‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 6 sur 176 · XII NIE DETIENNE PASQUIER · texte numérisé non relu

XII NIE DETIENNE PASQUIER

La naissance d'un fils sembla mettre l'année suivante le comble a son bonheur. Une lettre où il annonce à l'un de ses amis qu'il est père ' atteste à la fois la vivacité enjouée de son esprit et l'affectueuse bonté de son cœur : « Le grand aise qui dissipe ses esprits ne permet pas que son jugement exerce ses fonctions ordinaires; » il s'applaudit d'avoir « un mâle et non une fille », et encore qu'il soit « né de ce doux air de Paris, auquel toutes sortes de philosophes abondent 2. » Dans l'impatience de sa tendresse, il a voulu interroger le sort; imitateur des anciens, qui prétendaient lire l'avenir dans les vers de Virgile , il a demandé à ceux d'Ovide l'horoscope de son lils : ils lui ont promis pour ce nouvel hôte, ce nouveau citoyen du monde , une longue vie et la noble passion de la vertu. Ce n'est pas qu'il croie à de tels oracles; mais, père, il a la faiblesse des pères ; et si son ami le condamne, à l'exemple d'Agésilas, il en appellera de lui comme d'un juge incompétent, ou plutôt il le priera d'attendre, pour confirmer sa sentence, qu'il jouisse à son tour du privilège paternel i. Celui-ci s'empressait de lui prédire, par sa réponse, que si l'enfant tenait de son père, il serait philosophe ; s'il tenait de sa mère, il se montrerait actif et résolu 4.

Le caractère que ces dernières paroles nous révèlent chez celte jeune femme devait peu après trouver l'occasion de se signaler. En effet, au moment même où, par ses progrès au barreau, Pasquier se rendait de plus en plus digne de la grande fortune qu'elle lui avait apportée, un malheur soudain pensa ruiner toutes ces chances d'un brillant avenir.

Vers la fin de 1558, conformément aux habitudes ménagères alors en honneur dans les classes les plus aisées , il revenait de faire ses vendanges en Bric5, lorsque chez un de ses amis où il s'était arrêté il tomba gravement malade : ce fut pour avoir mangé d'un plat de champignons vénéneux, de cette nourriture des dieux, comme l'appelait Néron, parce qu'il avait fait par elle un dieu de l'empereur Claude6. Pour résister à la violence du poison, il

1 Lettres, II , 9. 1831 , grand in-8°, p. 65.

'-' Les hommes les plus considérables 3 Lettres ,11,9. de celte époque se faisaient honneur * « Strenuum se hominem et minci'ajouter à leur nom la qualification quam cessantem prsestabit : » Lettres, de Parisiens. On attachait un tel prix H , 10. au simple titre de bourgeois de Paris, s Lettres, XXI , 1. qu'il était ambitionné par des nobles, •>' Suétone, Vie de Néron , c. 33 ; cf. par des chevaliers, par des princes Guy-Patin, Lettres, XXXV, t. 1 , p. 83 même : voy. à ce sujet f.rapelet, l'ro- de l'édit, in-12 de 6ologne. 1692. rerbes et dictons populaires s Paris,

Page 1