‹ Œuvres choisies d'Évariste ParnyChapitre 60 sur 147 · LIVRE IV. (H · texte numérisé non relu

LIVRE IV. (H

Et moi long-temps exilé de ces lieux ,

Pour adoucir cette absence cruelle,

Je me disais: Elle sera fidèle;

J'en crois son cœur et ses derniers adieux.

Dans cet espoir, j'arrivais sans alarmes.

Je tressaillis , en arrêtant mes yeux

Sur le séjour qui cachait tant de charmes ;

Et le plaisir faisait couler mes larmes.

Je payai cher ce plaisir imposteur !

Prêt à voler aux pieds de mon amante.

Dans un billet tracé par l'inconstante

Je lis son crime, et je lis mon malheur.

Un coup de foudre eût été moins terrible.

Eléonore! 6 Dieux! est-il possible!

Il est donc fait et prononcé par toi

L'affreux serment de n'être plus à moi?

Eléonore autrefois si timide,

Eléonore aujourd'hui si perfide.

De tant de soins voilà donc le retour !

Voilà le prix d'un éternel amour!

Car ne crois pas que jamais je t'oublie :

Il n'est plus temps, je le voudrais en vain;

Et malgré toi tu feras mon destin;

Je te devrai le malheur de ma vie.

En avouant ta noire trahison.

Tu veux encor m'arracher ton pardon

Pour l'obtenir, tu dis que mon absence A tes tyrans te livra sans défense.

Ah! si les miens abusant de leurs droits, Avaient voulu me contraindre au parjure, Et m'encliaîner sans consulter mon choix, L'Amour, plus saint, plus fort que la nature. Aurait bravé leur injuste pouvoir ; De la constance il m'eût fait un devoir. Mais ta prière est un ordre suprême :

Trompé par toi, rejeté de tes bras, Je te pardonne, et je ne me plains pas: Puisse ton cœur te pardonner de même!

ÉLÉGIE IlL

Bel arbre, pourquoi conserver

Ces deux noms qu'une main trojj chère

Sur ton écorce solitaire

Voulut elle-même graver ?

Ne parle plus d'Eléonore;

Jlejette ces chiffres menteurs :

Le temps a désuni les cœurs

( )ui' ton écorce unit encore.

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