‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 7 sur 176 · E DÉTIENNE PASQUIER. XIII · texte numérisé non relu

E DÉTIENNE PASQUIER. XIII

ne fallut rien moins que l'excellente constitution de Pasquier ; mais il fut attaqué de lièvres tour à tour continues , tierces, quartes et autres , dont l'une même , selon la docte remarque du célèbre Piètre ", « avait été vue par Hippocrate et non par Galien 2 ; » quoi qu'il en soit, cette brusque interruption de santé se prolongea longtemps, et fit craindre les plus funestes conséquences.

Avec sa passion de l'élude et de la gloire on jugera s'il supportait facilement le repos; aussi, quand, après avoir langui plusieurs mois, il commençait seulement à reprendre quelques forces, voulait-il déjà retourner à ses occupations du Palais. Les médecins ne vainquirent qu'avec peine cette détermination téméraire. Par leur conseil, Pasquier se rendit à sa maison des champs d'Argenteuil , vers les fêtes de Pâques en 1559, et, « balançant, suivant son expression pittoresque, entre le sain et le malade3, » il y demeura jusqu'aux premiers jours de mars 1560. Ace moment encore, pour prévenir une rechute trop certaine, on dut l'empêcher de reprendre ses travaux ; on lui recommanda de changer d'air et de se distraire par quelque voyage. Forcé d'obéir à ces prescriptions , il alla visiter la mère de sa femme, qui habitait Amboise. La conjuration qui porte le nom de celle ville venait d'être découverte lorsqu'il arriva dans ses murs, remplis d'effroi. Autour du jeune époux de Marie Stuart et de ses redoutables prolecteurs se dressait l'appareil des supplices : on voyait encore sur l'échafaud les tètes dégouttantes de sang de Castelnau et de plusieurs gentilshommes suppliciés* avec lui4. Dans l'aspect de cetle cité rougie de carnage, où il ne résida pas moins d'un mois , Pasquier puisa une profonde horreur pour les discordes religieuses et pour la guerre civile : ces sentiments devaient peu après lui suggérer ['Exhortation aux princes, éloquent manifeste de son dévouement au pays.

D'Amboise il gagna Cognac, où sa femme possédait une propriété patrimoniale, et il s'y remit des impressions pénibles qui l'avaient assailli. On peut le conjecturer par la peinture suave qu'il nous a

1 Pasquier parle encore ailleurs, héritiers de son nom ; son fils aîné est

Lettres, IX, 14, de ce médecin , l'un celui que cet écrivain appelle « vir

des plus renommés de l'aris : reçu doc- maximus et plane incomparabilis. « teur en 1519, il avait été professeur et - Lettres, XXI, 1. enfin doyen en 1564. 11 mourut en 3 lbid.

1584 , comme on le voit dans la corres- '< Lettres , IV, 4 ; XXI , 1 ; Cf. Recher-

pondance de Guy-Patin, Il eut dedignes che$} vill, 55.

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