‹ Œuvres choisies d'Évariste ParnyChapitre 75 sur 147 · CONTE EN VERS · texte numérisé non relu

CONTE EN VERS

DE CELINE.

« La. nuit s'écoule , et vainement

J'attends l'ingrat qui me délaisse.

Quelle froideur dans un amant !

Quel outrage pour ma tendresse!

Hélas! l'Hymen fit mon malheur;

Libre enfin, jeune encore et belle,

J'aimai , je connus le bonheur ;

Et voilà Dorval infidèle!

Chez un peuple sensible et bon ,

Si noble et si galant , dit-on ,

Combien les femmes sont à plaindre!

L'hymen, l'amour, l'opinion.

Les lois même, il leur faut tout craindre.

Trop heureux ce monde lointain,

Fidèle encore à la nature.

Où l'amour est sans imposture ,

Sans froideur , sans trouble et sans fin ! »

Pendant cette plainte chagrine , Du jour tombe le vêtement ,

i:îo le voyage

Et sur le duvet tristement

Se penche la jeune Céline.

L'n propice habitant du ciel,

Connu de la Grèce païenne ,

Une substance aérienne

Que là-haut on nomme Morphel ,

Descend, l'emporte, et la dépose

Dans ce désert si bien chanté ,

Sur ces joncs si fameux qu'arrose

Le Mlssissipi tajit yanté.

Des vrais amours c'est le théâtre.

Heureuse Céline! En marchant,

La ronce et le cailloux tranchant

Ensanglantent tes pieds d'albâtre;

Mais ils sont vierges ces cailloux,

Vierges ces ronces; quel délice'.! oi . iiiuii'.

Vierge encore est ce précipice :

Pourquoi fuir un danger si doux;'

Dans ce moment vers notre belle

Ua homme accourt, noir, sale, et nu,

Debout il reste devant elle^>afiil , m

Et regarde : cet inconnu

Est un sauvage véritable,

Etranger aux grands sentimens,

Bien indigène, et peu semblable fiioiiiii i iJO

Aux sauvages de nos romans.

« Je t'épouse, mais rien ne presse;

En attendant , prend sur ton dos

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