N° XV
Non ego ptrfidum. Dixi sacramentum.
(Hor., Od.,\l, 17.)
Nous avons dit que la faction d'Orléans, ne comptant plus sur TAssemblée nationale , s'était rejetée dans Paris. Ses émissaires, répandus par-
tout, sollicitaient une révolte, une sédition, ou du moins une émeute, un mouvement quelconque parmi le peuple : car cette faction périssait dans le repos, et l'accord entre le roi et l'Assemblée allait bientôt la faire expirer; mais au moindre mouvement la cour pouvait s'effrayer et craindre l'enlèvement du roi, faire venir des secours ou aller en chercher, commettre enfin quelque faute utile à la maison d'Orléans. Une famine concertée à Paris fut le moyen qu'employa la faction, et un repas donné à Versailles en fut le prétexte.
On a beaucoup parlé des disettes de Paris pendant 1789; la vérité est que sous le règne de Louis XVI, c'est-à-dire jusqu'à la mort du dernier prévôt des marchands, Paris a été amplement approvisionné; on pourrait même reprocher à l'ancien gouvernement ses prédilections et ses profusions pour la capitale, qui a toujours mangé le pain meilleur marché que les provinces, et toujours aux dépens du trésor royal. Les cris des Parisiens n'ont jamais été méprisés. Le gouvernement n'était aguerri que contre la misère des campagnes : car les bouches les plus affamées ne sont pas les plus redoutables. Enfin, depuis que Paris, métamorphosé en république, s'est gouverné lui-même, il n'est point d'injustice, il n'est point de violences, et je peux dire d'injustices et de violences heureuses, que le patriotisme de ses
officiers n'ait tentées pour approvisionner la ville. A cette époque, l'émigration de ceux que la populace appelle aristocrates avait été si considérable que la consommation de Paris tomba tout à coup à onze ou douze cents sacs par jour. Aussi a-t-il été démontré et reconnu depuis que la halle avait constamment regorgé de farine. Cette abondance pouvait être fatale à la faction d'Orléans ; mais l'or, qui fait ordinairement sortir le blé, servit à le faire disparaître. Quoique l'approvisionnement de Paris ne fût que d'environ douze cents sacs, les boulangers s'en firent distribuer dix-huit cents et jusqu'à deux mille cinq cents par jour '. Avec cet excédent, leurs maisons ne laissaient pas d'être assiégées du matin au soir par le petit peuple, qui criait famine. En même temps il n'était pas rare de rencontrer des gens du peuple, devenus tout à coup oisifs, qui disaient : Qu'avons-nous besoin de travailler? Notre père d'Orléans nous nourrit. Ainsi l'or de ce prince produisait à son gré deux phénomènes bien différents, la disette et l'abondance; et ce double moyen n'était rien au prix des violences exercées à la halle par quelques furieux qui éventraient les sacs et dispersaient les farines dans les rues. Enfin, comme si ces manœuvres étaient encore trop lentes, on accusa le blé d'un vice qu'il n'avait