LE SONGE
JjE sommeil a touché ses yeux ;
Sous des pavots délicieux
Ils se ferment , et son cœur veille.
A l'erreur ses sens sont livrés.
Sur son visage par degrés
La rose devient plus vermeille ;
Sa main semble éloigner quelqu'un ,
Sur le duvet elle s'agite;
Son sein impatient palpite.
Et repousse un voile importun.
Enfui, plus calme et plus paisible.
Elle retombe mollement;
Et de sa bouche lentement
S'échappe tui muimure insensible.
i68 TABLEAUX.
Ce murmure plein de douceur Ressemble au souffle de Zéphire, Quand il passe de fleur en fleur; C'est la volupté qui soupire.
Oui , ce sont les gémissemens D'une vierge de quatorze ans, Qui dans un songe involontaire Voit une bouche téméraire Effleurer ses appas naissans, Et qui dans ses bras caressans Presse un époux imaginaire.
Le sommeil doit être charmant, Justine, avec un tel mensonge; IMais pins heureux encore Tamanl Qui peut causer un pan^il songe!