‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 66 sur 176 · ETIENNE PASQUIER POETE FRANÇAIS ET LATIN · texte numérisé non relu

ETIENNE PASQUIER POETE FRANÇAIS ET LATIN

Au premier abord les qualités de style et d'esprit que révèle la prose de Pasquier pourront faire naître contre ses talents poétiques quelques préventions défavorables. Il appartient en effet à ces écrivains, hommes d'affaires, dont la réalité est le domaine : en vain cbercheriez-vous chez lui ce je ne sajs quoi'dc léger et d'aérien qui semble prêter des ailes à certaines imaginations d'élite. Il manque surtout à son âme les principaux éléments d'où naissent les beaux vers , la passion de l'art pour lui-même et le culte de l'idéal : rarement il aborde les riches et chimériques régions de la fantaisie où le poète aime à s'égarer.

Songeons-y toutefois : au seizième siècle on pouvait aspirer à ce nom avec une vocation moins décidée que de nos jours. De petits tableaux dans le genre flamand faisaient presque tout le fonds de notre poésie française. Pasquier ne prétend pas aller au delà : il se contentera de rimer en badinant; les vers seront pour lui un délassement de ses occupations sérieuses. En vieillissant le génie des hommes et des peuples s'assombrit. Sur notre retour la mélancolie nous a gagnés : une exubérance d'enjouement éclate au contraire dans la jeunesse de notre littérature. S'il est vrai , comme le disait Voltaire, que la gaieté et l'étude doivent aller de compagnie, nos pères nous ont légué là-dessus un exemple à suivre : car ils ont réalisé à merveille cette aimable alliance. Nos jurisconsultes et nos magistrats en particulier rappelaient ces athlètes de l'antiquité qui, forcés d'observer une abstinence rigoureuse pour entretenir la vigueur de leur corps, s'en dédommageaient par intervalles dans de joyeux banquets1 : la poésie, charme de leur loisir, rendait à leur esprit fatigué son ressort et sa souplesse. 11 faut voir dans les Mè-

'« Ne carminé quidemlttdere contra- exercitâiionum certa necessitate, otio rima fuerit, sicut athleta; , remissa et jucandiorihus epnlis reficinntûr » : quibusdam temporibus ciborum atque (juintilien, tnst. ûrat., lib. 10, c. 5.

Page 1