‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 98 sur 176 · AVEC LES JESUITES. CLXVII · texte numérisé non relu

AVEC LES JESUITES. CLXVII

et pour le pays, il y avait eu sagesse à refuser d'admettre la société, la raison voulait également que l'on refusât d'admettre le collège '. Il requérait donc que le collège de Clermoul fût désormais, comme tous les autres collèges, gouverné par un principal et des fonctionnaires de l'Université, et que l'on consacrât à l'entretien de douze pauvres écoliers ou boursiers les revenus provenant du legs de l'évéque Duprat 2.

Au fond , le parlement inclinait vers les sentiments de du Mesnil : toutefois il ne s'associa point à ces énergiques conclusions. Ce corps intègre s'interdit d'obéir à ses anciennes répulsions , à des alarmes encore trop peu justifiées ; il s'abstint de prononcer, et appointa la cause 3. C'était par le fait un arrêt beaucoup plus important que la signification précise du mot ne semblait le témoigner. Au propre , et dans son acception primitive, appointer c'était déclarer « que le différend des parties ne se pouvait juger sur-lecliamp et dans l'audience, parce que les allégations faites de part et d'autre étant contradictoires, il fallait fournir des preuves, ou que la matière avait besoin d'être soumise en conseil à un examen approfondi *. » Mais dans l'usage habituel l'appointement était la remise de la décision à une époque non déterminée, ou plutôt un ajournement indéfini. Les procès « dormaient dès lors plusieurs années 4 , » quelquefois toujours, si de nouvelles circonstances ne venaient à les réveiller. En réalité les jésuites triomphèrent : sans être incorporés à l'Université, ils purent continuer leurs lectures publiques ; situation qui ne devait pas se prolonger moins do trente ans.

Ce résultat mécontenta fort Pasquier : il s'en est plaint avec amertume. Dans ses Lettres il l'appelle un coup fourré 5. Ailleurs il s'en exprime encore plus explicitement : « Ce fut là , dit-il, un châtiment de Dieu : sa justice avait voulu conserver le jésuite comme un appentis futur des misères de notre France 6. »

1 Du Boulay, Ilistoria Universitatis, s Coup perfide : IV, 24; XXI, 2. On

p. 630 elsuiv. Cf. Félibien, Histoire de avait ainsi appelé paix fourrée la paix

Parts, t I, 2e partie, p. 1101 ; Crévier, frauduleuse conclue avec les llugur-

Bistoire de l'Université, t. M, p. 191. nots le 27 mars 1568. Le coadjuteur de

- L'arrêt est du 5 avril 1565; l'as- Ketz appliquait la même épithète à

quier écrit 1Ô64, d'après le vieux style, celles de la Fronde, où de part et d'an-

auquel il était demeuré fidèle. Ire on ne cherchait qu'à se tromper sous

3 Voy. la Bibliothèque du Trésor du le masque d'une réconciliation sincère. Droit français, par Bonchel, in-f, Paris, 6 Catéchisme des Jésuites, 1,0, p. 28: 1667, p. 222. Cf. Glossaire du Droitfran- appentis , deappendix, supplément, ou çais, par Ragueaa,in-4°, 1704, p." 60. plutôt complément.

4 Recherches, l\. 31,

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