‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 53 sur 176 · PROSATEUR FRANÇAIS. CV · texte numérisé non relu

PROSATEUR FRANÇAIS. CV

justifie par sa. probité. Ses Lettres méritent une place parmi les documents les plus dignes de créance que nous ayons sur notre histoire. En nous transportant clans la bruyante mêlée de son temps, il jette un jour nouveau sur plus d'une affaire où il a figuré lui-même comme acteur; il nous offre principalement, sur les troubles religieux qui ont désolé le pays, les détails les plus circonstanciés. Par lui, nous assistons aux délibérations, aux querelles des ca- Iboliques et des huguenots ; nous contemplons de près « cette grande tragédie dont il ne sait pas quelle sera l'issue, » mais dont les désastres , quelles que soient les victimes , navrent son cœu1' vraiment français '. Celte passion qui chez lui se joint à la fidélité du témoin anime sa parole, sans altérer la netteté de son jugement. De là ces portraits pittoresques autant que sincères de Ghâtillon, de Guise, de Henri III, de presque tous ceux enfin qui prirent part au drame terrible qu'il étale devant nos regards. Dans les morts violentes de tous les premiers chefs de nos troubles, il lui semble voir « une preuve qu'il y a un merveilleux et épouvantable arrêt porté contre nous ; » et son imagination émue lui suggère de pathétiques plaintes pour déplorer nos discordes. Une circonstance qui ajoute au prix de cette partie des Lettres , c'est que dans les autres relations de cette époque, pour la plupart rédigées en latin, la vérité des impressions a trop disparu sous les voiles d'un langage étranger.

Mais le seizième siècle n'est pas la seule époque qui revive dans les Lettres de Pasquier : en fouillant dans nos anciennes annales, il évoque le souvenir des hommes et des temps dont la physionomie caractéristique l'a frappé. Par la peinture des mœurs de Louis XI3, il éclaire la connaissance de son règne. Avec un patriotisme jaloux, qui ne se borne pas au présent mais rétrograde dans le passé, il s'applique à montrer, en rapportant l'expédition de Brennus dans l'Italie, combien les Gaulois, sous sa conduite, ont été supérieurs aux Romains en résolution et en prudence, combien la prétendue victoire de Camille est invraisemblable, combien en tout cas elle eût été perfide; il rappelle que jusqu'à son dernier soupir, Rome, épouvantée par la mémoire de cette guerre, a tremblé au seul nom des Gaulois, au seul bruit de leur approche '• Én-

1 Lettres, v,7; et \, I; ele ld., 111,8; il. Recherches, M, 11

'H.., v, ||. • Lettres, IN, 1".

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