‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 62 sur 176 · CXVIII. ETIENNE PASQU1ER · texte numérisé non relu

CXVIII. ETIENNE PASQU1ER

et saine : elle se déroule avec netteté et largeur; ses parties, bien agencées, se soutiennent sans confusion, pleines de dignité et de souplesse. En outre des expressions gracieuses et pittoresques mêlent çà et là un charme sévère à la gravité des plus hautes matières de la jurisprudence. Rappelle-t-il les lois des Douze Tables que les Romains allèrent demander à la Grèce : « Sous l'avènement de leur État populaire, ils déléguèrent, nous dit-il l, gens exprès pour sucer des Grégeois , comme l'abeille des Heurs , les meilleures lois qu'ils y trouveraient. » L'homme d'imagination se montre encore dans le légiste. Aussi ce livre n'inléresse-t-il pas seulement le lecteur familier à la science du droit. S'il présente un grand nombre de décisions, rendues dans des procès importants, et très-propres à former le praticien, il offre presque autant de passages et de souvenirs qui s'adressent à l'homme de goût et à l'homme de lettres. Par la richesse de ses citations de tout genre, on reconnaît combien , avec l'antiquité grecque et latine, Pasquier possédait notre histoire et notre littérature moderne : elles lui suggèrent une foule de considérations aussi neuves qu'ingénieuses. Ça et là même des anecdotes agréablement racontées rompent l'uniformité des plus sérieuses discussious. Enfin, ce qui répand sur l'ensemble de cette composition un singulier attrait , c'est la bonté affectueuse du père de famille , qui converse en instruisant. Au terme de sa carrière , il se plaît à revenir sur les combats qu'il a livrés dans la grand'chambre, sur les victoires qu'il y a remportées7 ; il prodigue à ses enfants les trésors de sa longue expérience. Touchant spectacle que ce noble vieillard, comme un matelot longtemps battu par la tempête, jetant un regard serein sur la mer qu'il a traversée en tout sens, et s'appliquant à diriger par ses conseils les jeunes nautoniers qu'il voit avec un tendre intérêt prêts à se risquer sur les flots !

Il ne nous reste plus que fort peu de chose à dire des autres ouvrages en prose de Pasquier, dont l'importance et l'étendue sont beaucoup moindres. Il avait adressé, « comme ligueur, » un discours << au prince de la ligue3; » mais ce morceau ne nous est pas parvenu : nous ne le connaissons que par un passage des Lettres où il est mentionné4. C'était sans doute un de ces écrits éphémères qui à cette époque, où l'on combattait par la plume autant que par l'épée, servaient la cause des factions ou celle du pays. On devine

1 il, '.il : p. 385. lettres , XV, li.

• V. ['Interprétation des Institules, 1, ' Voy. rbid , etl.a lettre suivante. f>8; 11,84,87, clc.

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