CONTE EN VERS
DE CELINE.
« La. nuit s'écoule , et vainement
J'attends l'ingrat qui me délaisse.
Quelle froideur dans un amant !
Quel outrage pour ma tendresse!
Hélas! l'Hymen fit mon malheur;
Libre enfin, jeune encore et belle,
J'aimai , je connus le bonheur ;
Et voilà Dorval infidèle!
Chez un peuple sensible et bon ,
Si noble et si galant , dit-on ,
Combien les femmes sont à plaindre!
L'hymen, l'amour, l'opinion.
Les lois même, il leur faut tout craindre.
Trop heureux ce monde lointain,
Fidèle encore à la nature.
Où l'amour est sans imposture ,
Sans froideur , sans trouble et sans fin ! »
Pendant cette plainte chagrine , Du jour tombe le vêtement ,
i:îo le voyage
Et sur le duvet tristement
Se penche la jeune Céline.
L'n propice habitant du ciel,
Connu de la Grèce païenne ,
Une substance aérienne
Que là-haut on nomme Morphel ,
Descend, l'emporte, et la dépose
Dans ce désert si bien chanté ,
Sur ces joncs si fameux qu'arrose
Le Mlssissipi tajit yanté.
Des vrais amours c'est le théâtre.
Heureuse Céline! En marchant,
La ronce et le cailloux tranchant
Ensanglantent tes pieds d'albâtre;
Mais ils sont vierges ces cailloux,
Vierges ces ronces; quel délice'.! oi . iiiuii'.
Vierge encore est ce précipice :
Pourquoi fuir un danger si doux;'
Dans ce moment vers notre belle
Ua homme accourt, noir, sale, et nu,
Debout il reste devant elle^>afiil , m
Et regarde : cet inconnu
Est un sauvage véritable,
Etranger aux grands sentimens,
Bien indigène, et peu semblable fiioiiiii i iJO
Aux sauvages de nos romans.
« Je t'épouse, mais rien ne presse;
En attendant , prend sur ton dos