‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 97 sur 176 · AVEC LES JESUITES. CLXV · texte numérisé non relu

AVEC LES JESUITES. CLXV

•Jean1; la mullitude des maisons professes et des collèges qu'elle possédait dans ces pays était considérable. Le nom des jésuites, ajoutait-il, ce nom, dont on leur faisait un crime et qu'ils tenaient de leur fondateur 2, n'avait rien de plus superbe que celui des religieux de la Trinité, des filles Dieu et autres semblables. Quant à leur but, il était uniquement « d'exercer la charité ; » et c'était pour l'atteindre qu'ils usaient, en instruisant la jeunesse, d'un droit qui leur avait été accordé par le saint-siége. S'ils lui avaient dû encore d'autres privilèges, ils ne s'en étaient servis que pour l'honneur de Dieu. On s'assurerait que, sainement appréciées, ces concessions ne portaient aucun préjudice aux curés , aux évèques, aux universités. Les bulles qui les leur conféraient avaient d'ailleurs été approuvées en concile, agréées par le roi , le parlement et l'assemblée des évéques : tout récemment ils avaient reçu l'autorisation de faire des cours? De quoi les accusait-on dés lors , sinon de leur succès?

Un autre grief, que Versoris s'appliquait à repousser, concernait la manière évasive dont ils avaient répondu à l'Université lorsqu'elle les sommait de déclarer s'ils étaient réguliers ou séculiers : « Nous sommes , avaient-ils répliqué, tels que nous a nommés la cour du parlement3. » Dans ces paroles circonspectes plusieurs avaient vu des intentions de réticence qui les rendaient peu favorables aux jésuites. Mais, selon leur défenseur, en s'exprimant ainsi ils n'avaient fait que suivre l'exemple de saint Paul , qui disait par modestie : « Gratia Dei sum id quod sum. » Ils s'étaient uniquement proposé de donner un témoignage de leur déférence aux volontés du parlement.

Pouvait-on rien inférer de là qui affaiblit leurs justes prétentions au droit d'enseigner dans le sein de l'Université ? Hors d'état de les combattre solidement sur ce qui était l'objet réel delà question, Pasquier,au dire de son adversaire, s'en était bien vite détourné, pour entasser contre l'institution même des jésuites une foule d'imputations dénuées de,preuves. Après les avoir écartées plus que réfutées,

1 Eu Abyssinie. vu quel intérêt ils avaient à ne pas se

2 Suivant les biographes de Loyola, prononcer sur leur qualité, puisqu'en Maffée, 11, 5, et Uibadeneire , 11, 12, se déclarant réguliers ils fournissaient il en avait tait choix par une révéla- contre eux des armes redoutables à lion divine. Cf. Historia Societatis Jesu, ceux qui prétendaient les exclure de pars prima, auctore Orlaudiuo, p. 11. l'Université ; séculiers, ils se trouvaient

3 C'est là ce fameux Taies quittes, dépossédés du legs de Guillaume Duprat, passé en proverbe, nous dit l'asquier, qui avait voulu concourir à l'établis- <■< par lequel on désignait les jésuites : sèment d'un ordre religieux : voy. l'/ncons. à ce sujet du Boulay, HMoria Irodaction de M.Giraud, p. xxxvi. Cf. / nivePSitatis , t.Vl, p. 584. On a déjà Garasse , Itech. des litch., 1 , 18.

ci.xvi démêlés d'étienne pasquier

Versoris, revenant à la requête de ses clients, s'efforçait d'établir qu'elle était sans péril pour l'État aussi bien que pour l'Université, puisqu'ils s'engageaient à faire abandon de tous les privilèges qui paraîtraient susceptibles de leur causer quelque ombrage et à se soumettre en tout point aux lois et aux statuts qui les régissaient. Il terminait en déclarant qu'il fallait accueillir avec empressement et avec éloges ces maîtres, qui offraient en eux la réunion de deux genres de vies si heureusement complétées l'une par l'autre, l'active et la contemplative, et qui étaient à la fois pour la jeunesse, « ce que l'on ne voit pas souvent, des précepteurs de mœurs et de science '.» La mesure de ce langage était propre à amortir dans les esprits la rudesse des coups portés par l'impétueuse harangue de Pasquier. Ainsi Versoris, par sa circonspection et ses ménagements s'était montré le digne interprète des jésuites, qui assirent pour si longtemps sur l'adresse d'une politique humble et patiente l'un des plus grands pouvoirs que l'on vit jamais. Il avait d'ailleurs, pour le fond des choses, fait usage des mémoires fournis par le jésuite Caigord , « le plus brave des solliciteurs *« » Outre que la source de ces informations était suspecte, il n'avait pas abordé l'examen des maximes qui devaient, suivant Pasquier, présider à l'enseignement public, il n'avait nullement prouvé que la tendance des doctrines de la compagnie ne fût pas préjudiciable à l'État. L'avocat général du Mesnil a, qui prit ensuite la parole, se prononça en faveur de l'Université. Jamais ordre religieux n'avait été reçu, selon lui, dans le corps universitaire sur un pied d'égalité parfaite. Il opina même à ce que le droit d'enseigner fut retiré aux jésuites. Vainement s'appuyaient-ils sur la permission qu'ils avaient obtenue du colloque de Poissy : ils ne pouvaient plus en invoquer le bénéfice , puisqu'ils avaient repris le nom qu'il leur était interdit de s'attribuer et contrevenu par là aux conditions nécessaires de leur établissement. Si d'après ce principe, que l'introduction de nouveaux ordres était un fait grave pour la religion

1 Dans ce plaidoyer remarquable le Castor et de l'ollux. En outre, il bi-

sage orateur n'échappe pas toutefois garre beaucoup trop sou style de cita-

au pédantisme, cette plaie de l'élo- tions latines. qoence du temps: lorsque, par exem- -Lettre*, XXI, 1. pie, il compare la justice du parle-: 3 Voy.laviedeceIui-ci,quiaétéécrit<

ment, qui veille sur les fautes, à l'œil parLoisel p. 176etsunp.dêsOptwcutes),

de Polyphèrae, toujours attaché sur et sou éloge, par de Thou , 1. XL\1,

Galathée, ou qn'à propos des bulles t. V, p. G73. données aux jésuites il nous parle de

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