‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 87 sur 176 · DÉMÊLÉS D'ETIENNE PASQUIER AVEC LES JÉSUITES · texte numérisé non relu

DÉMÊLÉS D'ETIENNE PASQUIER AVEC LES JÉSUITES

Les jésuites ont joué un rôle trop considérable dans la vie de Pasquier, et leur nom se rattache à sa mémoire d'une manière trop intime, pour que l'on puisse se dispenser de s'arrêter sur leurs rapports mutuels, et de remonter, en vue de les mieux comprendre, a l'établissement même de la société. Au moins s'el'forcera-t-on , en traitant ce point délicat qui se lie étroitement à notre sujet , de montrer la réserve et la modération dont la nécessité ressortira , comme un noble enseignement moral, de ces déplorables conflits. L'on se gardera d'oublier que pour apprécier sainement de semblables querelles il faut les dominer de toute la hauteur d'un jugement calme et froid. Notre époque est d'ailleurs assez forte pour accorder à 1 institut des jésuites une impartialité qu'il n'avait pas encore obtenue.

Au moment où Pasquier naissait à Paris, Ignace de Loyola y faisait, dans les collèges de Sainte-Barbe et de Montaigu, ses tardives études ' : à quarante et un ans, il obtenait, en 1 532, le grade de maître es arts. En 1534, réuni pour la fondation d'un nouvel ordre religieux à quelques hommes qui le proclamèrent leur chef , il se vouait avec euxau service de Dieu dans l'églisede Montmartre. Leur but était d'abord d'aller convertir les infidèles en Palestine; ils se rendirent même eu 1537 à Venise pour s'embarquer dans ce dessein :mais la guerre fermant alors le chemin de ces contrées, par cette raison ou par toute autre, ils modifièrent leur plan primitif2. Ignace vint peu après à Rome, avec ses compagnons (ils n'étaient encore que neuf ), présenter au souverain pontife les règlements de l'ins-

1 J/istorin societtitis Jesu,a\.ictareîiii\ convenance : voy. l'article qu'il lui a

Orlundino, pars prima, Antuerphc , consacré dans son Dictionnaire critique. 1620, in-f0., p. 13 et sùiv. (la première 2 Voy. l'ouvrage cité d'Orlandini ,

édition de cet ouvrage est de 1615). Cf. p. 30 ; cf. le Catéchisme des Jésuite»,

liayle, qui parle de Loyola avec soin el p, 331.

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litut dont il voulait être créateur ; il réclamait à cet effet l'adhésion du saint-siége : sub crucis rexillo militare *, tels étaient l'objet et les termes de leur requête. La papauté était alors vivement attaquée par la réforme; ils se consacraient par un serment particulier à sa défense : Paul III agréa leurs projets ; H leur permit, par une bulle de 1540, de se réunir au nombre de soixante, et, supprimant ensuite cette restriction, il ne tarda pas à leur accorder une autorisation pleine et entière À. Jules III, l'an 1550, continua les privilèges qu'ils tenaient de son prédécesseur. Par une nouvelle bulle de 1552, il leur donna, de plus, entre autres pouvoirs, avec le droit d'enseigner publiquement, celui de conférer dans leurs collèges ies grades universitaires3.

De tout temps les jésuites ont compté de nombreux ennemis : la liberté et l'esprit moderne leur ont renvoyé la guerre qu'ils leur ont faite ; mais pour signaler la vigueur de conception qui éclate dans l'organisation de leur compagnie il n'y a jamais eu qu'une voix. Dés sa naissance elle est marquée de ce cachet durable qu'une volonté forte imprime à son ouvrage : Richelieu , qui s'y connaissait, admirait la grande œuvre de gouvernement qu'ils avaient fondée. A ce point de vue la société offre un digue sujet d'étude. Le moine guerrier, eu créant un ordre qui subsistera aussi dans les combats , a compris tout le pouvoir de l'intelligence ; il lui a imposé la culture des lettres comme un devoir 4. Ses membres seront un corps d'élite 5 ; ils formeront en outre un faisceau indissoluble. Resserrés parles liens d'une obéissance absolue, tous concentreront dans la poursuite d'un but commun leurs facultés et leurs efforts.

Ce but sera de régner sur les âmes. Aussi les voit-on dès l'abord , avec une politique non moins inflexible que celle du sénat romain ,

1 Ces termes sont répétés dans les ' Aussi Félibien remarque-t-il « qu'il deux bulles de 1540 et 1550, n'y a point d'ordre en l'Église qui ait

2 11 mars 1543 : voy. à ce sujet l'BiS- produit tant d'écrivains et donué une si taire universelle du préardent deThou, grande quantité de prédicateurs habi- I. \\WH,t. v, p. 23 de la traduction les ; » Histoire de Paris, t. 1, 2e partie, française (Londres, iu-4°, 1734). p. 1102. Ct. Bayle, Dici.jnrit., 1. 1, p. 169.

J Privilège qui fut encore amplifié * On sait, en effet, combien les psepar Paul IV en 1561 : voy. l'ouvrage miers membres de la société furent émiintitulé liisliluluni societatis Jesu, Pra- nents par la supériorité de l'esprit aligne, in-f", 1705, t. Kr, p. 23 et suiv., tant que parla vertu. llsuflit de rappeler ci l'Introduction citée de M. Giraud, les noms des I.ainez , Aquaviva, Salmep xx. On remarquera que le droit d'en- ron, 1 efèvre, Rodrigue/, François de Xascigner était censé à cette époque ne vicr, l'apôtre des Indes, etc. Voy. 1 our- ■ ouvoir émaner que du saint-siég**. vrage cité d'Orlandini, p. 1S et sutv.

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