CXVI ETIENNE PASQUIER
l'an et l'autre égard, une valeur infinie. D'après la piquante variété des sujets, l'intérêt du fond, le mérite de la forme, on ne sera pas surpris du succès contemporain qui les accueillit. Quoiqu'il en écrivit beaucoup, on en sollicitait de lui davantage1. Leur vogue, dès qu'elles avaient paru , était extrême; on se les passait de main en main-; bien plus, « elles prenaient leur vol jusque dans les nations étrangères3. » Le temps, dont le privilège est, comme il l'a dit lui-même4, « d'affiner les bons écrits, » semblera encore ajouter à celui-ci un prix nouveau; non que la critique n'apportedes réserves aux éloges qui lui sont dus. Parfois , dans les lettres familières, les plaisanteries, un peu bourgeoises, manquent de sel; la finesse, trop contrainte, dégénère en subtilité 6. L'esprit moderne, on l'a déjà remarqué, cette exquise Heur d'une conversation délicate , ou parlée ou écrite , n'était pas né parmi nous. On n'avait pas trouvé le secret d'exprimer les petites choses avec une grâce facile; on ne savait pas être naturel dans lebadinage. La discrétion, le choix, qui font l'agrément en littérature11, étaient aussi trop peu connus. De la diffusion, des longueurs montrent, dans plusieurs parties, que Pasquier ne songe pas assez combien la sobriété et la mesure relèvent la saveur des meilleurs mets. Les Lettres, quoi qu'il en soit, n'en demeurent pas moins l'une des lectures les plus attachantes et les plus utiles du seizième siècle.
Telles sont les productions capitales de Pasquier, celles dont il convenait de parler avec le plus de détails, et qui lui ont avec raison concilié depuis longtemps les suffrages publics. A ces œuvres il nous est toutefois permis aujourd'hui d'en ajouter une autre presque aussi considérable, mais qui jusqu'ici était restée inédite, l'Interprétation des Instituiez de Justinien1. En applaudissant aux intentions libérales qui ont fait publier ce travail de notre écrivain3,
1 Lettres , y,, 5 et possim. les de la France, avec u ne introduction
2 id., VIII, 12, à la lin. et des notes, Paris, in-4°,Videcoq, 1847.
3 ld.,XXI,6. — One preuve singulière de la voguean- 1 Jtecherclies , préface du liv. 1er. cienne dont jouissait chez nous l'étude
5 Yoy. particulièrement les lettres du droit romain, c"est que, dès la tin du du XVe livre. treizième siècle, Richard d'Annehaut
6 De là chez les Romains ce mot si avait mis en vers français les Institutes expressif: elcgantia : v. M. Sainte- de Justinien: Voy. l'abbé de La Rue, Beuve , article sur les poésies de Fran- Essais kismriques sur les bardes, les çois 1er, Journal des Savants, mai 1847. jongleurs et les trouvères anglo-nor-
'■ [.'interprétation des Insiitutes de mands, 3 vol. in-S", t. III, p. 1S2. ivslinian, avec la conférence de chaque ~ M. Pasquier, membre de l'Académie
paragraphe aux ordonnances royaux, française, a fait les liais de celte im-
irréts dupai lemeni et coutumes généra- portante publication.