‹ Œuvres choisies d'Évariste ParnyChapitre 140 sur 147 · CHANSON III · texte numérisé non relu

CHANSON III

Quel imprudent ose appeler aux combats Ampanani? 11 prend sa zagaie armée d'un os pointu, et traverse à grands pas la plaine. Son fils marche à ses cotés; il s'élève comme un jeune palmier sur la montagne. Vents orageux , respectez le jeune palmier de la montagne.

Les ennemis sont nombreux. Ampanani n'en cherche qu'un seul, et le trouve. Brave ennemi, ta gloire est brillante : le premier coup de ta zagaie a versé le sang d' Ampanani. Mais ce sang n'a jamais coulé sans

* Pièce d'étoffe faite avec les feuilles d'un arbre.

124 GHANSOTS^S

vengeance; tu tombes, et ta chute est pour tes soldais le signal de 1 épouvante; ils regagnent en fuyant leurs cabanes; la mort les y poursuit encore : les torches enflammées ont déjà réduit eu cendre le village entier.

Le vainqueur s'en retourne paisiblement, et chasse devant lui les troupeaux mugissans, les prisonniers enchaînés et les fenniies éplorécs. Enfans innocens, vous soiunez, et vous avez un maître!

AMPANANI.

Mon fds a péri dans le combat. O mes amis ! pleurez le fils de votre chef; portez son corps dans l'enceinte habitée parles morts. Un mur élevé la protège; et sur ce mur sont rangées des têtes de bœuf aux cornes menaçantes. Respectez la demeure des morts; leur courroux est terrible , et leur vengeance est cruelle. Pleurez mon fils.

LES HOMMES

Le sang des ennemis ne rougira plus son bras.

MADECASSES. laS

LES FEMMES

Ses lèvres ne baiseront plus d'autres lèvres.

LES HOMMES

Les fruits ne mûrissent plus pour lui.

LES FEMMES

Ses mains ne presseront plus un sein élastique et brûlant.

LES HOMMES

Il ne chantera plus étendu sous un arbre à Tépais feuillage.

LES FEMMES

11 ne dira plus h l'oreille de sa maîtresse : Recommençons, ma bien-aimée!

AMPAWANl.

c'est assez pleurer mon fds; que la gaîté succède à la tristesse : demain peut-être nous irons où il est allé.

Méfiez-vous des blancs, habitans du rivage. Du temps de nos pères, des blancs descendirent dans

cette île; on leur dit: Voilà des terres; que vos femmes les cultivent. Soyez justes, soyez bons, et devenez nos frères.

Les blancs promirent, et cependant ils faisaient des retranchemens. Un fort menaçant s'éleva; le tonnerre fut renfermé dans des bouches d'airain ; leurs prêtres voulurent nous donner un Dieu que nous ne connaissons pas ; ils parlèrent enfin d'obéissance et d'esclavage : plutôt la mort! Le carnage fut long et terrible; mais, malgré la foudre (pi'ils vomissaient et qui écrasait des armées entières, ils furent tous exterminés. Méfiez-vous des blancs.

Nous avons vu de nouveaux tyrans, plus forts et plus nombreux, planter leur pavillon sur le rivage : le Ciel a combattu pour nous; il a fait tomber sur eux les pluies , les tempêtes et les vents empoisonnés. Ils ne sont plus, et nous vivons, et nous vivons libres. J\léfiez-vous des blancs, liabitans du rivage.

AMPANANI.

Jeune prisonnière , que! est toii nom ?

VAIIV \.

Je m'appelle Vaïiia.

MA.DECASSES.

AMPADfA.NI.

Vaïna, tu es belle comme le premier rayon du jour. Mais pourquoi tes longues paupières laissent- elles échapper des larmes ?

VAÏIYA.

O roi! j'avais un amant.

AMPAJVANI.

Où est-il ?

VAÏNA.

Peut-être a-t-il përi dans le combat , peut-t^tre a-t-il dû son salut à la fuite.

AMPANANI.

Laisse-le fuir ou mourir; je serai ton amant.

VAÏIVA..

O roi! prends pitié des pleurs qui mouillent tes pieds !

AMPANAWI.

Que veux-tu ?

VAÏNA.

Cet infortuné a baisé mes yeux, il a baisé ma bouche, il a dormi sur mon sein; il est dans mon cœur, rien ne peut l'en arracher

AMPAWANI.

Prends ce voile et couvre tes charmes; Achève'.

VAÏNA.

Permets que j'aille le chercher parmi les morts, ou parmi les fugitifs.

AMPANAINI.

Va, helle Yaina. Périsse le barbare qui se plaît à ravir des baisers mêlés à des larmes!

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