‹ Œuvres choisies de BalzacChapitre 30 sur 48 · II. ao · texte numérisé non relu

II. ao

mière place en son royaume après lui , s'imaginant qu'il n'auroit garde de délibérer sur un parti si avantageux, et qu'il ne feroit point de difficulté de changer de la pauvreté pour des richesses , le pauvre citoyen répondit au riche prince ces paroles, que j'ai tirées d'une histoire grecque écrite à la main.

« Je vous aime trop , Pyrrhus , pour accepter » la condition que vous me faites. Si j'étois au- » jourd'hui votre favori, qui vous a assuré que je » ne fusse pas demain votre maître? Vous valez » beaucoHp, à la vérité , mais vous coûtez encore » plus; et croyez-vous que si vos sujets m'a voient «connu, ils n'aimassent pas mieux recevoir de » moi des exemptions et la sûreté de tout ce » qu'ils ont , que de vous payer des tributs et » de n'avoir rien qui soit à eux? Ne me faites «donc plus des offres qui vous ruineroient si je » vous prenois au mot , et ne me promettez pas » ce que vous ne me pouvez tenir que par la perte » de votre couronne.»

Un républicain farouche et né avec la haine de la monarchie, eût répondu tout crûment qu'il n'avoit que faire du Roi, ni de la lieutenance-généralede son royaume; mais Fabrice, quin'étoit farouche que dans le combat, et ne sravoit offenser que des rois armés , ne voidant pas accepter ce qui lui avoit été offert , le voulut re-

( 5o7 ) fuser de bonne grâce. Il voulut, par ce refus galant et ingénieux, se faire désirer encore une fois à Pyrrhus, et lui montrer qu'il n'eût pas eu seulement en lui un homme de très-grand service, mais aussi un homme de très-bonne compagnie.

Ce sont-là. Madame, les premiers traits de la politesse, et comme le dessein de l'urbanité, dans une république de fer et de bronze , parmi de simples et d'innocens citoyens, mais simples et innocens de telle façon , qu'on peut dire que leur simplicité a été fine et leur innocence spirituelle. Les consuls et les dictateurs rioient de cette façon ; ils parloient ainsi , quand ils ne parloient pas sérieusement ; et la sériosité des Grecs a-t-elle rien qui vaille cette raillerie hère et iinpérieuse de vos Romains?

Les censeurs mêmes, Madame, quoiqu'il semble que la tristesse fût une des fonctions de leur charge, ne renonçoient pas absolument à toute sorte de raillerie.Ii s ne s'opiniàtroien t pas dans une éternelle sévérité ; et ce fâcheux et insupportable homme de bien, le premier Caton, dis-je, a cessé quelquefois d'être fâcheux et insupportable. Il a eu des rayons de joie et des intervalles de belle humeur; il lui est échappé des mots qui ne sont pas mal plaisans; et, s'il vous plaît, Madame, vous jugerez des autres par celui-ci.

Il avoit épousé une femme fort bien faite; etl'his-

toire remarque que cette femme craignoit extrêmement le tonnerre, comme elle aimoit extrêmement son mari. Ces deux passions lui conseillant une même chose, elle choisissoit toujours son mari pour son asyle contre le tonnerre , et se jet oit entre ses bras au premier murmure du Ciel qu'elle s'imarinoit d'avoir ouï. Caton, à qui l'orage plaisoit, et qui n'étoit pas fâché d'être caressé plus qu'à l'ordinale, ne put retenir sa joie dans son cœur ; il révéla ce secret domestique à ses amis , et leur dit un jour, parlant de sa femme : « Qu'elle avoil trouvé le moyen de lui » faire désirer le mauvais temps, et qu'il n'étoit wjamais si heureux que quand Jupiter étoit en « colère ».

