CXXI1 ETIENNE PASQUIER PR0S4TEUR FRANÇAIS
part dans leur amitié le philosophe corrigé par le métier de rameur. La donnée ne manque pas, on le voit, d'un certain intérêt ; on aurait pu même produire de l'effet par un contraste vigoureux des deux caractères: mais, dans celte petite scène, trop rapidement tracée, le mérite des détails ne met pas assez en relief celui du tond; l'entretien est languissant et froid, le style dénué de trait et d'agrément.
On attendrait plus de vivacité et de malice d'un dialogue entre Alexandre et Rabelais, où Pasquier a pris pour modèle les Dialoijucs des morts de Lucien. Par malheur, ce morceau, ainsi qde le Pourparler , ne lient pas ce que promettait le titre. Au lieu d'une lulle originale du hardi et profond penseur avec l'homme d'action, d'une appréciation piquante faite par le philosophe bouffon de celte vie, si mêlée de bien et de mal, on ne trouve qu'une de ces thèses frivoles où les anciens rhéteurs se plaisaient à déployer les ressources de leur esprit. En essayant, « par forme de paradoxe, d'excuser tous les défauts imputés au roi du Macédoine , » l'auteur n'a pas su conserver, dans le langage des deux interlocuteurs , la nohlesse et la lierté qui sied à l'un, la mordante ironie qui est l'arme ordinaire de l'autre. Rahelais, fidèle à son caractère, raille, il est vrai, Alexandre, mais c'est avec peu de sel. Il triomphe d'abord de la ruine do son empire, qu'il attribue àsa mort prématurée et surtout aux idées d'ambition dont il avait enivré ses capitaines; il énumère ensuite les reproches que les historiens ont adressés à sa mémoire , le tout assez froidement. Alexandre répond par une longue apologie de ses projets et de ses exploits, sans néanmoins réussir à désarmer tout à fait la sévérité de son censeur, qui lui déclare en finissant, « que pour le contentement et la grandeur » il s'estime après tout son égal, malgré l'éclat de ses conquêtes, dont lui-même « ii ne se souvient plus qu'à demi. »
Dans cet examen des travaux en prose de Pasquier, il en est un que nous avons omis à dessein : le Catéchisme des Jésuites. Nous nous réservons de l'étudier en traitant des démêlés que Fauteur eut avec leur société : passons maintenant au poêle.