CLXII ' DÉMÊLÉS D'ETIENNE PASQUIEB
Claude Mangot : « Voilà, dit-il, le trait d'un grand avocat ; ainsi pourra-t-il retourner fort à son aise sur ses premières brisées* : » c'est ce qui arriva effectivement.
Revenu au ton naturel du début , Pasquier renouvela ses charges contre l'institut de Loyola, sans épargner le fondateur : celui-ci , mort à Rome depuis huit ans, n'avait pas encore été canonisé *. Si Paul III , si Jules III avaient confirmé la société par leurs bulles , c'était, disait-il, qu'ils s'étaient laissé séduire par « la renardise et finesse de ces saints frères. » Il les montre pénétrant à Paris : c'est d'abord une petite chambre d'un collège qu'ils occupent en silence; puis , s'enhardissant vite , à la faveur de nos troubles, ils annoncent « qu'ils serjont en possession de croître par les ruines d'autrui. » Bientôt on les voit non-seulement attirer des novices par des paroles amadouantes et les capter, mais encore « dérober les enfants à leurs pères et mères, afin d'en disposer comme il leur plaît3. » Pour dévoiler les mystères de leur ordre, il passe à l'examen de ces fameuses constitutions qui placent dans les mains du général un pouvoir si absolu ; il révèle au triple aspect, politique, civil et religieux, les dangers de cette organisation, dont avait été effrayée la Sorbonne, qui dès longtemps guidait par ses avis nonseulement les rois, mais les papes4. Fils de l'Église romaiuc , résolu à demeurer ferme dans sa foi jusqu'à son dernier soupir, Pasquier n'appréhende pas moins vivement ces nouveaux appuis de la religion et^ du saint-siège : les ignaciens sont à ses yeux, d'après une comparaison expressive qu'il affectionne5, « le lierre, qui, attaché à une vieille paroi, fait montre extérieure de la soutenir et la mine intérieurement. » Tel est le résultat qu'on
1 Lettres, XXI, 1 ; cf. XXII , letlre aîné, qui lui fut ravi par les jésuites.
dernière. Dans ses Recherches des Recherches, Ga-
- Il ne l'avait pas même été à l'é- rasse ne craint pas de soutenir qu'Ai-
poque où Pasquier fit son Catéchisme rault n'avait pas le droit de ramener
îles Jésuites ; il ne fut béatihé qu'en dans sa maison « le fils qui avait pris
160S, par I'aul V. ( Voy. à ce sujet le Dieu pour son père » : 11, 44; cf. IV,
Mercure français , 1611, t. Il, p. 144, 14. Loin d'excusercescandaleuxsucces,
au v°. ) Eu 1522 Grégoire XV le mit au il triomphe « de sa fuite généreuse » :
catalogue des saints. grande preuve du crédit déjà considé-
3 De là l'accusation de plagiaires rallie des jésuites. Cf. Ménage, VittB
[ voleurs d'enfants), qui leur est si sou- /'. .Lroclii et (,. Mruaijii, p. 35-41, 'Jlô
veut intentée dans le seizième siècle : et suiv. ; du Boulay, ouvr. cité, t. \1,
V. Catéchisme (1rs Jésuites, II, 8, et p. 966. Lettres àe Pasquier, XI, 9. On sait avec '< Recherches, 111, 44. quelle amertume le jurisconsulte Ai- 5 On la retrouve dans les Lettres,
rault a déploie, dans sou traité De la \ . y, etc. Puissance paternelle, la perte de son Sis