pas, celui des matières. Nous distinguerons donc les lettres en quatre
1 Voy. Muret, loc. rit s Recherches, VIII, 3, à la fin. Les re-
- Lettres , I, 1. rueilsde Pline et de Symraàqjie avaient
J ld. ,11,2. été aussi partagés en dix livres. * Ihid