AVIS DE L EDITEUR XIII
année avec le titre de seconde édition; et l'année suivante avec le titre de troisième édition. On publia les années suivantes un grand nombre d'éditions complétées et enrichies de notes, de dissertations, etc.
En 1734, Voltaire écrivit des Remarques sur les Pensées. Bien souvent ces Remarques ne portent pas ou portent à faux; en 1776, Gondorcet, dans son édition des Pensées, reproduit les critiques de Voltaire. Il supprima les passages empreints d'un sentiment de piété ou d'élévation mystique, qu'avait cessé de comprendre une société habituée à réduire tout l'homme aux deux phénomènes de la raison et de la sensation.
Deux ans plus tard, en 1778, Voltaire publia de nouveau l'édition de Gondorcet. « Les notes ajoutées à cette nouvelle édition, dit M. Faugère, ne sont pour la plupart qu'une œuvre de raillerie et d'injustice. »
L'année suivante, l'abbé Bossut publia pour la première fois les œuvres complètes de Pascal. Les Pensées forment le second volume : « On trouvera dans ce volume, dit l'Avertissement, un grand nombre de Pensées et plusieurs autres morceaux très considérables qui n'avaient jamais été imprimés. » L'édition de Bossut devint comme le texte authentique des Pensées, et, jusqu'en 1844, elle a été reproduite sous tous les formats sans aucune amélioration digne d'être remarquée.
Lefèvre, dans son édition des Œuvres complètes de Pascal, publiée en 1819, en 5 volumes in-8, ajoute quelques paragraphes aux éditions précédentes, elle a été souvent reproduite avant l'édition critique de M. Faugère.
En 1842, V. Cousin prouva que l'édition princeps des Pensées était encore à faire. Il montra par des citations du manuscrit, nombreuses, choisies, étendues, combien le texte que tout le monde avait soua
XIV AVIS DE L ÉDITEl H
Les yeux différait matériellement du véritable. If. P.
1 '.ingère a enfin publié l'édition dont V. Cousin avait signalé la nécessité et donné un spécimen dans son livre des Pensées de Pascal. M. Faugère dépouilla entièrement le manuscrit autographe des Pensées; il recueillit les Opuscules dans les excellents manuscrits du P. Guerrier; il s'est assuré l'honneur d'avoir publié le premier un texte complet et authentique. Son édition a pour titre Pensées, fragments et lettres de Biaise Pascal, publiés pour la première fois conformément aux manuscrits originaux, etc. (Paris, Andrieux,2 vol. in-8, 1844.)
M. E. Havet, qui s'est fait connaître par son livre Jésus dans l'histoire... (1863), dans lequel il nie audacieusement l'authenticité des Évangiles, la possibilité des miracles, la divinité de Jésus-Christ, a donné une nouvelle édition des Pensées de Pascal en reproduisant celle de M. Faugère pour le texte, et en y ajoutant de très nombreuses notes; plusieurs renferment des renseignements précieux, mais la plupart sont empreintes de l'esprit d'incrédulité et de scepticisme qui font un malheureux contraste avec la foi ardente de Pascal. Publié en 1882, ce travail a eu plusieurs éditions retouchées et complétées (1866, 1881).
« L'œuvre propre de M. Havet n'est ni dans la restauration du texte de Pascal, ni dans l'arrangement nouveau de ses fragments et opuscules, mais dans les notes et l'étude sur les Pensées. Ces notes sont bien nombreuses, trop nombreuses certainement. M. Havet a dit : « Je ne comprends pas que, dans les éditions de Corneille, on condamne le vieux poète à traîner à son pied, pour ainsi dire, le commentaire de Voltaire tout entier (p. LX, note b) » . Tel est, à notre avis, le supplice qu'il a infligé lui-même