C'est la sévérité elle-même qui s'est égayée de cette sorte ; c'est l'extrême rigueur, c'est la souveraine justice, qui a voulu rire. Et de fait. Ma-. dame, bien que lui et les autres fussent des juges incorruptibles, ce n'est pas à dire pour cela que leur bonne justice procédât de leur mauvaise humeur. Ils sçavoient changer de vertu , selon la diversité des temps et des lieux; ils recevoient le soir, dans le cabinet, les grâces qu'ils avoient rejetées le malin sur le tribunal. Mais les grâces étant chez eux, elle n'y étoient pas affectées ni licencieuses; elles y étoient sages et modestes; elles ne fardoient pas la majesté , elles l'ajus-

( 3o9 ) toient le moins du monde, et l'empêchoient seulement de faire peur.

Ces grâces, Madame, et cette majesté se séparèrent à la fin. Et les grâces parurent encore sous les empereurs ; mais elles parurent toutes seules; car la majesté, j'entends la majesté des paroles, se perdit avec la liberté. Le style de Fa- Lrice ne dura que jusqu'à Brutus et Cassius , et il est certes bien reconnoissable, soit dans quelques-unes de leurs lettres, qui se voient encore, soit dans le propos qji'ils eurent ensemble la veille de la bataille de Pliilippes.

Il n'y a point d'homme si étranger dans l'antiquité , qui ne connoisse le mauvais ange de Brutus, et qui ne sçaclie leur dialogue. Le lendemain de celte funeste conférence, Brutus la conta à Cassius, avec plus de trouble et d'émotion qu'il n'en avoit eu quand le démon s'étoit apparu à lui. Mais voici. Madame, de quel biais Cassius tourna une matière si peu agréable, et comme il la mit à profit pour l'usage de la conversation.

Sans faire l'admirateur étonné, ni l'incrédule opiniâtre, il dit en riant à son ami: «Que les , » soins de l'âme , la contention de l'esprit , la lassi- »tude du corps et les ténèbres de la nuit, pou- » voient bien être cause de sa vision et lui avoir 4) formé cette image étrange. Que pour lui, par

( 3io) » les principes de la philosophie dont il faisoit >> profession , il ne croyoit point qu'il y eût de » démons, et beaucoup moins qu'ils fussent vi- » sibles; qu'il voudroit néanmoins qu'il y en eut, » et que sa philosophie fût fausse, parce qu'appa- )) remment ces esprits, sans corps, devant élre 5) justes et vertueux, l'action des Ides de mars » étoit si belle, et leur cause si honnête , que sans » doute ils voudroient y prendre part : qu'ainsi » ce seroient des amis et des alUés de la répu- » blique, auxquels ils n'avoient point songé, qui » viendroient à son secours, et des troupes de » réserve qui combattroient pour eux au besoin, » Que cela étant, ils ne dévoient pas compter seu- » lement dans leur parii tant de compagnies de » gens de pied, tant de cornettes de cavalerie, » tant de légions et tant de vaisseaux; mais qu'il » y avoit encore un peuple immortel et des sol- » dats bienheureux, à qui il ne faudroit point » donner de solde , qui se déclareroient pour la » bonne cause, et qui n'auroient garde de servir » Antoine contre Brutus, ni de préférer la tyran- » nie à la liberté. »

Ces paroles, Madame, sont les dernières paroles de la république, qu'elle prononça avant que de rendre l'âme, et après lesquelles elle expira. C'étoit le caractère de l'esprit do Rome; c'étoit la langue naturelle de la majesté. Et ne trouvez-

(3ii )

VOUS pas que Cassius étoit bien éloquent en cette langue? Ne seriez-vous pas bien aise de connoître plus particulièrement cet excellent homme , et de le voir en d'autres conversations que celle-ci, et de l'ouïr parler sur des sujets moins désagréables , el un autre jour que la veille de la bataille de Philippes?

Le mal est que la vive voix meurt en naissant, et ne laisse rien qui reste après elle, ne formant point de corps qui subsiste en l'air. Les paroles ont des ailes; vous sçavez l'épithète qu'Homère leur donne, et un poète syrien en a fait une espèce parmi les oiseaux. De sorte, Madame, que si on n'arrête ces fugitives par l'écriture, elles échappent fort facilement à la mémoire.

