‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 94 sur 176 · CLX DEMELES D ETIENNE PASQU1EK · texte numérisé non relu

CLX DEMELES D ETIENNE PASQU1EK

au milieu d'un immense concours, « ces braves champions combattre avec gloire en champ clos , devant le suprême sénat de France, à fer émoulu'. » Rarement les séances du parlement avaient offert un si imposant spectacle.

Les jésuites n'avaient pas simplement à lutter, en cette occasion, contre l'Université et contre le cardinal de Chàtillon, gardien zélé de ses privilèges2; plusieurs autres adversaires se groupaient encore autour d'elle : c'étaient l'évéque et les curés , les mendiants et les hôpitaux de Paris, le prévôt des marchands et les échevins, le chancelier de Notre-Dame, l'abbé de Sainte-Geneviève, enfin la faculté de théologie % représentée par deux vieillards vénérables, le doyen Benoit et le sous-doyen Courselles 4. Versoris, seul contre tous, fil preuve, dès l'abord, de beaucoup d'habileté5. En qualité de demandeur, il devait porter le premier la parole : il sut écarter cette circonstance défavorable, et se ménager l'avantage de la réplique. Dans ce but, il se contenta de tracer un éloge rapide de la sainte profession de ses clients et d'énoncer l'objet de leur requête, puis il conclut, en s'abstenant de produire ses moyens. Mais Pasquier, sans paraître déconcerté de cette tactique, la signala en peu de mots comme un symptôme de la dissimulation des jésuites, et prit résolument l'offensive6.

Au lieu de se borner à une question de monopole, il éleva la discussion à la hauteur d'un débat social ''. Après avoir rappelé l'origine de l'Université, les ordonnances et les statuts sur lesquels se fondait son existence, il opposa au tableau de la longue et glorieuse carrière qu'elle avait parcourue la naissance étrangère8 et obscure, les développements cachés, les tendances suspectes de la compagnie qui s'attribuait le nom de Jésus. Il osa même, en agrandissant la ques-

' Catéchisme des Jésuites, 111,13; troductiotide M. Giraud, p. XXII, XXX cf. Recherches, IX, 43. et xxxn.

2 l'élibien, Histoire de Paris, t. 1, 4 Catéchisme des Jésuites, p. 29.

t 2e partie, p. 1100. 5 Hisloria Socielalis Jesu, troisième

3 lliid. Ce qui explique l'intervention, partie citée, p. 3-8; Crévier, Histoire dans le procès, de quelques-unes des de l'Université , t. VI, p. 184 et suiv. parties précitées, c'est que dans le cas i; Pasquier nous dit que, dans cette ocou l'institut des jésuites n'eut pas été casion, n il avait l'honneur d'occuper le déclaré régulièrement admis en France, barreau des pairs; » Recherches, IX, 26. la capacité légale de recueillir des legs ' Le discours de Pasquier est inséré eessant par cela même de lui appartenir, dans le chapitre 44 du livre 111 des fiele riche héritage de l'évéque de Cler- cherches. Cf. du Boulay, Hisloria Unimont aurait été recueilli, d'après les rersilatis , t. VI, p. 604-630, et l'oucooclusions dos gens du roi du 26 mars vrage cilé de M. Troplong, p. 207-220. 1561, par les ordres mendiants et par s Presque tous les premiers pères fuies hôpitaux établis à Paris : voy. Vin- rent Espagnols.

AVEC LES JESUITES. CLXl

t ion, discourir sur rétablissement des moines : suivant lui, leur place naturelle était hors des villes, dans la solitude ; on devait principalement se garder de leur confier l'éducation des enfants. S'il était arrivé jadis que des ordres religieux fussent incorporés à l'Université, c'était à la condition qu'ils réserveraient leur enseignement pour ceux qui voulaient entrer dans leur profession ; mais les jésuites recrutaient partout leurs élèves : en attirant vers eux , en réunissant indistinctement dans leurs écoles la jeunesse des différentes classes, ils voulaient s'en rendre les maîtres pour l'avenir. Parla loinbaillemur de séparation que la prudence des ancêtres avait élevé entre les séculiers et les réguliers. Ne fallait-il pas, d'ailleurs, pour être admis à dispenser l'instruction, avoir obtenu certains grades? D'où venait donc cette prétention d'enseigner sans avoir passé par les épreuves imposées ' ? Grâce à ces garanties pleines de sagesse, qued'illustrations de tout genre l'Université n'avait-elle pas donnés au pays2 ! Elle méritait d'autant plus, par cette heureuse fécondité, d'être maintenue dans ses prérogatives , que son dévouement à toutes nos libertés répondait davantage de l'esprit des générations futures. Les jésuites, au contraire, dévoués au service d'intérêts étrangers, étaient les ennemis jurés de nos institutions, surtout de nos franchises gallicanes : aussi, ajouta-t-il avec énergie, comme un Pasquier avait le premier planté celte secte dans la cité de Taris, voulait-il que la postérité apprit qu'un autre Pasquier eu avait extirpé publiquement la racine3.

Il s'arrêta sur ce mouvement, dont il avait prévu l'effet : circonstance qui n'eut pas peu de part à son succès. Quelque temps avant celte mémorable affaire, un jour qu'elle était un sujet d'entretien pour plusieurs vétérans du barreau, l'un d'eux, non sans être entendu de Pasquier, s'était avisé de dire que la cause était de longue haleine, et qu'il mettrait trop d'ardeur à la plaider pour pouvoir aller jusqu'au bout. La leçon ne fut pas perdue. En se ménageant par celte suspension habile un court repos, il reprit des forces pour le resle de la carrière. L'intention n'échappa point au célèbre

1 Ici la polémique se rapprochait principes exstiterunt. » La citation

fort de nos discussions contemporaines: textuelle est celle-ci : « Cujns e ludo,

voy. l'édition des Recherches de 1621, tanquam ex equo trojano, meri priu-

à la p. 325. cipes exierunt. » Voy. De Oralore, II,

- Pasquier lui appliquait celle peu- 22.

séc de t;icéron, au sujet de l'cc île d'I- •'• /{rclieiclics , III, 44; cf. Lettres,

.sociale : « Dx uni versa ejus sch ila , XXI, 1. uiiquam est equo trojano, ianumeri

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