A BERTIN
Tu connais la jeune Constance
Dont l'orgueil et l'indifférence Intimidaient l'Amour, les Grâces et les Jeilx :
Sa pudeur semblait trop farouche; Rarement le sourire embellissait sa bouche; Rarement la douceur se peignait dans ses yeux.
Les uns admiraient sa sagesse :
Tant de réserve à dix-neuf ans !
D'autres disaient : L'Amour est fait pour la jeunesse La Nature à Constance a refusé des sens. Mais l'autre jour cette Lucrèce a, 3
D'un mal nouveau pour elle éprouva les douleurs.
On dit que malgré isa faiblesse Elle sut retenir et seè cris et ses pleurs, Ce dangereux effort épuisa son courage ; De ses sens un moment elle perdit l'usage; Pais en ouvrant des yeux plus calmes et plus doux Elle trouva l'Amour couché sur ses genoux. Pénétrer ce mystère est chose difficile.
IjCs uns, sur la foi de Virgile,
Disent que ce petit Amour Au soufHe du Zéphyr doit peut-être le jour.
Mais^ d'autres avec éloquence !Nous vantent le pouvoir de cette fleur sans nom Qui servit autrefois à la chaste Juuon. Lorsqu'au dieu des combats elle donna naissance, Décide, si tu peux. Hier j'ai vu Constance;
Constance a perdu sa fierté.
Ia^ chagrin sur son front laisse un léger nuage ,
Et la pâleur de sou visage Donne un charme à ses traits, plus doux que la beauté.
Sa contenance est incertaine;
Ses yeux se lèvent rarement;
Elle rougit au mot d'amant, Soupire quelquefois, et ne parle qu'à peine.