Tout ce qui s'écrit même n'est pas assuré de demeurer, et les livres périssent , comme la tradition s'oublie. Le temps, qui vient à bout du fer et des marbres, ne manque pas de force contre des matières plus fragiles ; et les peuples du - Septentrion, qLii sembloient être venus pour hâter le temps , et pour précipiter la fin du monde , déclarèrent une guerre si particulière aux choses écrites , qu'il n'a pas tenu à eux que l'alphabet même ne soit aboli.

11 y a d'ailleurs. Madame, un destin des lettres, qui perd et sauve sans choix les monumens de l'intelligence humaine; qui pardonne à de

mauvais vers et à des fables inal inventées , pour supprimer les oracles et priver le monde de la lumière des histoires nécessaires. Les anciens ont reconnu un démon qui préside à la naissance des livres, et dispose si souverainement de leur fortune et de leur succès, qu'ils réussissent bien ou mal, et vivent beaucoup ou peu, selon qu'il leur est favorable ou ennemi.

Or, il est certain que, si ce démon a été malfaisant au public, et envieux des curiosités honnêtes, et contraire à la réputation des grands personnages, c'a été principalement en cette partie de leur mémoire, qui eût été le portrait de leur humeur, qui nous eût appris les goûts et les délicatesses de leur esprit , qui eût découvert à la postéi ité la vérilé de leurs mœurs et le secret de leur vie privée- Quel malheur, Madame, de ne pouvoir les aborder par cet endroit accessible et proportionné à la débilité de nos forces, d'avoir perdu cet objet aisé, et qui seroit bien plus de notre portée qu'une plus haute élévation de leur gloire; de sçavoir la plupart de leurs batailles et l'ordre de leur milice, et dignorer leurs conférences tranquilles et la méthode qu'ils avoient de traiter enseuible, d'être de leurs fêtes solennelles et de leurs grandes cérémonies, et de n'avoir point de part

( 3i3 ) en leur familiarité , ni aux affaires de leur maison!

A la vérité, Madame , ce ne seroit pas un petit malheur, s'il nous étoit entièrement arrivé. Mais il me semble que nous ne pouvons pas nier avec raison que quelques-uns d'entre eux n'aient eu soin de nous, ni nous plaindre justement d'avoir été frustrés de tout ce qui nous appartenoit de leur succession. Deux ou trois, par le moyen de la comédie, nous ont laissé des crayons de vingtquatre heures, je veux dire la représentation de quelque journée passée agréablement, et d'autres se sont montrés à nous dans leurs dialogues et dans leurs lettres.

Ce sont, Madame, leurs entretiens immortels que ces dialogues et que ces lettres ; ce sont des conversations qui durent encore, où nous avons liberté d'entrer à toute heure, où se conserve l'idée de la vertu dont parle Aristote, au quatrième livre de ses Ethiques , où se trouve la manière de cette raillerie noble et patricienne, comme ils la nommoient, qui compatissoit si bien avec la gravité romaine.

Ces copies sont plus correctes et plus nettes que n'étoient peut-être leurs premiers originaux; et si elles n'ont pas l'avantage de la vive voix et de la présence, qui persuadent les sens et don-

(3,4) nent de l'éclat aux choses viles , elles ont celui de l'attention et de la seconde vue, qui polissent le rude et démêlent le confus; qui ajoutent ce qui manque ordinairement aux actions soudaines et fortuites.

Voilà bien, Madame, de quoi satisfaire une âme qui n'a que de languissantes passions, et dequoi contenter une faim à qui peu de nourriture suffit. Mais étant désireux de beaucoup, et avides de nouvelles connoissances, et amateurs de changement, il faut avouer qu'il n'y en a que pour nous mettre en appétit. Nous ne sommes pas des enfans tout-à-fait déshérités; mais nous ne sommes pas des héritiers extrêmement riches; et les biens qui nous restent n'ont garde d'être si grands (jue les pertes que nous avons faites.

