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plaudi? Ou plutôt, comment ne pas lui pardonner ce tort quand il s'en excuse avec une naïveté charmante, en réclamant le privilège, d'abord du poète, ensuite du vieillard, toujours prêt à vanter le passé età se louer lui-même '? S'il va jusqu'à promettre à ses poésies l'immortalité 2, les auteurs de son illusion sont ses propres contemporains3 : les plus illustres d'entre eux le célèbrent ou le courtisent *■, DTrfé réclame de lui des vers pour orner le frontispice de la continuation de son Astrée *. On sollicite de ce Nestor de la littérature, non pas seulement des conseils, mais une recommandation, en quelque sorte, près de l'époque présente et près de la postérité6.
Ce qui devra surtout désarmer notre critique , c'est que dans cette carrière si pleine la poésie ne fut, comme on l'a dit, qu'une diversion aux travaux sérieux. Pasquier y chercha moins la gloire qu'une jouissance personnelle. Jeune , il la gardait pour ses heures de re/os : loin de causer aucun préjudice à ses affaires, dans la poudre du barreau , au milieu des sacs-, elle rafraîchissait son esprit épuisé, ou elle le délassait de ses études profondes sur notre vieille histoire. Souvent « avocat le jour, il était poète la nuit; » et que de fois n'envoya-t-il pas à ses amis la pièce « éclose la nuit dernière"? » Ce goût delà poésie, il n'eut garde, on le sait, de le dépouiller avec la jeunesse. C'est que son àme ne s'était pas fermée prématurément, comme il arrive de nos jours, à ces croyances, à ces illusions, source du bonheur autant que de l'émotion poétique. Déjà de son temps Ronsard voulait que le poète se tût après quarante ans , ainsi qu'un rossignol
Qui près de ses petits sans chanter se repose8 :
Pasquier fut bien éloigné d'obéir à ce précepte rigoureux. Pour lui, 8e même que pour la plupart de ses contemporains, la poésie fut une conipasne de tous les Ages. Après avoir amusé et embelli ses loisirs, elle fut plus tard la consolation de ses peines. Lorsque la guerre civile eut mêlé pour lui à la douleur des calamités publiques beaucoup de chagrins privés, on a tu qu'il charma par des vers l'exil auquel le devoir l'avait condamné. Le sommeil refusait-il de le vi-
1 Lettres, MX, II ; cf. vui, 10 : c Recherches, vu, 14, 15.
n Permis à un vieillard, dit-il aussi, ' Lettres, VIII, -1 et 5; cf. XII, 7,
XXI, 6, d'être babillard et de se louer. » XXII, 6. 11 a dit aussi, au commen-
1 Lettres, XXI, 6. cernent de ses Éoinrummes :
3 ld- X, 12. «,,,,,
f Ici X\ 3 7 ego (le mulla ludcbam cai 'mina non*-.
* Voy. ' ' ' ,I(JS OBmvres, col. 025, 296. * \ «y. / é bocage retint.
POETE FBAHÇAIS El LATIN. CXLMI
siler, il trompait par ce passe-temps l'ennui de la veille ' ; dans la maladie c'était une distraction à ses souffrances2. Ce fut encore son abri contre les importunités de la vieillesse. Grâce à la poésie, il sut cueillir des tleursdansce champ, pour tant d'autres si désolé et si triste. A l'exemple du jurisconsulte Julien , qui ne comptait , nous dit-il3, n'interrompre aucun de ses exercices, « quand même il sentirait un de ses pieds dans le cercueil , » il échangeait l'envoi de pièces badines avec le- vieux Loisel, qui aimait les vers et en fai- ->ait comme lui : « ce serait, pensaient-ils tous deux, une grande lu lie a nous que de ne pas accompagner, de fois à autres, nos actions et nos études de quelques gaies folâtreries *. » Loisel, bientôt après, le précédait au tombeau ; et Pasquier, au moment d'y descendre, écrivait encore à Thiard J : « Vous et moi nous survivons presque seuls en France, si je ne m'abuse , de cette brigade que produisit le règne du roi Henri II. » Là-dessus, il conviait son ami à employer aux nobles exercices de l'esprit ce qui leur restait de jours. Fidèle a ces principes, voici les vers qu'il adressait dans sa quatre-vingtsixième année à une damoiscllc qui l'avait elle-même célébré par un sonnet :
Je suis votre Apollon et vous ma Mnémosyne •. (Jiiant est de mon trépas, je ne l'ai redouté , Si non (|n'en me perdant je perds votre beauté, C'est-à-dire l'objet d'une flamme divine ;
et il terminait ainsi, peu auparavant, un remerciment pour une de ses visites :
Oui, tu m'as fait au doux son de ta voix Dans mes vieux ans retrouver ma jeunesse '...
