‹ Œuvres choisies d'Évariste ParnyChapitre 84 sur 147 · LE RETOUR · texte numérisé non relu

LE RETOUR

Cependant Valsin infidèle Ne cessa point d'être constant; Justine, aussi douce (fue belle, ]\n(lonna l'erreur d'un instant.

li,lle est dans les bras ùu coupai)lc , [1 lui parle de ses l'cmords ;

Par un silence favorable

Elle répond à ses transports :

Elle sourit à sa tendresse,

Et permet tout à ses désirs :

Mais pour lui seul sont les plaisirs,

Elle conserve sa tristesse.

Son amour n'est plus une ivresse :

Elle abandonne ses attraits.

Mais cependant elle soupire;

Et ses yeux alors sendilent dire :

J^e charme est déiruit pour jamais.

JAMSEL.

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JAMSEL ,

ANECDOTE lîlSTORIOUE.

Jet ]\"E, sensible, et iié pour les vertus, Jamsel aimait comme l'on n'aime plus, Et d'Euplirosine il fixa la tendresse.

D'un prompt hymen ils nourrissaient l'espoir, Et chaque jour ils pouvaient se revoir. Seuls, une fois, dans un instant d'ivresse, Troublés tous deux, éperdus, entraînés, Par le bonheur ils se sont enchaînés.

Ton souvenir fera couler des larmes, Premier baiser, délice d'un moment.

Et dans leur cœur où pénètrent tes charmes Tu laisseras un long embrasement!

Souvent leur bouche implora l'hyménée ; Mais sans pitié l'on repoussa leurs vœux. Belle Euphrosine, une mère obstinée.

Pour enrichir un fils ambitieux.

T'avait d'avance au cloître condamnée.

IjCS lois voyaient, et n'osaient prévenir Ces attentats : il fallut obéir.

i8o JAMSEL.

De son amant à jamais séparée, Dans ces tombeaux creusés au nom du ciel Vivante encore elle fut enterrée , Tomba sans force aux marches de l'autel , Et prononça son malheur éternel.

A son ami plongé dans la tristesse

Le monde en vain offrait tous les secours;

Tous les plaisirs que cherche la jeunesse,

Les jeux, les arts, de nouvelles amours ,

Rien ne distrait sa morne inquiétude :

Pour lui le monde est une solitude.

Moins misérable on peint le voyageur

Sur des rochers poussé par le naufrage :

Privé des siens, seul dans ce lieu sauvage.

Il s'épouvante, et pâlit de frayeur;

Des pas de Thomme il cherche et craint la trace,

Et sur le roc il monte avec effort;

H ne voit rien, n'entend rien, tout est mort.

Silence affreux! d'effroi son cœur se glace;

Vers le rivage il revient promptement,

vSon aiil encor parcourt avidement

Des flots calmés la lointaine surface;

Mais le rivage et les flots sont déserts.

Et ses longs cris se perdent dans les airs.

Jamsel enfin en pleurant se rappelle Qu'un tendre père et qu'un ami fidèle.

JAMSEL.

Sacrifiés jusqu'alors à l'ainour,

Depuis long-teinps tlfiMaiidcnt son retour.

« J'irai, » dit-il, « peut-être que leur vue

Adoucira le poison qui me tue :

De ma faiblesse ils seront le soutien ,

Et dans leur cœur j'épancherai le mien;

Comme un torrent, au luçuJjre murmure.

Qui, tout-à coup enflé par faquilon,

Dans le bassin où dort une onde pure

Va de ses flots verser le noir limon. »

Jamsel retourne aux lieux qui l'ont vu naître.

Il croit en vain dans ce séjour champêtre

Calmer son âme et respirer la paix :

La solitude augmente ses regrets.

Ni le printemps, ni les parfums de Flore,

Ni la douceur du baiser paternel,

Ni l'amitié plus consolante encore,

Rien n'effaçait un souvenir cruel.

Un noir chagrin lentement le dévoie.

De temps en temps son orgueil abattu

Se relevait. Honteux de sa faiblesse,

Dans les écrits où parle la Sagesse

11 veut puiser la force et la vertu.

Hélas! son œil en parcourait les pages;

Mais son esprit, inattentif, errant^

Volait ailleurs, et de tendres images

Le replongeaient dans un trouble plus grand.

i8u JAMSEL.

Si quelquefois un ami lui rappc-île

Do ses aïeux le rang el la valeur,

Aux mots saerés de patrie et d'honneur

Il se reveille; une fierté nouvelle

Dans ses regards remplace la langueur,

Et peint so)i front d'une heureuse rougeur.

D'un joug honteux ce moment le délivre.

Il a vaincu sans doute, et va revivre

Pour Thonneur seul? iMon, ce noble trauspoit

De sa faiblesse est le dernier effort;

Et l'amitié , qui ne peut se résoudre

A délaisser l'insensé qui la fuit ,

Voit succéder le silence et la nuit

A cet éclair qui promettait la foudre.