Ce n'est pas mon dessein de pleurer ici les calamités de la république des lettres : je ne dirai rien de la mauvaise fortune de l'histoire, de ses brèches et de ses ruines. A peine le nom de Lucceius est venujusquesànous, de ceLucceius, Madame , dans les histoires duquel Cicéron a brigué et demandé une place. Notre Salluste n'est qu'une petite partie du Salluste de vos pères. Où est la seconde décade de Tite-Live ? où sont ses guerres civiles ? où sont celles d'Asinius Pollio et de Cremutius Cordus, qui étoieiit des chefs-d'œuvre de la liberté et de l'éloquence ro-

( 3.5 ) malne? Tout cela n'est plus, Madame; et si nous voulons apprendre des nouvelles d'une saison qui a tant de rapport et de conformité avec les temps que nous avons a'us, il faut que nous nous en enquérions à quelque étranger de Grèce, qui nou dit d'ordinaire ce qu'il ne srait pas. Je vois bien néanmoins qu'en l'humeur où nous nous trouvons aujourd'hui, et dans le dégoût d'un siècle malade, qui préfère les sauces aux j viandes, et sa fantaisie à sa santé, ce n'est pas le grave et le sérieux des Romains que nous regrettons davantage, et qu'il nous fâche le plus d'avoir perdu. Nous nous passerions aisément des annales de leurs guerres et de leurs campagnes, s'il y avoit un journal de leurs divertissemens et de leurs quartiers d'hiver ; et nous nous consolerions sans beaucoup de peine du naufrage des histoires nécessaires, si les belles fables s'étoient pu sauver.

Ce seroit , certes , une excellente consolation à des esprits affligés de la perte des décades de Tite-Live, que le recouvrement des comédies de Plante et de Térence, que nous n'avons plus, sans parler des autres poètes de théâtre, du débris desquels il ne nous reste que quelques vers boiteux et quelques sentences estropiées.

Les satires de Varron, quiétoit un autre peintre de la vie et de l'esprit, nous donneroient aussi,

Madame, des connoissances bien agréables; car quoique la plus sérieuse philosophie fût dans ces satires , elle y étoil comme sur des fleurs, et comme en un lieu de débauche, toute peinte et toute parfumée de la galanterie de ce temps-là.

Nous verrions là-dedans Its pères conscripts, désembarrassés de leurs cliens, dévêtus de leurs longues robes, en la pureté de leur naturel , tels qu'ils étoient dans les plaisirs de la bonne chère et dans la liberté d'après souper, tels que vous me les avez demandés à voir quand vous avez cru que je pouvois ajouter quelque chose aux livres. Nous aurions les lions tout entiers , dont nous n'avons que les ongles , et si le destin des livres avoit voulu , les conversations de Brutus et de Cassius , les entretiens de Volumnius et de Papyrius Pœtrus , auroient été d'aussi longue vie que les controverses des rhétoriciens de Sénèque et les déclamations de Quintilien. Nous jugerions, Madame, de l'urbanité par elle-même, et sur des figures entières et achevées, au lieu que nous n'en pouvons juger que par nos soupçons , et sur des traces obscures et imparfaites.

S'il avoit plu au même destin , le premier César seroit encore un des auteurs que je vo?is allés:uerois sur cette matière. H avoit recueilli avec soin ce qui s'étoit dit et ce qui se disoit tous les jours de plus remarquable. 1 ) ron avoit

( 3'7 ) fait aussi un recueil des bons mots de Cicéron ; et un ancien gramm ;irien parle de deux livres de Tacite qui avoient pour titre les Facéties.

Mais particulièrement , Madame , la Cour du second César, de laquelle il a été parlé au commencement de ce discours , cette Cour galante et spirituelle qui se moquoit des bons mots de Plaute et de la raillerie de l'antiquité, me fourniroit de quoi vous entretenir des jours entiers d'une vertu qui lui appartenoit en propriété, et qui avoit reçu d'elle sa dernière forme; car il faut avouer, avec la permission de la république, que le siècle d'Auguste a jugé des choses bien subtilement, a achevé de purifier la raison, a donné à l'esprit des lumières qu'il n'avoit pas , a été le siècle d'or des arts et des disciplines, et généralement de toutes les belles connoissances. Tout s'est poli et s'est raffiné sous ce règne; tout étoit savant et ingénieux en cette Cour, depuis Auguste jusqu'à ses valets.