(les poésies de Pasquier, où l'accent du cœur se fait quelquefois sentir, n'ont donc pas été stériles pour son bonheur : ajoutons, alin d'être juste, qu'en témoignant de la souplesse, de la liberté et de l'étendue de' son esprit, elles ne paraîtront pas, aujourd'hui même, entièrement inutiles pour sa réputation. Loin de nous certes la pensée de les priser au-dessus de leur valeur; mais ne doit-on pas aussi s'abstenir à leur égard d'un dénigrement injurieux ? Pour apprécier ces titres avec équité, il faut les replacer dans leur époque ; en d'autres termes, remonter au temps qui vit briller la Pléiade, dont Pas
1 Lettres, XXI, 5. ' Lettre», XXII, l.
2 ld., Mil, 12. ' M., XVI, 3.
3 1(1., XXII, 1. '" ld., XXII, H
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quier fut, si non l'un des astres, du moins l'un des dignes satellites. Ouvrez, non pas, il est vrai, les chefs de l'école, Ronsard, du Bellay, si supérieurs à ceux qui les entourent, mais Jodelle, Baïf, Belleau lui-même ; et vous reviendrez plus indulgent à la lecture de Pasquier: alors, en effet, dans le premier travail d'une violente réforme, tout était désordonné et confus. L'ingénuité du langage de Marot avait disparu en partie; les qualités qui devaient la remplacer ne nous étaient pas acquises encore. On n'avait pas fait le partage de la langue commune en deux langues distinctes , l'une consacrée à l'usage familier, l'autre réservée pour l'éloquence et la poésie : heureuse et nécessaire séparation, qu'une exagération maladroite a pu seule décréditer. Ce vocabulaire de choix sera l'œuvre du dix-septième siècle : abstenons-nous de condamner trop sévèrementdesloeulionsdevenuesdepuisbasses et triviales. On éprouvera plutôt le besoin de retremper notre idiome à ses sources, de lui restituer quelques-unes de ses richesses naturelles, en reprenant ça et là dans Pasquier, en relevant d'une injuste roture des termes indiscrètement proscrits. A cette époque, en outre, l'afféterie italienne avait altéré nos plus franches et nos plus généreuses natures : c'était le règne des antithèses puériles, des subtilités froides, de l'érudition prodiguée hors de saison, des allusions forcées, enfin du bel esprit dans toute sa végétation stérile. Nous n'avions guère encore imité que les défauts de Pétrarque et d'Arioste. Pasquier n'a pu se soustraire à cette empreinte de son siècle, au ton précieux dans le sentiment et au pédantisme dans la frivolité. Mais à côté de ces imperfections, et au milieu de tant d'efforts pour être spirituel , se montrent d'incontestables qualités, de l'élan, de la malice, de la verve, parfois un entrain qui rappelle le vieil et naïf enjouement gaulois. Surtout le patriotisme, en échauffant Pâme de Pasquier, lui suggère son inspiration la plus constante et }a plus vraie.
On nous pardonnera, par ce motif, d'avoir voulu disputera l'oubli quelques-uns de ses vers, qui à l'époque où ils parurent charmèrent beaucoup d'esprits cultivés. Sous les débris entassés parle temps, il ne nous a pas semblé sans à-propos de chercher, de retrouver quelques Heurs à demi étouffées, mais qui, pour empruntera notre auteur une expression gracieuse ', « ont eu dans leur saison pi intauicre uue
1 lettres y XIX , 11, à la fin.