Se trouve-t-il dans un cercle nombreux?

Seul il conserve im air morne et farouche;

Des mots san^ suite échappent de sa bouche.

Entrecoupés de soupirs douloureux.

Les entretiens l'obsèdent; rien ne frappe

Ses yeux distraits : sans voix, et sans couleur.

Long-temps il garde un silence rêveur;

Puis tout-à-coup il frissonne, il s'échappe.

Et va des bois chercher la profondeur.

infortuné! si l'amour t'abandonne.

D'autres plaisirs peuvent te consoler.

Vois-tu les Heurs dont l'arbre se couronne?

Sur ces prés verts vois-tu fonde couler?

Des vastes champs observe la culture,

JAMSEL. i8:^

Du jtMino pâtre écoute les ciiansous.

Suis la vendauge et les riches uioissuiis: lionime égaré, reviens à la nature.

Mais la nature est niuetle à ses yeux. Aux prés fleuris sa tristesse prétere Un sol aride, un rocher solltaiie.

Fa des cyprès le deuil silencieux.

L'ombre survient; la lune renaissante Lui prête en vain sa lueur bienfaisanle Pour retourner au toit accoutumé; Sur le rocher, pensif il se promène, Puis sur la pierre il s'étend avec peine, Pâle, sans force, et d'amour consumé.

Si (lu sommeil la douceur étrangère Vient uu moment assoupir ses douleurs.

Un songe affreux le saisit, et des pleurs. Des pleurs brûlans entrouvrent sa paupière. Le jour paraît, il déteste le jour; La nuit revient, il maudit soii retoiu'. «J'ai tout j)erda, tout, jusqu'à rcspérance, » Dit-il enfin; «,<: pleurer, voilà nion sort. Oh, malheureux! à ma longue souffrance Je ne vois plus de terme que la mort. Pounjuoi Tattendre? y courir est-ce uu crime.* Non, sur n;es joius, mon droit est légitime- Faible sophiste, insensé discoureur, J'eux-tu défendre au triste voyageur.

Qu'un eiel brûlant de^sèche tiaas la p.iauie ,

i84 JAMSEL.

De chercher l'ombre et la foret prochaine?

Qu'un soldat reste au poste désigné;

Sa main tranquille a signé l'esclavage,

Et de ses droits il a vendu l'usage :

Moi, je suis libre, et je n'ai rien signé.

Mourons. » Il dit, et sa main intrépide.

Sans hésiter, prend le tube homicide;

Le plomb s'échappe, et finit ses tourinens.

Son ami vient : o douloureux momens!

Mais de son cœur étouffant le murmure.

D'un blanc mouchoir il couvre la blessure.

Soin superflu! Jamsel en soupirant,

Sur cet ami soulève un œil mourant

Qui se referme, et d'une voix éteinte :

« Je meurs,» dit-il, «sans remords et sans crainte.

Assez long-temps j'ai supporté le jour :

Pardonne-moi; je ne pouvais plus vivre.

Donne à l'objet de mon funeste amour

Ce voile teint d'un sang » H veut poursuivre;

Sa bouche à peine exhale un son confus :

« Chère Euphrosine! » il soupire, et n'est plus.

Loin de ces lieux , sa malheureuse amie.

Que fatiguait le fardeavi de la vie ,

Au ciel en vaiïi se plaignait de son sort ,

Et demandait le repos ou la mort.

De ses chagrins son air trahit la cause.

JAMSEL. i85

Ce n'était plus la beauté dans sa fleur.

Les longs ennuis, l'amour, et la langueur.

Sur son visage avaient pâli la rose :

En la peignant , on eût peint la douleur.

De sa tristesse on ose faire un crime.

Loin de la plaindre, on hâte le moment

Où du malheur cette faible victime

Dans le trépas rejoindra son amant.

Entre ses mains un messager fidèle

Vient déposer le voile ensanglanté.

Elle frissonne, et recule, et chancelle.

« 11 ne vit plus , mon arrêt est porté, »

Dit-elle ensuite; et sa plainte touchante,

Et ses re.çrards se tournent vers le ciel;

Et tout-à-coup sa bouche impatiente

De cent baisers couvre ce don cruel.

Tous ses mallieurs vivement se retracent

A son esprit; des pleurs chargent ses yeux;

Mais elle craint que ses larmes n'effacent

D'un sang chéri le reste précieux.

«Sans moi, Jamsel , pourquoi quitter la vie?»

Dit-elle enfin d'une voix affaiblie.

« Mais attends-moi, je ne tarderai pas :

On aime encore au-delà du trépas. »

Ce dernier coup, et de si longues peines. Ont épuisé ses forces; j)ar degrés

JAMSEL.

\a'. froid mortel se glisse dans ses veines; La clarté luit de*ses yeux égarés.

« Dieu d(^ bonté, fais grâce à ma faiblesse ! » Après ces inots, sur sa bouche elle presse Le lin sanglant, nomme encore Janisel, Loinbe, et s'endort du sommeil éternel.

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