CXX ETIENNE PASQU1EB
Je courir à Noire- Dame de Cléry el à la cathédrale de Chartres,
ensuite, des son retour, « à la grande église de Paris » , pour reconnaître par ses actions de grâces « qu'il tenait de Dieu sa gloire en foi et hommage. » Aussi la faveur céleste ne cesserait-elle pas de l'accompagner. Suivant Pasquier, elle l'avait prédestiné à mettre un terme au\ factions qui depuis trop longtemps divisaient les citoyens. Sa présence allait sans coup férir comprimer parmi eux les discordes et les rassembler tous « sous les étendarts d'un même Dieu ainsi que d'un même roi. » Dans l'attente d'un résultat si désiré, Pasquier se réjouissait par avance de penser que les prédictions sinistres d'une foule d'astrologues pour l'an 1 588 n'étaient que de vains mensonges.... Mais avant que cette année se fût accomplie le vainqueur d'Auneau devait tomber massacré aux pieds de son souverain; et celui-ci, fugitif dans son royaume, ne devait plus avoir que ses propres sujets à combattre.
Pasquier écrivit pour Henri IV, en 1598, une seconde Congratulation, à laquelle nous nous associerons davantage '. C'était un hommage au prince victorieux qui avait rétabli la paix et dont l'œuvre à l'avenir serait d'en assurer le maintien par de bonnes lois : ainsi seulement pouvait-il reconnaître l'action si hautement manifestée de la protection divine. Le repos de laFrance est en effet aux yeux de Pasquier un bienfait manifeste de la Providence, enfin désarmée. Pour mieux célébrer le retour de la concorde, pour en faire goûter plus vivement la douceur, il rappelle lax mémoire du passé, comme on aime, arrivé au port, à voir de loin l'orage; il retrace les désordres de la paix , les fureurs de la guerre, les excès de tous les partis. Il veut que les citoyens, effrayés par ces sombres tableaux, et désormais réunis dans les sentiments d'une pieuse reconnaissance, dépouillent jusqu'au souvenir de leurs haines. En châtiant laFrance coupable, Dieu n'a paru, du reste, que ménager au nouveau rejeton de la tige antique de saint Louis une grande occasion de gloire : ne l'a-t-il pas visiblement conduit jusque sur le trône ? Que de brillants succès obtenus sous ses auspices par Henri, « qui a joué tout ensemble les trois personnages de soldat, de capitaine et de roi! » D'utiles conseils se joignaient à ces félicitations cordiales. Après s'être montré contre ses ennemis brave el invincible guerrier, il devait, attentif à se vaincre lui-
1 « Congratulation sur la paix gêné- a reçues de [lieu : » Cette pièce e>l :i raie et sur les bénédictions que le roi la suite île la lettre 7, liu ilu livre \\ I.
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même, faire servir son triomphe au l)onheur de ses sujets. Pasquier, eii l'avertissant des nombreuses obligations delà royauté, en mêlant de sages et généreuses leçons à ses éloges, demeurait Qdèle aux principes de sa vie entière : constamment jaloux d'une honnête liberté, « il lui eût été très-malséant de souiller sa vieillesse par des flatteries ■ .» Plusieurs particularités curieuses sur Henri IV et une appréciation vraie de son caractère ajoutent encore à l'intérêt de ce morceau. Par ses vertus Pasquier était digne de comprendre et de juger ce prince homme de bien. Il se plaisait dans la suite à revenir sur sa mémoire; au moyen d'un certain nombre d'anecdotes heureusement choisies, il s'appliquait à retracer cette physionomie qui était resiée chère à son cœur, et qu'il s'affligeait de voir défigurer de son temps par une foule de mauvais écrivains -.
Une autre composition qui semble par sa valeur au-dessus des opuscules précédents , a considérer du moins le sujet qu'elle annonce, c'est le Pourparler de laloï 3 : mais elle est peu en rapport avec ce titre solennel. Pasquier, dans ce dialogue, entreprend, nous dit-il, de faire la guerre à «quelques esprits libertins qui se permettent de disputer sur la loi générale ; » il a en outre pour but de « signaler la calamité d'un siècle où le bon endure comme le mauvais, sous un faux prétexte de justice : » ce double objet n'est d'ailleurs rempli que d'une manière fort incomplète. Deux forçats et un comité 4 conversant entre eux, celui-ci découvre que parmi « tant de pendarts auxquels il commande sur sa galère, » se trouvent deux hommes aussi différents entre eux que supérieurs à leurs compagnons. L'un, volontaire et hautain , érigeant son orgueil en doctrine, a prétendu n'obéir qu'à la seule impulsion de la nature : envisageant les lois comme de pures inventions humaines, il s'est joué de leurs défenses , il les a foulées aux pieds sans scru pule : de là ses vices et ses désordres. A ses yeux, dérober le bien d'autrui ce n'était que rentrer dans son propre bien. L'autre, uniquement épris de l'amour du devoir, a été victime d'une condamnation injuste dont le consolent son égalité d'âme et le témoignage de sa conscience. Le comité, touché des discours de cet homme vertueux ,<> jure avec lui une éternelle alliance. » Tous deux ensuite font « entrer dans leur compagnie » et gratifient d'une
1 Congratulation citée. cliiournie : Como désignait autrefois
Lettres, XX, 2 et 3. un cornette , on lias officier d'une ga-
C'est-à-dire, Entretien sur la loi. 1ère.
' Ou dirait aujourd'hui un garde-