PROSATEUR FRANÇAIS. CXV
de l'avocat' l'atteste. Les avis qu'il y adresse a sou (ils Théodore peuvent se résumer dans ce seul précepte : « Je veux que vous soyez prud'homme; quand je dis ce mot, je dis tout. » Avec cette qualité, il réussira toujours auprès des juges : « car ils se laissent aisément mener parla bouche de celui qu'ils estiment homme de bien. » C'est dans cette admirable lettre, dans ce code du vieux barreau français, que les jeunes membres de notre palais puiseront une juste idée de la dignité d'une profession , vénérable comme la verlu qui en forme la règle et la base2.
Ces conseils austères ne feraient connaître qu'imparfaitement Pasquier : à cette sévérité de principes se mêlait une nature cxpansive , une âme tendre , ouverte à toutes les affections douces ; c'est ce qu'annoncent aussi les lettres familières. Lorsque l'une de ses petites-filles veut se dérober au joug d'un mariage qu'elle redoute, c'est à Pasquier, alors âgé de quatre-vingt-cinq ans, qu'elle a recours8. N'est-il pas touchant de voir ce vieillard protéger de son affection celle qui lui confie ses peines; et avec une vivacité, une délicatesse singulière d'expression, prier son propre fils de ne pas sacrifier les goûts de cette enfant, de ne pas contrarier chez elle des sentiments qui n'ont rien que de légitime et d'honnête, de ne pas l'arracher, par l'espoir d'une union intéressée , au séjour de Taris, qui la captive ? Dans cet âge où si souvent l'on concentre en soi-même toute son existence, Pasquier sympathise avec les inclinations de la jeunesse, avec les préférences d'une nature élégante, amie des jouissances de la société. Vers cette époque, plusieurs lettres encore , pleines de fougue et de saillie , témoignent que par l'esprit et par le cœur Pasquier n'a point vieilli*. D'autres , en même temps , qui roulent sur des sujets religieux 5, nous apprennent que celle gaieté se joignait chez lui à ces graves pensées que le sage et le chrétien doivent nourrir en eux, surtout au déclin de la vie.
hnage d'une si belle carrière, expression si vive et si complète des idées de son époque, les Lettres de Pasquier ont pour nous, à
1 IX , 6. la vertu fait toute la noblesse. »
'-' B'Aguesseau, premier discours sur 3 Lettres, XXII, 10 et 11. M. Dupin,
l'indépendance du l'avocat^ appelle dans son Éloge de Pasquier, signale ces
l'ordre des avocats « un ordre aussi deux lettres entre les plus charmantes
ancien que la magistrature, aussi no- qu'ail écrites K. Pasquier.
bleque la vertu, aussi nécessaire que '' XV11I, 3; XXI, 7.
la justice ; » et il dit un peu plus loin, ■ \ \ , 6 et 7. ibid. , que c'est une profession « dont