‹ Œuvres choisies d'Évariste ParnyChapitre 133 sur 147 · AU COMTE DE SCHOWALOW · texte numérisé non relu

AU COMTE DE SCHOWALOW

Df. la science et des beaux-arts Juge délicat et sévère,

Quoi ! sur ma Muse un peu légère Vous tournez aussi vos regards?

Quoi! l'heureux disciple d'Horace, Que l'on vit avec tant de grâce Ecrire à l'aimable Ninon , Se plaît aux accords de ma lyre , Et prend même pour me le dire Le doux langage d'Apollon !

Ma Muse que devait surprendre Un encens trop peu mérité, D'un mouvement de vanité A peine encore à se défendre.

De cet éloge inattendu Je présume un peu trop peut-être; Mais on veut, quand on vous a lu.

Et vous entendre et vous connaître.

AU MEME

Je l'avais juré, mais en vain.

De chercher Théocrite aux champs de la Sicile, De mouiller de mes pleurs le tombeau de Virgile,

Et d'aller à Tibur, un Horace à la main ,

Boire à la source fortunée Qui coulait autrefois sous le nom d'AIbunée. J'ai relu cet écrit par la raison dicté, Où des nouveaux Romains vous peignez la folie,

Et du voyage d'Italie

Vos vers heureux m'ont dégoûté.

Que verrais-jc en effet sur ce Tibre vanté? Les temples du sénat transformés en conclaves. Des marbres dispersés l'antique majesté,

Monumens de la liberté

Au milieu d'un peuple d'esclaves.

De ce peuple avili détournons nos regards; Fuyons aussi Paris, tributaire de Rome; Allons, volons plutôt vers ces nouveaux rem))arls. Où déjà la raison rend tous ses droits à l'homme. Je les verrai ces lieux que font aimer vos vers. Oui, je veux avec vous traverser les déserts

De la froide Scandinavie.

Par le sauvage aspect de ces sombres beautés

Mes regards long-temps attristés Se fixeront enfin sur les champs de Russie. De Catherine alors vous direz les travaux. Les travaux créateurs, les bienfaits, le génie. Et vous la placerez au-dessus des héros.

A ces discours de politique

Mêlant de plus joyeux propos ,

Vous répandrez le sel attique.

Le sel de la raison, mortel pour les cagots. Voltaire vous légua ce secret que j'ignore. Nous rirons avec lui du pape et des enfers, Sur les Romains bénis vous redirez vos vers, Et je croirai l'entendre encore. /

Jeune la M... j'ai relu

Vos jolis vers datés de Nantes,

Et de ces rimes élégantes

Le tour aisé m'a beaucoup plu.

Mais vous montrez peu d'indulgence.

Avec malice profitant

De quelques mots sans conséquence.

Vous m'accusez d'être inconstant,

Et d'avoir prêché l'inconstance.

C'est beaucoup , c'est trop , entre nous.

De ma confession sincère

Devenez le dépositaire ,

Et je serai bientôt absous.

Mon cœur s'en ressouvient encore; À la sensible Eléonore

Je dois les plus beaux de mes jours.

Jours heureux ! maîtresse charmante!

O combien fut douce et brillante La jeunesse de nos amours !

Alors d'une flamme éternelle Je nourris le crédule espoir , Et j'avais peine à concevoir Qu'on pût jamais être infidèle.

« Heureux, disais-je, trop heureux Celui qui, dans les mêmes lieux, Toujours épris des mêmes charmes; Toujours sûr des mêmes plaisirs.

Ignore les jalouses larmes, Et l'inconstance des désirs!

Une conquête passagère Peut amuser la vanité; Mais le paradis sur la terre N'est que pour la fidélité. »

Je le croyais ; la raison même Semblait approuver mon erreur.

Hélas ! en perdant ce qu'on aime , On cesse de croire au bonheur.

« Projet d'une longue tendresse , Dis-je alors , projet insensé , Vous avez trompé ma jeunesse; Et le serment d'une maîtresse Sur le sable est toujours tracé.

Les femmes ont l'humeur légère ;

La nôtre doit s'y conformer.

Si c'est un bonheur de leur plaire,

C'est un malheur de les aimer, w

Avais-je tort? parlez sans feindre :

Amant fidèle, amant quitté,

N'avais-je pas bien acheté

IjC droit frivole de me plaindre?

Un homme sage, en pareil cas.

Se console et ne se plaint pas.

Je n'en fis rien : malgré l'absence ,

Mes pleurs ont coulé constamment.

Et d'un amour sans espérance

J'ai gardé six ans le tourment.

Je suis guéri ; de ma faiblesse

IjC temps n'a laissé dans mon cœur

Qu'un souvenir plein de douceur ,

Et mêlé d'un peu de tristesse.

Je n'ai ni chagrins, ni plaisirs;

Je répète avec complaisance:

« Les dégoûts suivent l'inconstance,

La constance fait des martyrs;

Heureux qui borne ses désirs

Au repos de l'indifférence! «

Mais quand je revois les attraits

De ce sexe aimable et volage,

Dans mon cœur je sens des regrets,

Et je dis : C'est pourtant dommage!

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