CX1V ETIENNE PASQUIER
peinture de l'homme. Les relations du père de famille avec ses enfants fournissent de nouvelles occasions de l'admirer, quand, par exemple, avec l'accent du magistrat loyal et du gentilhomme français, il trace à Pierre', l'un de ses fils, la conduite qu'il doit suivre dans la noble profession des armes : c'était en 1586, a l'époque où Henri III venait de lui donner une compagnie. Sa principale recommandation, c'est d'épargner le peuple, alors victime des excès de tous les partis : « car ses bénédictions sont autant de prières à Dieu et de présages certains de notre bonne fortune pour l'avenir-. » Il veut que, bien différent sur ce point des guerriers ses contemporains, qui considéraient la licence comme un de leurs droits3, il ne se fasse craindre que de l'étranger. Le courage militaire était d'ailleurs aux yeux de Pasquier l'une des applications du devoir ; et l'on sait combien le devoir, sous toutes ses faces, était sacré pour lui.
Ces mâles sentiments s'unissent en lui à la même sollicitude paternelle quand il prie un capitaine de ses amis d'excuser son fils, le porte-enseigne de Bussi, de ne pas l'aller rejoindre pour le siège d'Amiens4 : c'est qu'il est retenu par une blessure, qui, en le frustrant des occasions de se signaler, le rend « plus malade d'esprit que de corps. » Pasquier l'annonce à la Ferlandière3, dans des termes empreints d'une noble simplicité. Au reste, « puisque ce mal lui est advenu en bien faisant, il le porte plus patiemment. » Celui à qui il écrit aurait grand besoin aussi de prendre du repos; mais le chercher en ce moment ce serait paraître « fuir les coups ; » et loin de lui la pensée de donnera son fils un conseil qu'il ne pourrail accepter: « ni lui ni ses frères, grâce à Dieu, n'avaient jamais appris cette leçon 6. » Ils avaient appris à mourir plutôt- que de manquer à leur devoir. Son plus jeune fils, la Miraudière, l'avait bien prouvé. Pasquier est fier de rappeler à ses lils ce beau trépas, comme une gloire de sa famille , bien plus que comme un enseignement et un exemple7.
Dans les carrières civiles il avait fait en sorte de ne pas laisser après lui de moins dignes successeurs : sa lettre sur les obligations
'Capitaine de la Ferlandière : Let- 3 Lettrés, \, I.
très, XI, 3. I 1594: ld., XVI, 1.
Ibid. ;ef. XVII, 4 et 5 : les lettres J ld., ld., 5.
de Pasquier témoignent partout de son ' Ibid.
amoar pour le peuple : V, Ml, 8; '■ Ibid. XIV, 8,.etc