‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 93 sur 176 · AVEC LES JESUITES. CL1X · texte numérisé non relu

AVEC LES JESUITES. CL1X

ractère rendaient assez redoutable, jaloux de voir entre ses mains une affaire de cette importance , voulut le contraindre à la lui céder ; il le menaçait, dans le cas d'un refus, de l'intervention du parlement. Pasquier le pria d'abord de ne pas mettre obstacle à sa fortune en lui enviant l'occasion de se produire : puis, comme celui qu'il voulait adoucir en devenait plus roide et plus hautain : «Eh bien, s'écria-t-il, suivez votre désir: vos attaques ne feront qu'ajoutera mon honneur. Songez au procès de Verres : contre un Cecilius je serai un autre Cicéron'. » Ramat, c'était le nom de l'assaillant, vaincu par cette énergie inattendue, demeura sans voix; et rien n'empêcha plus Pasquier de descendre dans la lice qu'il devait parcourir avec tant de hardiesse et de gloire.

Son adversaire était Pierre Versoris2, que lui-même il a proclamé « grandement zélateur du bien public, singulièrement es chosesqui concernent la religion catholique 3.» LoiseU, par la bouche de Pasquier, a fait aussi de lui un noble éloge. Il est beau de voir des hommes d'esprit et de cœur, opposés par les intérêts et les opinions, se rendre cependant justice. Versoris méritait ces suffrages par son caractère non moins que par ses talents. Sa mort suffirait pour témoigner de la vivacité et de l'énergie de ses affections. Pénétré d'un tendre attachement pour le duc de Guise , quand ce seigneur eut été traîtreusement assassiné il ressentit de cette catastrophe un coup si violent, que peu d'heures après il l'accompagnait au tombeau1'. A de tels hommes, qui expirentainsi du trépas de leurs protecteurs ou de leurs amis, on pardonnerait au besoin l'entraînement et la partialité de la passion.

En soutenant les prétentions des jésuites, Versoris , aussi convaincu que l'était Pasquier dans un sens contraire, croyait sincèrement servir la cause de la religion. Tout se réunissait donc pour exciter vivement la curiosité publique, le mérite des orateurs et la grandeur du procès , lorsque l'on vit , pendant deux matinées ,

* Lettres, XXI, 1. ' Recherches, 111, 44; cf. Historia

- Sun nom de famille, qu'il avait la- Societatis Jesu, pars tertia, auctore Fr.

t inise, d'après ie goût de l'époque, était Saccliino, Roma?, 1640, in-P, p. 3 :

l.e Tourneur: « Pater ejus Tbmator « Inter doctissijnog religiosissimus lia-

vocaliatur; quod ipsum noniea Ver- bebatur.

soris cognomine mutarat , mnre viro- ''Dialogue des Avocats , p. 299et300

rura doctorum illiu5seculi,qoi Domina de redit, citée.

galliea latine etïerebant » ; Gilles Me- Voy. l'Etoile, Journal dr Henri III-

nage , / itiE Pétri V.roda et Guillelmi t. 11, p. L51, et les Mémoires attribués à

Menagii , Paris, 1675, in-4°, p 515. Mézeray, t. I,p.51. Cf. les Opuscules de Luise], p. 751.

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