‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 54 sur 176 · CVI ETIENNE PASQUIER · texte numérisé non relu

CVI ETIENNE PASQUIER

fui il se plait, la aussi, à interroger, dans de curieuses excursions, les histoires étrangères ; il n'en est même presque aucune qu'il ne mette à profit, depuis celle de la Moscovie, alors presque inconnue ' , jusqu'à celle du Bas-Empire. La carrière romanesque du vieil Andronic, sa domination cruelle et utile, lui fournissent le sujet d'un tableau vivement coloré2 : on reconnaît à cette occasion que, familier avec des sources d'érudition encore peu consultées, il avait fait une étude attentive des écrivains de Constantinople.

Dans les lettres politiques de Pasquier, nous retrouvons beaucoup de traits que nous avons signalés dans les Recherches, la même haine des abus, la même ardeur à les combattre, la même fermeté à réclamer pour l'État de sages réformes, la même franchise dans les relations du magistrat avec le prince. Son affection virile, son dévouement éclairé aspirent à le servir plus qu'à lui plaire3. Pour unique règle de conduite, il lui recommande « de ne séparer en nulle affaire l'utilité de la vertu4. » Aussi les conseils adressés par Machiavel au souverain choquent-ils également son équité et sa raison. Courroucé contre lui, « il voue ses écrits au feu5. » Il éprouve presque autant d'aversion pour la race dès lors très-florissante des financiers6. Avec la mauvaise gestion de nos revenus, qui forçait sans cesse à altérer les monnaies', il déplore les prodigalités de nos rois, contraints ensuite, pour subvenir à leur avide pénurie, de traiiquer de tout : leur vraie, leur seule libéralité devait être « de ne pas vexer les peuples8. » La vente des charges, en même temps qu'elle privait de toute dignité l'administration publique, n'était pas moins préjudiciable aux particuliers : l'ambition qui les leur faisait convoiter de plus en plus, malgré l'élévation toujours croissante des prix, portait le trouble dans les familles et entraînait la ruine des patrimoines 9. Un désordre que poursuit encore vivement le patriotisme de Pasquier, c'est ce préjugé funeste au pays, qui, sous le nom de point d'honneur, multipliait alors les combats particuliers, non pas entre deux adversaires seulement , mais entre les amis dont chacun d'eux était accompagné. Ce travers de l'esprit national, que plus d'une fois la rigueur des supplices tenta vainement de

1 Lettres, XI, 17. ; Lettres, X, Il : au commencement

•' ld., XIII, 15, Iti et 17. dn règne de Charles VI, la monnaie

1 ld., XII , 2 et 7 ; XX , b. était, dit-il , trois fois plus forte que

* ld., IX, 7. de son temps.

& lbid.; cf. Rech., VIII, 56, à la fin. s ld.,XH,8.

f Lettres, XII, 7; XIV, 8. '■• Irl., \, 9

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