L\L ETIENNE PASQUIER
Objet des regrets mêmes de l'ennemi, sou destin, digne d'envie suivant Pasquier, était de ne pas survivre à la bonne fortune de la France.
Parmi les Epilaphcs on remarque encore celle de Joyeuse, héros lui aussi dans la mort, que les liens d'une affection particulière avaient uni à Pasquier; celle d'Elisabeth de France, touchante victime immolée par la politique à l'hymen de Philippe 11 d'Espagne', surtout celle de Pasquier lui-même , qui, d'après un usage alors reçu, n'avait eu garde de s'oublier. Déjà, dans une épilaphe latine» i! s'était rendu ce témoignage d'une incontestable vérité :
Vixi , non auri cnpidus, sed honoris avarus;
Ingcnium expressi varie prosaque metroque :
Moribus antiquis vivo, vixique, viator...
A quatre- vingts ans, avec l'ingénuité de ces anciens qui croyaient pouvoir parler d'eux sans que l'on suspectât leur sincérité ou leur modestie *, il résumait ainsi sa carrière par quelques vers d'une brie vêlé expressive3 :
Quel je fus, quel je suis, passant, si tu fais doute, Arrête-toi un peu en ce lieu, et m'écoute. Autrefois au barreau du Palais de Paris, Entre les avocats étant de quelque prix, Par un vœu solennel j'ordonnai que ma vie S'éloignât du mépris, s'éloignât de l'envie. Voguant entre ces deux, je me mis sur les rangs ; La cause des petits je pris contre les grands : Puis d'avocat du roi aux comptes j'eus l'office ; ' Henri pour mon repos m'élut à son service... Enfin, content de peu, dans ma vieille saison, J'ai fait une retraite honnête en ma maison...
Dans quelques autres pièces, Pasquier se contente d'être traducteur. C'est d'ordinaire pour rendre hommage à d'illustres contemporains. Il se délasse dans sa maison d'Argcnteuil à lire les ouvrages de son ami Ronsard. Séduit par leur charme, il met en français ce que celui-ci avait écrit en latin4. Il habille de même une satire latine contre les jésuites , composée par Adrien Turnèhe 5, et divers morceaux de d'Aurat, « le poète grec et latin du roi. - 1! fait passer aussi dans notre langue l'éloquente imprécation de Nicolas Bour-
1 1559 : elle mourut à vingt-trois tioni fuit » : Tacite, /tç/ricola, 1.
ihs, Le 3 octobre 1568, et le bruit cou- 3 Cette èpitaphe est de juillet 1609.
rut qu'elle avait été empoisonnée. < Lettres, I, 16; l\, '.t.
-o Plerique suant ipsi vitam narrare 5 On trouvera cette satire, avec la
fidneiam potins nom m quant arro- traduction , dans le Catéchisme des Jè-
gantiaiu arbitrati sunt ; née iil Butilio suites, 11,7, Cf. Lettres, X.X11, I. • ■' Scauro citra fidem , ;iui obt'recta-