On a écrit qu'il sortoit du feu et des éclairs de ses yeux : à quoi je voudrois ajouter. Madame , qu'il en sortoit aussi de sa bou clie , mais beaucoup plus vifs et plus brillans que ceux qui éblouissoient les courtisans de ce temps-là, et qui obligèrent un d'eux à se plaindre , qu'il n'y avoit pns moyen de le regarder au visage. Il composoit des vers, et les supprimoit, et en

( 3i8 ) les supprimant il disoit un mot du mauvais ouvrage qu'il avoit fait, qui valoit autant que le meilleur ouvrage q ;i se pouvoit faire. Il répondoit quatre paroles à la longue harangue des ambassadeurs d'Espagne; mais ces quatre paroles méritoient une autre harangue, encore plus longue pour les louer.

Outre les Commentaires de sa vie , il y a eu long-temps dans le monde un volume de ses lettres; et comme vous pouvez croire, elles n'étoient pas toutes d'affaires d'État, ni toutes adressées au sénat et aux légions. Il y en avoit de raillerie et de confidence à ses amis; il y en avoit d'amour et de galanterie à ses maîtresses , et du style de celles que son oncle écrivoit à la reine Cléopâtre sur des tablettes de cornaline et de saphirs.

Mais je m'en vais, Madame, vous bien étonner : Croiriez-vous qu'il se trouve aujourd'hui en quelque lieu quelques restes de ces lettres écrites à Cléopâtre , et que l'amour et les poulets de César ont survécu à sa haine et à ses anti-Catons ? Cette rareté s'est conservée dans un vieux malîuscrit grec, qui m'est tombé heureusement entre les mains, et j'en ai pris ce que je vous ai déjà donné de Fabrice, de Caton et de Cassius.

L'auteur de ce manuscrit n'est pas un inconnu et un enfant de la terre, il a un nom et un pays, et porte des marques de sa naissance. Il vivoit

( 5i9 ) sous l'empire des Antonins. Il semble avoir le même dessein que le sophiste iElian ; mais sa façon d'écrire est un peu plus étendue , et son ouvrage se peut nommer un mélange de choses communes et de choses rares.

Il est vrai pourtant, Madame, que je ne vous parle pas si affirmativement de la vérité de ces lettres, qu'il ne vous soit permis de suspendre encore votre jugement; je ne voudrois pas vous assurer qu'elles aient été trouvées dans la cassette de Cléopâtre , quand on fit l'inventaire de ses meubles par l'ordre d'Auguste. Outre que les sophistes sont des personnes en qui je ne me fie que de bonne sorte, le poète romain nous avertit de craindre les Grecs , lors même qu'ils nous font des présens ; et le cardinal historien de l'Eglise s'est servi de son avis sur le sujet de la donation de Rome , faite au pape Sylvestre par l'empereur Constantin.

Puis donc que les largesses qui viennent de Grèce nous doivent être suspectes, et qu'en ce pays-là il y a quantité de gens de bonne volonté et de grand loisir; puisque les sophistes ont servi de secrétaires à Phalaris et à d'autres princes, je ne sçais combien de siècles après leur mort , ils pourroient bien avoir rendu le même service à César en cette occasion; et avant que de rien déterminer là-dessus, il n'y aura point de mal

de consulter l'infaillible monsieur de Sauraaise.

Les réponses qui se rendoient autrefois à Delphes n'étoient point plus certaines que les siennes. Tous les imposteurs de l'antiquité , tous les Synons et tous les Ulysse de Grèce ne sont point assez fins pour lui faire prendre l'un pour l'autre ; et il nous dira d'abord si ce que nous lui présenterons est légitime ou bâtard , si c'est or de mine ou or d'alchimie.

Quoiqu'il en soit, je pense que c'est antiquité ; et quand les pièces qu'allègue le sophiste grec auroient été contrefaites, ç'auroit été, à mon avis, peu de temps après César, et peut-être au siècle d'Auguste. Nous les verrons une autre fois avec ce qui reste de ce 6«iècle-là. Si ce n'est, Madame, que vous les teniez pour vues , et le siècle aussi , et que me faisant grâce d'un second discours, vous me vouliez épargner la peine de me lasser en vous ennuyant.

MÉCÉNAS.

IL ai

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