II
de lauriers, entre un conquérant et un faiseur fie statues. Les jardiniers et les bouquetiers , les sculpteurs et les doreurs fournissent l'étoffe et les ornemens du triomphe, travaillent à la décoration des théâtres et au reste de la cérémonie qui doit honorer les actions militaires. Mais ceux qui ont fait ces actions, et qui doivent triompher, ne se mêlent point de ce travail.
Sainte Paule, cette brave veuve, cette héroïne de saint Jérôme.
C'est l'opinion d'un de nos amis, que l'épithète de brave ne se peut donner à une femme qui ne va point à la guerre et, par conséquent, qu'il n'appartient de droit qu'à 1 enthésilée , reine des Amazones , qu'à Tomyris , reine des^cvthes , qu'à Zénobie, reine des Palmyréniens, etc. Au deçà de la rivière de Loire , on dit un brave avocat et un brave prédicateur. Et peut-être qu'en quelque lieu plus éloit;néde Paris, et plus voisin des monts Pyrénées, on dit un vaillant avocat et unvaililaut prédicateur. Nous avons vu à la cour un auteur (je ce pays-là, qui se vantoit de tailler sa plume avec son épée : n'étoit-ce pas un vaillant auteur? Un prélat du même pays, député de l'assemblée des Etats-généraux tenue à Paris, répondit à un autre d< puté, qui lui contestoit quelque chose dans l'assemblée ; hors d'ici, vous fi'o-
( '19 J seriez me le soutenir l'épée à la main. Ce prélat n'étoit-il pas un vaillant prélat ?
Puisqu'il se sert de reliques où. il devroit se servir de restes,]^ m'imagine qu'en quelque autre lieu, il prend les restes pour les reliques. Comme il dit ici les reliques de la guerre , recueillir les reliques de son naufrage , sauver les reliques de sa fortune , il y a de l'apparence qu'il dit ailleurs, les restes de saint Pierre et de saint Paul, honorer les restes des martyrs, aller à l'adoration des restes, le jour du jeudi absolu. Il y a certains mots consacrés à la religion et aux choses saintes : il ne faut pas les profaner en les employant à un autre usage , et il me semble que le mot de reliques est un de ceux-là.
Saint Paul avoitfort bonne grâce quand il disait. )
Ou je me trompe, ou la bonne grâce n'est pas plus ici en sa place que la beauté. J'aimerois autant qu'il dît, saint Paul étoit bien joli de dire, ou , saint Paul ne fut jamais plus agréable que quand il disoit.
Mais la nuit est déjà bien avancée, et dix heures viennent de sonner. Laissons un examen si peu important, pour songer à celui de notre con-
science. Pour vaquer à la chose , qui est seule nécessaire , quittons les autres choses qui sont toutes inutiles. Ce que nous allons faire dans la chapelle, vaut bien mieux que ce que nous venons de faire dans le cabinet.
Vous vous souvenez du vieux pédagogue de la cour, et qu'on appeloit autrefois le tyran des mots et des syllabes; et qui s'appeloit lui-même, lorsqu'il étoit en belle humeur, le grammairien à lunettes et en cheveux gris. N'ayons point dessein d'imiter ce que l'on conte de ridicule de ce vieux docteur. Notre ambition se doit proposer de meilleurs exemples. J'ai pitié d'un homme qui fait de si grandes différences entre pas et point; qui traite l'affaire des gérondifs et des participes, comme si c'étoit celle de deux peuples voisins l'un de l'autre, et jaloux de leurs frontières. Ce docteur, en langue vulgaire, avoit accoutumé de dire, que depuis tant d'années, il travailloit à dégasconner la cour, et qu'il n'en pouvoit venir à bout. La mort l'attrapa sur l'arrondissement d'une période, et l'an climatérique l'avoit surpris, délibérant si erreur et doute étoient masculins ou féminins. Avec quelle attention vouloit-il qu'on l'écoutât, quand il dogmatisoit de l'usage et de la vertu des particules ?
Croyons-en les anciens pères , et si vous le voulez, croyons-en même les pères modernes.
Suivons le conseil que le père Léonard Lessius donnoit à son ami Juste Lipse. C'est assez faire V enfant , et s'amuser a ce jeu de mots et de sjllabes ; il faut cueillir plus sérieusement, et dans de plus graves et de plus importantes pensée s. La propriété, la régularité, la beauté même du langage ne doit pas être la fin de l'homme. Il ne faut pas songer aux roses et aux violettes, quand la saison de la récolte est venue.