‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 52 sur 176 · C1V ETIENNE PASQUIER · texte numérisé non relu

C1V ETIENNE PASQUIER

classes : nous les appellerons historiques lorsque l'auteur y raconte des faits ou contemporains ou passés ; politiques lorsqu'elles nous montrent plus particulièrement en lui le citoyen et le magistrat; littéraires quand elles roulent sur quelque point de langue ou de littérature; familières, enfin, quand Pasquier y parle de ses affaires privées, qu'il y révèle ses affections domestiques; et nous nous occuperons successivement de chacune de ces divisions.

En premier lieu ce qui nous frappe dans ce recueil , c'est qu'il contient sur tout le seizième siècle des mémoires de la plus grande importance, rédigés à mesure que s'accomplissaient les événements. On l'a remarqué avec raison, cette histoire, en quelque sorte prise sur le fait , doit à la haute intelligence et à l'émotion sympathique de l'écrivain bien plus d'intérêt et de prix que n'en possède le minutieux journal de L'Etoile '. Le passé nous est rendu par ces communications journalières. Elles nous font entendre comme un écho fidèle des bruits, des opinions, des jugements contemporains; on y recueille sur cette époque pleine de catastrophes et de révolutions les impressions naïves d'un homme de sens et de bien : c'est une tradition primitive qui nous parvient à travers les siècles, sans avoir été altérée par aucun élément étranger.

Pasquier n'avait pas en effet la prétention d'écrire une histoire : il comprenait toute la difficulté de ce travail , tout le scrupule qu'impose à la conscience une entreprise si chatouilleuse 2. Comment discerner la vérité au milieu des ténèbres dont les partis l'obscurcissent; comment la dire sans blesser personne? Comment apprécier avec intégrité et avec lumières tant d'intérêts opposés? Son but n'était que de converser avec ses amis sur les circonstances du jour, ou plutôt de laisser après lui des matériaux soigneusement amassés3. Il se donne pour l'un» de ces petits qui, pendant que les grands, en maniant les affaires, jouent tels personnages qu'il leur plait , sont spectateurs à leurs dépens, et à qui, pour n'être employés aux charges émiuentes, il resle seulement le loisir de juger des coups '. »

Par cette modestie, Pasquier nous invite à la confiance; il la

1 V. M. Saint-Marc Girardin, Tableau gantes. » Cf. l'Éloge de Pasquier par

littéraire du seizième siècle. On autre Si. Dnpin, p. £>ô.

mérite des lettres signalé dans le ta- ; Lettres, XV, 18.

blean de la même époque par M. Phi- 3 Ibid.

laréte Chastes, c'est que pour le temps • Beckerckes, III, 16. où elles ont paru « elles sont fort élé-

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