‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 88 sur 176 · AVEC LES JESUITES. CLI1I · texte numérisé non relu

AVEC LES JESUITES. CLI1I

avec un prosélytisme non moins ardent que le patriotisme de La" cédémone, qui ne reconnaissait qu'une seule famille, l'Étal, mettre tout en usage pour asseoir et consolider leur empire moral. La prédication, les missions, devaient être pour eux des moyens d'action considérables. Mais il fallait principalement former les inclinations de l'enfance , manier l'esprit de la jeunesse: sur ce terrain de l'éducation ils ne pouvaient manquer de se rencontrer avec les universités; etc'est ce qui arriva en effet partout où ils furent admis'.

En peu de temps, grâce à la force de leur constitution et aux rares talents de leurs premiers pères, ils pénétrèrent dans la plupart des États de l'Europe : leur établissement en France rencontra toutefois de nombreux obstacles 2. Munis des bulles pontificales, ils obtinrent, à la vérité, des lettres patentes du roi Henri II; mais le parlement, au lieu de les enregistrer, renvoya les bulles et les lettres à l'examen de l'évèque de Paris et de la faculté de théologie : l'un et l'autre furent contraires au nouvel ordre. La faculté, dans sa censure, exprimait la pensée « qu'il serait un séminaire de schisme et de divisions pour l'Église chrétienne; » Eustache du Bellay , évéque de Paris , sans accuser les intentions des membres de la société, redoutait de leur admission « plusieurs inconvénients non prévus ni prémédités3. » Le parlement, sur le réquisitoire de Noël Brulart, et par l'organe de Pierre Séguier, refusa donc sa sanction à la volonté royale 4. Loin de se rebuter , les jésuites montrèrent une hardiesse que ne devait pas démentir leur conduite ultérieure : ils firent censurer par l'inquisition d'Espagne la censure des théologiens de Paris 5 ; puis ils redoublèrent leurs obsessions auprès de la personne du souverain. Celui-ci , docile aux conseils de quelques-uns de ses ministres et de sa dévote maîtresse, Diane de Poitiers, se préparait à les satisfaire6, lorsqu'un accident soudain trancha ses jours : son fils François II réalisa ses intentions. Sans égard pour l'opposition de

1 « Il y a bien peu d'académies, re- teur); Histoire de l'Église gallicane, marque Baj le, avec lesquelles les je- parle père I.ongueval, etc., Paris, in-4°, suites n'aient eu des différends :» DM. 1732-1749, t. XV11I, p. 592 et suiv. ail., t. I, p. 1103. i L'arrêt était conclu en ces termes :

2 Voy. àcesujet Félibien, Histoire de « Videbatur hsec congregatio nimia. » Paris , t. I, 2e partie, p. 109-1 et suiv. ( Extrait des registres du parlement,

■'■ Catéchisme des Jésuites, p. 317. Cf. 16 janvier 1552. )

du Boulay, llistoria unirersitalis Pari- 5 Catéchisme des Jésuites, p. 15.

sii nsis, t. NI, p. 552; in-f% 1K65-1673 fi llistoria societalis Jesu, auctore

(histoire qui, suivant Bayle, Uict. crit., Fr. Sacchino , pars secunda, in-f",

t. I, p. 679, doit immortaliser son au- Antuerpia-, 1620, p. 92 et suiv.

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